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La gestion ténébreuse de la Sénélec…

Le coût du combustible, l’inadaptation du parc de production et le niveau des ventes de Sénélec ne sont pas des épiphénomènes et rentrent bien dans les facteurs analytiques du désastre financier de l’entreprise. Mais c’est bien la gouvernance d’entreprise qui en est la cause principale. La mission de la Banque mondiale qui a débarqué hier, 17 mai à Dakar, appréciera.

Source : Sudonline
S’il est un consensus c’est celui qui consiste à constater le caractère dramatique des sempiternels délestages de courant électrique sur les populations mais aussi sur l’économie sénégalaise.

Ce qui l’est moins, c’est la conséquence tout aussi dramatique de ces délestages sur la Sénélec, elle-même, la société nationale d’électricité. Le consommateur dira et à juste titre : « on s’en fout elle nous fait payer, elle n’a qu’à se débrouiller pour nous fournir le jus ». Oui, mais il faut bien se rendre compte que l’effet de ses délestages est pour beaucoup dans le trou énorme qui a fini de vider les caisses de l’entreprise qui n’est même plus en mesure de faire face à ses achats de combustible. Or, pas de combustible, pas d’électricité à fournir encore moins à vendre. Et sans vente, pas de revenus.

Justement, l’année 2006 a été marquée par un tassement de la vente qui n’a pu donner en valeur estimée que 1741 GWh en prenant en compte les 31,5 GWh de Production Livrée Non Facturée (PLNF). Ce qui correspondrait à une croissance de 3 %, très en deçà des 8% de tendance des 3 dernières années.

Ceci résulte de la persistance des délestages par manque de production, délestages qui, au fil des ans, plombent l’activité socio-économique de 97 GWh en 2006 contre 30 GWh en 2005 et 13,7 GWh en 2004 et partant les caisses de l’entreprise alors que les délestages par manque de combustible ont représenté 45 GWh. L’offre d’énergie de 2006 a été fortement perturbée par ailleurs par la longue indisponibilité de GTI (à qui le contrat avec Sénélec garantit un règlement de 3,5 milliards e FCfa par mois), par la réduction de l’offre de Manantali consécutive à une faible hydraulicité et par le retard de la Centrale IPP de Kounoune 1 dont le début de couplage progressif au réseau était attendu depuis Octobre 2006.

En outre, la flambée exceptionnelle des coûts du combustible et la non adaptation du parc de production ont ainsi pesé durant toute l’année 2006 sur la trésorerie de la Sénélec. Conséquence, le niveau moyen des encaissements mensuels liés aux ventes d’énergie ne couvre pas les principaux postes de décaissement (combustible, achat d’énergie, primes fixes, salaires, impôts et taxes, remboursement d’emprunts, etc.) En dépit de ses contraintes macro économiques et financières, l’Etat est venu à la rescousse en procédant à la compensation des pertes de revenus de Sénélec, amortissant ainsi l’impact de la hausse sur le prix du kWh cédé aux consommateurs. Rien n’y fait, l’exercice 2006 affiche un déficit de trésorerie de l’ordre de plus de 140 milliards de FCfa.

Ceci montre bien que le coût du combustible, l’inadaptation du parc de production et le niveau moyen des ventes de Sénélec ne sont pas des épiphénomènes et rentrent bien dans les facteurs analytiques du désastre financier de la Sénélec. Cela est d’autant plus déterminant que les pertes techniques tout comme les pertes non techniques constituent le miroir reflétant fidèlement la gestion de l’entreprise parce qu’elles représentent de l’argent qui échappe à la trésorerie de l’entreprise. Les pertes techniques de la Senelec s’élèveraient à environ 310 GWh, soit environ 16 % de l’énergie transitant à travers son réseau. C’est le seuil des pertes globales considéré comme acceptable pour les experts internationaux pour l’ensemble du système électrique, de la production à la distribution.

En plus, la Sénélec vendrait son énergie sans la compter. En dehors du transport et des clients moyenne tension, il n’y aurait pratiquement plus de comptage dans les postes basse tension, de même que dans les sous-tension 6,6 kv, les comptages font défaut depuis plusieurs années et le taux de rendement a encore baissé. En somme, les coupures intempestives, des chutes de tension et les surtensions, les avaries des transformateurs, les délestages, sont des signes cliniques d’une société d’électricité dont les pertes techniques et pertes non techniques ont atteint des niveaux excessifs, intolérables, inacceptables et anormaux à la Sénélec.

Aussi, c’est bien la gouvernance d’entreprise qui est en cause dans la situation actuelle de Sénélec.

