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LA GAMBIE FACE À SON DESTIN Jammeh démystifié, son pouvoir menacé

La peur est le socle sur lequel Yayah Jammeh a bâti son pouvoir. Comme tous les dictateurs, il avait créé un mythe autour de sa personne. Il s’est même arrogé des pouvoirs mystiques et des capacités en matière de pharmacopée traditionnelle allant même jusqu’à dire qu’il peut soigner le Sida. Jammeh est à la fois agriculteur, commerçant, président, guérisseur, marabout, etc. Le culte de la personnalité est passé par là.

Eh bien, c’est cette puissante architecture qui est en train de s’effondrer. Aujourd’hui, la réalité, en Gambie, c’est que Jammeh fait de moins en moins peur. Le socle sur lequel se reposait son pouvoir est en train de se disloquer entrainant avec lui l’image qu’il s’était forgée, c’est-à-dire celle d’un « guerrier » qui défit et provoque l’Occident tout-puissant et ses amis comme le Sénégal. Sa dernière tentative de faire de la Gambie un État islamique est à ranger dans cette dynamique. Il a encore voulu prendre le contrepied des autres États africains préoccupés par la menace terroriste qui a déjà frappé nombre de pays comme le Mali, le Burkina et la Côte d’Ivoire.

Jammeh est prêt à tout faire pour séduire et faire peur. Malheureusement, les Gambiens ont appris à lui dire « Non ». Ce qui est nouveau. Les manifestations des 14 et 16 avril derniers, avec leur cortège de violence et la mort de Solo Sandeng n’ont pas arrêté les Gambiens qui ont, à nouveau, manifesté ce lundi 09 mai. Il s’en est suivi, malheureusement, beaucoup de blessés quand les forces de l’ordre ont tiré à balles réelles sur les manifestants.

Le fait le plus spectaculaire, ce sont les femmes gambiennes qui sont aux premiers rangs des manifestations. Le sort réservé à Fatouma Diawara et Nogoi Njie pour ne citer que celles-là n’a pas émoussé l’ardeur de l’opposant Alagi Darboe leader de l’UDP et des populations gambiennes.

Ces manifestations durement réprimées, ne vont pas s’arrêter. Le processus risque de se poursuivre jusqu’à ce que Jammeh se conforme aux exigences démocratiques de son peuple ou disparaisse.

Cette situation est d’autant plus critique que la présidentielle en Gambie est prévue au mois de décembre prochain et le chef de l’État gambien, au pourvoir depuis 1994, compte y participer. Et comme les joutes électorales ne feront qu’exacerber les conflits, il y a lieu de craindre le pire d’ici cette date.

Du coup, nous estimons que la communauté internationale ne saurait continuer à être passive devant la situation en Gambie. Les Nations-Unies, l’Union africaine (Ua) et surtout la Cedeao doivent venir en aide au peuple gambien. Les sanctions et d’autres moyens de pression peuvent être dirigés contre les autorités gambiennes qui sont en train de massacrer leur peuple contraint d’affronter des forces de sécurité avec des mains nues. Et le président gambien a tellement eu le temps d’organiser sa protection qu’il sera très difficile pour les populations de venir à bout de son pouvoir. Un coup de pouce de l’extérieur est nécessaire ne serait-ce que pour pousser Jammeh à démocratiser son régime.

Des manifestations ont eu lieu à Dakar avec la complicité des organisations de droits de l’homme, des hommes politiques, de la diaspora gambienne et des populations sénégalaises. Mais cela ne suffit pas. Les transporteurs ont pris leur responsabilité avec le blocus de la frontière face à des taxes exorbitantes décidées sur un coup de tête. Il faut que les autorités sénégalaises en fassent de même. Le contournement de la Gambie est désormais inévitable. C’est une question de souveraineté nationale et de réalisme face à une situation qui risque, à long terme, de trop souvent prendre en otage les populations qui doivent transiter par la Gambie.

Le Sénégal n’a jamais réagi aux provocations de Jammeh contribuant à nourrir sa dictature à nos portes et contre nos propres populations et celles de Gambie.

C’est le moment ou jamais de tirer au clair les relations entre les deux pays en fixant aux dirigeants gambiens les limites à ne pas dépasser.

Assane Samb

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