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La guerre a généré un système financier autonome

Avançant péniblement dans les allées terreuses du marché d’Hargeisa, le convoyeur de fonds atteint le secteur des agents de change, où transpirant sous le soleil, il pose sa brouette, décorée de fleurs fraîches et qui déborde de liasses crasseuses de billets de banque.
Faute d’établissement bancaire en Somalie, tous les échanges en monnaies locales transitent par les changeurs, qui vivent de leurs commissions, pour les particuliers comme pour les entreprises.

Assis à même sol, protégés par de vieux parasols, la calculette à portée de main, les changeurs ont aligné leurs « marchandises » devant eux: des piles de shillings du Somaliland.

Totalement inutilisable ailleurs, c’est la monnaie créée par cette région sécessioniste du nord-ouest de la Somalie depuis que le pays a sombré dans le chaos de la guerre civile en 1991 emportant administrations, système bancaire, entreprises.

Patients, les changeurs expliquent au néophyte les parités complexes du système monétaire somalien. 650.000 shillings du Somaliland font 100 dollars (73,3 euros) ou 3.250.000 shillings de Somalie. Ces billets-là « viennent de la Banque de Somalie, pardon, de la Banque du Somaliland », se reprend rapidement l’un d’eux.

Même la profession a parfois du mal à s’y retrouver dans ces devises inconvertibles, associées à des taux de change variables au gré de la situation sécuritaire. Mais « ces temps-ci, les affaires marchent très bien », se félicite Ahmed Hassan derrière son étal de billets.

Pour les transferts de ville à ville – rendus périlleux par l’insécurité – et les opérations internationales en devises, les Somaliens ont imaginé et perfectionné au fil des ans un système financier autonome.

« Nous permettons aux gens d’envoyer de l’argent à leur famille et aux chefs d’entreprise de réaliser des opérations », explique à l’AFP dans son bureau, Abdulkadir Hussein Saeed, directeur adjoint du Développement de Dahabshiil, une des principales sociétés financières somaliennes.

L’argent déposé en liquide aux guichets de la compagnie est remis dans les 24 heures à son destinataire, en Somalie, ou à l’étranger, après des ordres de paiement transmis via des sites en ligne sécurisés. Confidentialité oblige, la société ne s’étend pas sur le montant des transferts en liquide, mais pour des entreprises, il peut atteindre 100.000 dollars (73.326 euros).

La société a été fondée dans les années 70 par un commerçant d’Hargeisa établi à Dubaï. Le fondateur l’a baptisée de son sobriquet: Dahabshiil signifie « touilleur de lait » en somali. « Elle a grandi avec la guerre civile », raconte M. Saeed.

La guerre a entraîné un exode massif de Somaliens à l’étranger. Leurs virements à leurs familles constituent une des principales ressources de la Somalie.

Aujourd’hui, Dahabshiil a son centre des opérations à Hargeisa, son siège social à Londres et 400 bureaux à travers le monde – dont 130 au seul Royaume-Uni -, devenant le premier employeur privé de Somalie avec 1.500 salariés, dit fièrement M. Saeed.

Le risque est le prix de la réussite. Là où aucun concurrent étranger n’ose s’aventurer, Dahabshiil travaille 7 jours sur 7, combats ou non. « Nous avons notre propre force de sécurité à Mogadiscio. On ne veut pas perdre nos clients », conclut-il.


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