La catastrophe managériale

Ils sont bien nombreux les fournisseurs composés essentiellement des pétroliers comme la SAR, TOTAL, FORTESA, SHELL, ainsi que des producteurs indépendants comme GTI, AGRECO et ESKOM. La Sénélec est ainsi en proie à une dette fournisseurs colossale de l’ordre de 130 milliards de FCfa qui l’empêche d’avoir du disponible, fait des pieds et des mains en raclant tous les jours ses fonds de tiroirs pour financer ses achats de combustible. Rappelons que le poste achats de combustible coûte, en temps normal, quelque 8 milliards de FCfa à la Sénélec

On le constate, le départ de Samel Sarr n’a rien arrangé dans la situation de Sénélec qui affiche un résultat 2006 négatif de -30 milliards de FCfa contre -4 milliards de FCfa en 2005.

Bref, le bilan de la Sénélec ne répond plus aux normes financières requises. Elle est en cessation de paiement et vit artificiellement. Comme on l’a dit tantôt dans la presse, les besoins sont aujourd’hui évalués à quelque 200 milliards de FCfa si l’on considère le montant des arriérés de 130 milliards et le montant nécessaire à la restructuration financière par une augmentation du capital de l’ordre de 100 milliards de FCfa. La question est comment collecter cette somme ? Il va falloir convaincre les banquiers de la place car il est évident que le pauvre Etat sénégalais n’a pas cet argent. Alors, la privatisation. Oui, mais qui va vouloir se mettre « la corde au cou » avec une mariée aussi laide ?

Cette laideur est d’autant plus effarante que la gestion désastreuse de l’entreprise s’est illustrée en 2006 à travers une opération rocambolesque de plusieurs milliards qui a été opérée, ainsi qu’il ressort des informations de sources concordantes qui évoquent une note d’orientation du budget 2007 adressée aux administrateurs. Il s’agit de la mobilisation anticipée en 2006 auprès d’une banque de la place de créances futures sur l’Etat (recettes sur consommations futures d’électricité de l’Administration centrale et compensations pour gel des tarifs 2007 et d’une partie de 2008). Sur quelle planète se trouve donc la Sénélec pour être gérée de la sorte ? Cette opération ressemble aux mécanismes de gel des produits pétroliers sur le futur qu’a réalisés l’Etat du Congo Brazzaville. Une catastrophe qui dévoile s’il en est, l’incompétence managériale à la Sénélec, alors que le budget 2007 n’aurait été approuvé que trois mois après le début de l’exercice. On s’étonnera alors que toutes les entreprises publiques au Sénégal tombent en faillite parce que personne n’est responsable du résultat.

Réajustement tarifaire : Va-t-on y échapper ?

Le redressement de la rentabilité de l’entreprise en vue de recouvrer l’équilibre des comptes d’exploitation en fin 2008 apparaît aujourd’hui incontournable. La réalisation de cet objectif passera nécessairement par la restructuration financière à travers une augmentation du capital de l’ordre de 100 Milliards dans le courant du premier semestre de 2007, sur fond d’accroissement des ventes (kWh) de 8 % par rapport à 2006. En matière d’Investissement, les ressources disponibles devront être orientées vers les projets les plus efficients pour la Société. Selon les spécialistes, il s’agira notamment : d’achever les Projets et travaux en cours de réalisation, d’entamer rapidement les études et l’appel d’Offres relatifs à la centrale BOO de 10O MW de Tobène en vue de sa mise en service au plus tard en septembre 2009, de mobiliser rapidement les 11,5 Millions de Dollars US mis à disposition de Senelec par la Banque Mondiale dans le cadre du Programme de Renforcement de l’Efficacité du Secteur Electrique (PRESELECT) destinés à la maintenance des groupes vapeur de Cap des Biches, de la TAG 3, à la réhabilitation du Réseau de Transport HT, au Schéma Directeur Production Transport Distribution de Senelec, etc, de ne prendre en priorité que les nouveaux projets qui s’inscrivent dans la sécurité et l’augmentation de la rentabilité de l’Entreprise.

La diminution du coût variable de production du kWh du Réseau Interconnecté est aussi avancée par les spécialistes, en tenant compte de la mise en service de Bel Air en septembre 2006, l’arrivée de la Centrale Diesel IPP de Kounoune I au courant du 1er semestre 2007 et de la réalisation du programme de maintenance des groupes qui en découlerait. La stabilisation de l’effectif de Senelec serait aussi dans les priorités, mais c’est sans doute la restauration nécessaire du Fonds de Roulement qui risque de faire mal, si l’on en croît toujours les spécialistes qui prônent un appui par un réajustement des tarifs du kWh. En termes clairs, une augmentation des tarifs de l’électricité ne serait pas à écarter.


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