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L’Afrique, une « terre inconnue » pour Google Maps

  • Date: 6 juillet 2015

Une petite tâche grisâtre. C’est tout ce qu’il reste de Baraka, ville posée sur les rives du lac Tanganyika en République démocratique du Congo. En tout cas, sur Google Maps. L’endroit est pourtant loin d’être vide. Située au Sud-Kivu, Baraka abrite plus de 120 000 habitants, vivant de l’extraction de l’or et de la pêche sur le deuxième plus grand lac d’Afrique.

La ville est un petit nœud commercial, étape de la nationale 5 reliant Bukavu à Lubumbashi, visitée par le Che lui-même en 1965 dans sa tentative avortée d’exporter la révolution cubaine dans le bassin du Congo. Baraka possède même un petit aérodrome, sa piste blanche, tracée entre les maisons, bien visible depuis le ciel. Mais sur les cartes de Google, seul le nom de la ville est indiqué : pas un commerce n’est mentionné, ni même le moindre bâtiment. Les contours de la ville sont tout juste marqués, laissant une bien solitaire nationale 5 longer mollement les bords du lac, vidé de son port et de ses hommes.

Le « blanc de la carte » ferait-il son retour sur Google Maps ? Baraka est certes un cas extrême mais pas une exception. L’Afrique reste encore à la marge des cartes du géant américain, et nombreuses sont les routes mal tracées, les chemins ne menant nulle part, les villes, villages, rues, quartiers absents ou mal placés, les bâtiments officiels, hôpitaux, centres de police, station de bus et commerces oubliés. Avec 650 millions d’unités, l’Afrique a pourtant devancé les Etats-Unis et l’Europe en nombre de mobiles. Partout sur le continent, on s’empare des cartes de Google.

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Au Nigeria, les taxis se forment directement sur son outil itinéraire. Dans la savane kényane, les chercheurs se servent de Google Maps pour la protection des lions et des animaux sauvages. L’absence de cartes Google fiables a un impact direct sur la vie quotidienne. Impossible, par exemple, pour ce Kényan, dont l’histoire a été rapportée par le Guardian, de trouver le meilleur itinéraire pour se rendre à son lieu de travail, l’hôpital du district de Loitokitok : l’établissement, essentiel dans la région, n’est pas référencé sur Google Maps et sa rue n’existe pas.

En Ouganda, un internaute s’étonne également de ne pas trouver Butogota, ville pourtant fréquentée par les touristes avides de trek et de rencontre avec les gorilles. « Google Maps n’a que 10 ans, et nous avons commencé à cartographier l’Afrique il y a seulement 6 ans », temporise Sophia Lin, chef de produit à Google Maps.

Le manque de fiabilité des cartes ne serait pas le signe d’un retard, et encore moins d’un oubli. « En Afrique, il y a souvent très peu de données disponibles, envoyées par les locaux et les gouvernements, sur le tracé des rues, la position des institutions, des commerces, explique-t-elle. Et nous ne voulons pas que notre personnel sur le terrain soit en danger, ou qu’il se fasse kidnapper. »

Vue satellite de Baraka (RDC), à gauche. A droite, sa carte sur Google Maps.

Vue satellite de Baraka (RDC), à gauche. A droite, sa carte sur Google Maps. Crédits : Geofabrik

Les cartes détaillées de Bangui ou de Kidal ne sont donc pas pour demain. Côté Google Street View, l’Afrique « est encore un trou noir », avouait il y a deux ans dans une interview au New York Times Magazine Luc Vincent, ingénieur en chef chez Street View. En dehors de l’Afrique du Sud, pays le mieux cartographié du continent, peu d’endroits ont vu passer leur voiture Google et son légendaire bulbe vert, prenant des photos à 360°.

« Nous avons fait des progrès au Lesotho, Swaziland, Botswana, en Egypte et à Madagascar, compte Luc Vincent. Le service date seulement de 2007. On ne peut pas aller partout tout de suite. C’est une longue route, sur laquelle nous marchons depuis peu de temps. » Tous ne partagent pas cet avis.

« Là où il n’y a pas d’argent, il n’y a pas de carte », analyse ainsi Jerry Brotton. Pour cet historien spécialiste de la cartographie, le temps ou la sécurité n’entrent pas en ligne de compte. « Google Maps est uniquement motivé par des impératifs économiques et commerciaux, assure-t-il. Quand vous faites une recherche, on vous suggère tout de suite un restaurant, une boutique. »

Le chiffre d’affaires de Google (66 milliards de dollars en 2014) repose en effet à plus de 90 % sur la publicité, notamment des commerces, qui peuvent en quelques clics et pour quelques euros diffuser leurs annonces sur les cartes du colosse de l’Internet. « Google va ainsi avoir tendance à cartographier les pays riches, les centres-villes et les quartiers de classe moyenne, mais pas les banlieues et les bidonvilles, remarque Jerry Brotton. En Afrique du Sud, c’est très visible : le centre de Johannesburg ou du Cap sont bien couverts, mais les townships, d’Alexandra ou Gugulethu, restent mal couverts. Pourquoi ? Parce que là-bas, Google ne peut pas faire d’argent, pas de pub. »

