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La presse entre identité et responsabilité (PAR SIDY DIOP)

 Le pouvoir est là pour administrer le pays et les journalistes sont là pour rendre compte de la manière dont les affaires sont conduites. Et de traquer, au besoin, les manquements. La tâche est énorme et il faut en avoir les moyens
 Une « presse citoyenne » ! L’expression revient souvent dans les discours des autorités qui rêvent d’une presse qui soit un « compagnon de route », un « collaborateur », un « allié ». Le rêve de tous les pouvoirs est d’avoir une presse soucieuse de l’intérêt général.

Le terme d’information sensible avait même été brandi pour inviter les journalistes à appuyer sur le frein dans certains domaines. Comment, cependant, partager la route quand les directions ne sont pas les mêmes ?

La presse privée est l’œuvre de self made men qui ont bravé les pires tourments pour imposer leurs publications dans un contexte de contrôle forcené de l’information et de monopole des médias publics. Certains parmi ces derniers ont tout sacrifié à cette passion sacerdotale de l’information, portant à bout de bras des entreprises en perpétuelle fragilité du fait d’une conjoncture si peu favorable.

Mais ils se sont battus avec la dernière énergie pour asseoir les bases d’une presse indépendante dans notre pays. S’ils ont « contribué » au départ de l’ancien régime socialiste, puis de celui de Wade, c’est moins par parti pris que par un simple souci professionnel. La presse n’a pas fait partir Diouf. Elle n’a pas non plus fait partir Wade. Elle a simplement fait son boulot de vigie de la démocratie. C’est là certainement le premier malentendu entre la presse et les autorités issues de l’alternance.

Parce qu’il faut le dire, les intérêts sont forcément divergents entre ces deux pôles. En se voyant confier le sort de leurs compatriotes, les autorités ont contracté, de fait, une obligation de rendre compte de leurs actes. Un devoir de transparence et de vérité.

L’Assemblée nationale élue pour représenter le peuple aurait normalement dû constituer l’instance par excellence de contrôle et de régulation de ce pouvoir, mais la nature du régime qui confère quasiment un statut de démiurge au président de la République fait que ce dernier est le siège de tous les pouvoirs.

Il contrôle le Parlement, contrôle le gouvernement et nomme les magistrats qui lui sont favorables. Ce qui rompt l’équilibre du « contrat social ». Car, en déléguant à un homme le pouvoir de décider à sa place, le peuple a aussi songé à s’entourer du maximum de garanties pour que ce pouvoir ainsi « confié » soit exercé dans le strict respect des intérêts du plus grand nombre.

Or, si le président exerce l’essentiel des pouvoirs, aussi bien de décision que de contrôle, qui le contrôle lui ?

Le pouvoir est là pour administrer le pays dans les règles définies par la Loi fondamentale et la presse est là pour rendre compte, avec le professionnalisme requis, de la manière dont les affaires sont conduites. Et de traquer, au besoin, les manquements et les dérives pour mériter son statut de « contre-pouvoir ». La tâche est énorme et il faut en avoir les moyens.

PRESSE ET PRESSE.

Notre profession est, malheureusement, malade. Elle est devenue une véritable passoire dans laquelle s’engouffrent tous les rebuts du système scolaire. Tous les phraseurs, tous les crieurs publics se font un devoir d’intégrer une rédaction.

Or, le journalisme est un métier d’excellence. A la radio, dans un journal ou à la télé, les carences scintillent comme des étoiles dans une nuit noire. Le journalisme, ce n’est pas seulement aligner des mots sur une page blanche. C’est aussi et surtout une technique (de collecte, de vérification et de traitement de l’information), une éthique et une déontologie. On ne naît pas avec.

On les acquiert par la formation et par la pratique. Aristote écrivait que « pour devenir habile en quelque profession que ce soit, il faut le concours de la nature, de l’étude et de l’exercice ». Toutes choses qui manquent obstinément à ces intrus au verbe plus gros que le talent.

Certains journalistes, dans notre pays, peuvent s’autoriser tout ce que les autres ne peuvent se permettre : se tromper, diffamer, diffuser de fausses nouvelles ou même inventer des histoires de bout en bout. Et quand un citoyen s’offusque de ces manquements ou décide de laver son honneur devant les tribunaux, la « confrérie » lâche la meute : touche pas aux journalistes !

La liberté de presse chez nous, c’est une licence, un passe-droit qui autorise toutes les vilenies, toutes les manœuvres, toutes les manipulations. Et puis clap ! Personne ne doit y trouver à redire.

Les journalistes, dans notre pays, risquent de perdre ce qu’ils ont de plus précieux : la crédibilité. C’est pourquoi nous devons nettoyer nos propres écuries, restaurer notre identité en assumant nos responsabilités.

C’est le prix de notre salut.

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