LAC ROSE : PLAINTES ET COMPLAINTES DES RIVERAINS Ca ne sent plus Rose dans le lac !

Le lac Rose, de son vrai nom lac Retba, était l’un des sites les plus visités du Sénégal. Ce lac salé doit sa renommée à la teinte originale et changeante de son eau, mais aussi au rallye Paris-Dakar dont il constituait l’ultime étape. Mais aujourd’hui, avec la disparition de ce rallye, le lac est en train de perdre toute sa  saveur et sa salinité. De plus en plus, les touristes se font rares et le business qui gravitait  tout autour du lac en a reçu un rude coup. Reportage.

Lac rose : l’une des plus belles curiosités au monde

Situé à près de 30 kilomètres de Dakar, dans le département de Rufisque, le Lac Rose fait partie  des «  Merveilles de la planète Terre » ;  un de ces endroits prodigieux et rarissimes que la nature a bien voulu donner au monde. Unique au monde de par sa couleur, le lac rose, est une étendue d’eau salée de couleur rose. Ce grand lagon de 3 kma une profondeur moindre et vous maintient à la surface de l’eau, quel que soit votre poids. Seulement, même si c’est un miracle, il n’est point né de façon anodine. Son existence suit une certaine logique précipitée par un calcul minutieux de la nature. Son existence est une ironie, dont la sécheresse, a bien voulu en être l’actrice principale. En fait, la sécheresse l’a éloigné de l’océan atlantique en formant une accumulation de sable. C’est un lac de couleur rose, assez grand mais peu profond, authentique et économique, célèbre et magnifique, que le village de Niaga  garde et chérit jalousement.

Au début, était le lac Retba

Son vrai nom est Lac Retba, mais il sera beaucoup plus connu dans le monde son nom courant de « lac rose ». Sa couleur rose lui ayant conféré son nom, est du pigment secrété par les algues et les micro-organismes en vue de résister à sa forte concentration en sel. Propulsé par le célèbre rallye Paris-Dakar dont l’étape ultime lui était destinée, le Lac Retba s’est vite constitué une notoriété au-delà des frontières africaines et sénégalaises. Il est situé sur le territoire communal du village de Tivaouane Peul-Niaga. On y distingue quatre villages, tout autour du lac, dénommés Khar Yaala, Khoss, Virage et Daradji.

La magie du sel ou « l’or blanc des populations »

Le lac rose offre un véritable spectacle de magie. En fait, même si plusieurs personnes s’imaginent qu’il est infiniment rose, il faut savoir que le lac passe de rose à mauve durant la journée, tout en prenant l’aspect de toutes les nuances du rose. En fait, tout dépend de l’heure et de l’intensité lumineuse du soleil. Outre cette belle magie qui défile rien que pour le plaisir des yeux, le lac rose jouit d’une grande exploitation de sel qui fait vivre toute une communauté. En effet, sa concentration en sel est même supérieure à celle de l’eau de mer. Elle peut aller de 80 g/l à plus de 300 g/l, contrairement à l’eau de mer qui profite d’une teneur en sel de seulement 32 g/l. C’est tout un spectacle harmonieux qui se met en place pour l’extraction du sel. De courageux et valeureux hommes s’enfoncent parfois jusqu’à la taille, ruisselant de karité afin de se lancer à l’extraction du fameux produit. Ensuite, des femmes se munissent de paniers et prennent le produit disposé sur les pirogues afin de l’amener au niveau de la berge. En somme, c’est plus de 2000 personnes réparties entre les villages de Khar Yalla, Khoss, Virage et Daradji, qui vivent du sel.

« Extraction du sel, cause de tous les problèmes du Lac !»

«Il n’y a pas de taxes, ni de permis de travail, l’exploitation du sel au lac rose est gratuite, chacun peut s’y adonner comme il l’entend. On peut voir 200 à 220 pirogues sur l’eau tout au long de la journée», informe Ndongo. Les étrangers sont les plus nombreux à extraire le sel du Lac Rose. Selon Ndongo Guèye, près de 90% des personnes qui travaillent dans l’extraction du sel ne sont pas des Sénégalais, mais des ressortissants maliens, guinéens, burkinabè, togolais… Chacun peut extraire la quantité qu’il veut et la vendre, sous la supervision du Comité de gestion mis en place depuis 1994, soutient Maguette Ndiour, président dudit Comité. Quoique gratuite, l’extraction de sel n’est pas une sinécure, c’est un travail qui demande beaucoup d’efforts physiques et d’énergie. Les pêcheurs de sel, après s’être enduit le corps de beurre de karité pour se protéger la peau, descendent des barques et plongent dans l’eau jusqu’à la taille. Armés d’un long bâton à bout de fer, ils cassent le sel qui est dur au fond de l’eau, avant d’en remplir des paniers qui font office de tamis et de les reverser dans la barque. Un mouvement qu’ils répètent durant 4 heures pour remplir une barque, qui peut contenir une tonne de sel. Une fois sur le rivage, ce sont les femmes qui déchargent le sel, à l’aide de bassines de 30kg. Ces femmes sont rémunérées soit en sel, soit en espèces. Mais la plupart d’entre elles préfèrent être payées en sel pour pouvoir le revendre à leur tour. Toutefois, pendant les jours de pluies, le lac est désert. Ni les pêcheurs de sel, ni les femmes qui déchargent ne s’aventurent au lac. «Personne ne va dans le lac quand il pleut et quand il y a du vent comme aujourd’hui», nous informe-t-on.

