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La France, les immigrés et le mensonge

Y a-t-il trop d’immigrés en France ? Question récurrente depuis une trentaine d’années, elle est posée avec plus d’acquitté devant la crise dite des migrants. Comme pour une bonne partie de l’Europe où les partis populistes, racistes, xénophobes et islamophobes d’extrême droite sont arrivés (directement ou sont à la marge) au pouvoir, la France n’a pas fini de se « droitiser ». Les thèmes du repli sur soi et du rejet de l’autre continuent de faire du chemin. Contrairement à ce qui est mis en avant par les populistes de tout bord, le nombre d’immigrés n’est pas en constante hausse. Il s’est même stabilisé. D’après les chiffres de l’Institut national des études démographiques (Ined – France), en 1982 il y avait 3 520 668 étrangers en France contre 3 773 509 en 2011.

Les études statistiques de l’Ined font une différence fondamentale entre « étranger » et « immigré » pour une meilleure précision dans l’analyse. Elles considèrent « immigré » une personne née étrangère dans un pays étranger même si elle devient Française par la suite. Selon cette définition, les « immigrés » étaient 4 037 036 en 1982. En trente ans, ce chiffre passe à 5 493 452 en 2011. Malgré les nuances sur les aspects des deux catégories, si l’on rapporte ces chiffres à la population totale française, il y a eu 7% d’étrangers en France dans les années 80, contre seulement un plus de 8% aujourd’hui. Il serait plus qu’aberrant de parler d’invasion des immigrés de par leur nombre croissant. Ces chiffres bien qu’existants en France sont le plus souvent passés sous silence autant par les politiques qui s’échinent à flatter les bas instincts d’une population aux abois à cause de la crise économique et son corolaire de chômeurs, que les intellectuels pourtant sensés garder une certaine clairvoyance dans le raisonnement.
L’ambiance anxiogène est une réalité en France surtout depuis que « le péril migratoire » est brandi de manière inconsidérée et disproportionnée à des desseins politiques. Pourtant, selon les chiffres du ministère français de l’Intérieur, il y a certes une augmentation du nombre des premiers titres de séjour accordés aux étrangers. Le chiffre est « passé, en moyenne, de 190 000 par an à plus de 200 000 ces deux dernières années, dont 65 000 étudiants qui repartent majoritairement avant 5 ans », d’après les autorités françaises. En dehors des étudiants qui repartent dans leur pays d’origine, les premiers titres de séjour sont presque stables depuis 2012 avec l’arrivée de François Hollande. Ainsi la France reste l’un des pays de l’OCDE qui accueille le moins de migrants rapportés à sa population. Selon l’OCDE, le flux de l’immigration permanente rapporté à la population totale était – de 0,40%. La France est de loin derrière l’Allemagne, les Etats-Unis, le Portugal, l’Espagne, l’Italie ou la Suisse qui est à près de 1,60%. C’est une différence que l’on retrouve dans la gestion des migrants où la France prévoit d’accueillir 24 000 en deux ans là où l’Allemagne en prend plus de 31 000 sur la même période. Malgré la présence d’un gouvernement de gauche, la petite musique de la politique migratoire de la France ne sonne pas différemment.
Les éloignements forcés, l’expression administrative correcte pour parler des expulsions, sont en hausse depuis 2012. Mardi dernier, devant l’Assemblée nationale française, le Premier ministre Manuel Valls s’est enorgueilli du chiffre croissant des expulsions d’étrangers qui est passé de 14 000 en 2013 à plus de 15 000 l’année suivante. Ses chiffres n’ont rien à envier à ceux des présidents de droite (Chirac ou Sarkozy). A la lumière des chiffres et études démographiques, il est plus que péremptoire de dire qu’il y a une hausse du nombre d’étrangers en France. Il peut exister un « sentiment d’invasion » bien mené et orchestré par ceux qui sont contre l’immigration. Les Eric Zemmour, Robert Menard, Renaud Camus (adepte de la théorie du grand remplacement) et les leaders et militants du Front national pensent – ils ne sont plus seuls – qu’il y a trop d’étrangers en France. Ils en ont la conviction. Nietzsche disait que « les convictions sont des ennemis de la vérité, plus dangereuses que des mensonges ». On ne peut qu’être d’accord avec lui sur ce point.

Le Soleil

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