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L’ARME DE DESTRUCTION SOCIALE (Par Bacary Domingo MANE)

Pour mesurer le caractère destructeur du viol sexuel, pensez à celui dont notre conscience est parfois victime, insidieux, nous amenant à faire des choses que l’on regrette, puisqu’ayant perdu toute capacité de discernement. Si dans le second cas, le manipulateur avance masqué, dans le premier, le bourreau nous impose sa présence,  annihilant, du coup, toute volonté de vouloir. Il ne donne à la victime aucune possibilité d’objection, même ses cris sont noyés dans une houle d’agressivité qui ne pense qu’à assouvir les caprices du Minotaure, ce monstre fabuleux (mi-homme et mi-taureau) qui représente l’homme dominé par ses pulsions instinctives.

Le viol alors est une effraction du corps de l’autre, un procédé violent où l’intégrité physique et psychique est atteinte à jamais.

Mais au-delà de l’acte de domination et de destruction, le drame qui se joue chez la victime, est la négation de son humanité. Les récits poignants de ces victimes sont loin de décrire toute la souffrance et l’horreur qu’elles ont endurées.

Ces femmes qui sont victimes de viol en situations ordinaires, le sont davantage en période de guerre. Au Kossovo, à Kigali, au Congo, en Casamance etc, la femme devient un enjeu de guerre. Ma consœur, Karima Guenivet, en rend compte dans son ouvrage «Violences sexuelles, la nouvelle arme de guerre », lorsqu’elle  assimile la femme à un champ de bataille où tous les coups sont permis. Comme qui dirait, en temps de guerre ou de conflit, le corps de la femme, hélas, est utilisé comme « le repos du guerrier ».

La victime est ainsi traversée par un profond sentiment d’injustice en s’adressant  ces questions : Pourquoi moi ? Pourquoi maintenant ? Qu’ais-je fais au bon Dieu pour mériter ça ? Puisque la jeune fille était en pleine ascension vers le stade adulte, voilà que l’œuf qui était en train d’éclore, synonyme d’identité sexuelle, est brisé en mille morceaux par un psychopathe incapable de dompter ses pulsions animales. Un acte destructeur qui jette la victime du viol dans un état de dépersonnalisation et de déréalisation. Ses dégâts peuvent être assimilé au Tsunami ou à un torrent qui vient souffler tous les repères de l’individu, le rendant, ainsi, impuissant, le transformant en loque humaine. Des victimes traumatisées à jamais, sont condamnées à «l’errance sexuelle » faisant de ce corps, qu’elles ne sentent plus, le réceptacle de toutes les avances libidinales.

Dépossédée de sa liberté de disposer de son corps, la victime se culpabilise et sombre dans la perte de confiance ou l’estime de soi. Elle ne se croit plus à la hauteur, doute de ses talents, son horizon des possibles est bouché, la plongeant ainsi dans le renoncement, le repli sur soi. La personne devient alors de plus en plus méfiante, soupçonneuse à l’égard de son entourage immédiat ou lointain. Traversée qu’elle est par ce sentiment ambivalent que la souffrance de l’acte sexuel imposé soit associée au plaisir, la victime se sent coupable d’avoir été «complice ». Le dérèglement de sa personnalité le conduit, sans le vouloir, sans s’en rendre compte, à se substituer au bourreau en se culpabilisant de n’avoir rien fait pour empêcher le viol.

En plus, la victime de viol va essuyer un second revers – après celui enregistré face au violeur – cette fois-ci social, avec un entourage qui lui impose le silence. De toute façon, même si elle prenait le «risque» de parler, personne ne le croira. Le drame qu’elle vit est anesthésié, voire amputé telle une tumeur, au profit d’une société qui ne se soucie que de son équilibre social. Elle est jugée et non écoutée. Pourtant elle a tellement de choses à dire…Le flux de paroles aurait pu fonctionner comme une thérapie, hélas !

Cette violence symbolique que la société exerce sur l’individu, s’exprime à travers la perte ou la conservation de l’hymen qui fonctionne comme un marqueur de l’honneur ou du déshonneur de la famille. La victime dont la virginité a été volée, est ainsi coupée de tout lien social. Elle est ou se voit comme quelqu’un qui a souillé la famille.

Le phénomène de viol doit être combattu, en privilégiant la sensibilisation- puisque l’approche juridique a eu peu de rendements- c’est la seule manière de « tuer » le mal à la racine. Une fille ou un garçon violé, c’est la société qui est privée d’intelligences pour être propulsée vers les plus hauts sommets. Le viol est une véritable arme de destruction sociale…

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