«Comparé au sucre, le sel ne vaut pas grand-chose»

En plus d’être pénible, l’extraction de sel n’est pas une activité très lucrative. Elle ne nourrit pas son homme, à en croire Ndongo Guèye. «Comparé au sucre, le sel ne vaut pas grand-chose. Un kilo de sucre coûte presque 1 000 Fcfa, alors que pour le même prix, on peut avoir 18 à 20 kg de sel. Le sac de 25 à 30 kg de sel, iodé et raffiné, est vendu à 500 Fcfa.» Le sel extrait du lac est en effet raffiné et iodé sur place avant d’être vendu et exporté vers la sous-région surtout. «La Côte d’Ivoire est notre principale cliente. Elle achète près de 80% de la production, indique Maguette Ndiour. Il y a ensuite le Burkina Faso, le Togo, le Bénin… sans oublier la clientèle nationale. Quand les choses marchent bien, on peut atteindre jusqu’à 40 000 tonnes de sel vendues par an, à des prix fluctuant entre 15 000 et 40 000 Fcfa la tonne, en fonction des périodes et de la demande.» Mais de l’avis du sieur Amadou Bocoum Diouf, gérant du campement touristique «Chez Salim», l’Etat devrait réglementer l’extraction du sel afin de préserver le lac. «Le lac est laissé à lui-même à l’état sauvage, il n’y a pas de normes, ni de restrictions, il y a des constructions anarchiques tout autour. Maintenant, le lac peut rester 10 mois sans prendre la couleur rose, regrette-t-il. C’est peut-être à cause de l’exploitation abusive de sel. Il avait beaucoup rétréci ces dernières années, mais heureusement avec les fortes pluies de l’année dernière, le niveau de l’eau a augmenté. Mais il faut que l’Etat prenne des mesures de préservation de ce site», plaide-t-il. De 32 km² de superficie, le Lac Rose ne fait plus que 12 km², désormais. D’aucuns le justifient par l’avancement des dunes de sable qui ont fermé le lac à la mer qui l’alimentait, l’évaporation, la sécheresse… Tandis que d’autres indexent l’extraction anarchique du sel comme cause profonde du rétrécissement du Lac Rose.

A en croire le président du Comité de gestion, Maguette Ndiour, ceux qui parlent de surexploitation de sel connaissent mal le milieu. «Je suis ici depuis 1994, donc, je parle en connaissance de cause. Au contraire, c’est dans les zones où il y a moins d’exploitation que le lac diminue de volume, parce qu’avec sa forte concentration, le sel aspire l’eau, affirme-t-il. Dans les parties où l’on exploite le plus le sel, il se crée une source qui alimente le lac. Il aurait probablement disparu si le sel n’était pas exploité, parce qu’il allait remonter et fermenter.» Pour Maguette Ndiour, « si le lac a rétréci, c’est bien à cause de la sécheresse et non de l’extraction du sel ». Tout un débat.

Djiby GUISSE

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LE MINISTERE DU TOURISME EN GUERRE CONTRE L’INSALUBLITE AUTOUR DU LAC

Le Lac Rose fait sa mue

Un tourisme sain dans un Lac Rose propre. C’est le vœu exprimé par les acteurs du secteur touristique, ce week-end à travers le slogan de la journée d’investissement humain. Une démarche qui, selon Amadou Bocoum Diouf, président du syndicat d’initiative du tourisme, vise à rendre attrayants les environs immédiats du site pour ainsi favoriser l’activité touristique. Une opération qui survient après la visite du ministre Maїmouna Ndoye Seck en mi-novembre.

« Les ordures constituent un frein au développement du tourisme local ». Un avis partagé par les acteurs du secteur touristique, mais aussi par la tutelle. Vu la situation, une opération de débroussaillement a été initiée ce week-end aux environs du Lac Rose. Les populations des villages de Niague Peulh et Wolof, hôteliers, artisans, marchands d’objets d’art, aidés par les agents de l’Unité de coordination de gestion des déchets (UCG), ont pris d’assaut les abords du Lac Rose pour lui rendre « son lustre d’antan ». « L’insalubrité, combinée à certains facteurs exogènes, ne peut être que d’un impact négatif  pour le tourisme », a regretté Amadou Bocoum Diouf président du Syndicat d’initiative du tourisme du Lac Rose. Venu prendre part à cette activité soutenue par le ministère de tutelle, Abdoulaye Ndiaye a tenu à lever certaines équivoques. « L’Etat met en place le cadre institutionnel et juridique pour accompagner les acteurs en leur venant en aide à travers des actions publiques, comme celui de rendre le Lac Rose beaucoup plus attrayant », a noté le conseiller technique n° 2 de Mme le ministre Maїmouna Ndoye Seck. L’autorité au département du tourisme et des transports aériens a aussi souligné la disponibilité de l’Etat à appuyer le secteur touristique. Parce que, dit-il, « Il y a beaucoup de gens qui comptent sur ce Lac et qui mènent leurs activités aux abords pour vivre ».

Interpellé sur un retour du rallye Paris-Dakar au Lac Rose, qui pourrait donner un nouveau souffle à leurs activités, selon eux, le conseiller technique du ministre du tourisme a fait dans le clair-obscur. « Il y a beaucoup de facteurs exogènes qui font obstacle dans un secteur complexe où il faut être à niveau à tous moments », a-t-il laissé entendre. Abdoulaye Ndiaye a toutefois confié qu’il y a un ensemble d’actions « qu’il faudra combiner pour arriver à un développement harmonieux du tourisme, en le rendant beaucoup plus attractif ». « Cela est une action diplomatique de tous les jours dans ce secteur transversal. Le ministère des Affaires étrangères ne manquera pas de porter ce dossier pour le bénéfice de tout le monde », a- t-il conclu.

Djiby GUISSE

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