« La cartographie la plus précise du nord du Niger, c’est Areva qui l’a produite… à cause de l’uranium ! » Camille Lefebvre, chargée de recherche au CNRS

Google indiquerait donc le dernier Starbucks de Casablanca plutôt que le puits au milieu du désert malien, pourtant plus utile aux paysans du Sahel. Une accusation que rejettent les équipes de Google. « Le 8 juin, pour la journée mondiale des océans, nous avons pris en photo 40 sites sous-marins, accessibles gratuitement sur Internet. Les océans n’ont pas d’argent et ne font pas de pub, à ce que je sache ? », réplique Sophia Lin.

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En matière de cartographie, le moteur de recherche américain n’a en tout cas rien inventé. « En Afrique, Google fait juste comme on a toujours fait », constate Camille Lefebvre, chargée de recherche au CNRS, membre de l’Institut des mondes africains (IMAF) et spécialiste des territoires et des frontières en Afrique. Aujourd’hui, comme il y a 600 ans avec les premiers explorateurs, les cartes de l’Afrique se focalisent sur des régions qui ont un intérêt économique. « La cartographie n’est pas une discipline altruiste, mais pragmatique », insiste la chercheuse.

A Gauche, la ville de Tambacounda (Sénégal) vue par satellite. A droite, sa carte sur Google Maps.

A Gauche, la ville de Tambacounda (Sénégal) vue par satellite. A droite, sa carte sur Google Maps. Crédits : Geofabrik

Avec la conquête coloniale, les Européens cartographient leur territoire, et prétendent tirer un trait sur le blanc de la carte. « Mais en réalité, on a surtout progressé au Sénégal ou en Côte d’Ivoire, à cause de l’intérêt économique des ces régions. Le Niger, le Tchad et la Mauritanie sont restés des angles morts, assure-t-elle. La cartographie la plus précise du nord du Niger par exemple, c’est Areva qui l’a produite… à cause de l’uranium ! »

Pour pallier au manque de couverture cartographique, plusieurs projets ont déjà éclos. L’un d’eux, Missing Maps, lancé en juillet 2014 par la Croix-Rouge et Médecins sans frontières (MSF), en partenariat avec Humanitarian OpenStreetmap (HOT), vise à cartographier les zones les plus pauvres du monde en développement, oubliées par Google. Les plans, mis en commun sur OpenStreetMap (OSM), service en ligne permettant de créer des cartes libres gratuites et collaboratives, sont réalisés à partir d’images satellites et d’enquêtes minutieuses sur le terrain.

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« Le but est d’abord humanitaire, explique Pete Masters. On manque de cartes pour savoir où exactement sont les besoins des populations, par exemple pendant Ebola. » Le projet a déjà permis de mettre sur la carte plusieurs villes de RDC, oubliées par Google Maps, comme Lulimba ou Lumumbashi, mais aussi Bangassou en Centrafrique, Leer et les villages alentours au Sud-Soudan, et même Baraka, cartographiée à 70 % en novembre 2014.

Aujourd’hui, Missing Maps et ses volontaires s’attellent à cartographier les villes du Sud- Kivu, et Dar es Salaam, capitale économique de la Tanzanie. De son côté, Google ne souhaite plus rester à la traîne. En Afrique, l’entreprise parie aujourd’hui sur son programme Ground Truth, mis en place en 2008. A travers cette initiative, l’entreprise acquiert auprès des autorités les plans les plus précis possibles et encourage les internautes à rapporter toute incohérence et suggérer des modifications.

Pour l’instant, seule l’Afrique du Sud est couverte par le programme, qui a vocation à s’étendre à d’autres pays. Des Google Cars viennent aussi discrètement de commencer à rouler sur les pistes d’Ouganda, à Kampala et Entebbe, ainsi qu’à Dakar, au Sénégal. « Nous prévoyons de nous étendre à Thiès, Louga, Touba et Saint-Louis. Ce n’est qu’une question de temps ! », détaille Luc Vincent. Il s’agit de pick-up, aux pneus larges et épais, loin des voiturettes roulant dans les capitales occidentales.

« Les routes ne sont pas aussi bonnes qu’aux Etats-Unis, explique-t-il. En Afrique, nous voyageons sur beaucoup de routes en terre. Nos appareils photos se salissent vite, et nous devons sans arrêt les nettoyer ! » Mais déjà, Luc Vincent et ses équipes de Street View ont un nouveau défi : l’ascension photographique du Kilimandjaro. Monter au sommet de l’Afrique : comme une excuse pour s’être fait (un peu) attendre.

Lemonde.fr

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