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Le 8 mars toute l’année ! (par Oumou WANE)

Je saisis l’occasion de la journée de la femme, pour m’adresser aux femmes en général et à mes compatriotes en particulier. Je rappelle que cette journée s’intitule précisément, « Journée internationale des droits des femmes ». Or les droits des femmes régressent partout dans le monde et en premier lieu ici chez nous. Je vais être inconvenante mais une journée n’y suffirait pas pour nous sortir de notre condition, nous émanciper de certaines traditions et vieilles habitudes.

Regardez un peu le nombre de femmes qui meurent chaque jour dans le monde et y compris ici, par manque de soin, manque d’argent, des femmes violées, battues, sous payées, excisées, celles qui meurent en accouchant, celles que l’on force à se marier…
Si selon les Nations-Unis, cette journée est le moment idéal pour réfléchir sur les progrès réalisés, demander des changements et célébrer les actes de courage et de détermination de celles qui ont joué un rôle dans l’histoire des droits des femmes, cela se limite souvent à offrir des fleurs ou du chocolat à sa dulcinée, à sa sœur, sa mère, ou sa meilleure amie…
Sérieusement, l’amélio¬ration de la condition des femmes est indissociable de la croissance africaine. Voyez d’abord ces chiffres sur l’Afrique. Les femmes produisent 80 % des ressources alimentaires du continent, mais n’y possèdent que 15 % des terres. Elles continuent donc de subir une discrimination en matière de propriété foncière, d’instruction ou d’accès au crédit.

Chez nous au Sénégal, les femmes détiennent le monopole du commerce de fruits et légumes, mais combien d’entres elles sont arrivées aux plus hauts postes du pays, députés, ministres, PDG, et à quel prix ?
J’affirme que les femmes, davantage que le pétrole ou l’arachide, représentent le potentiel le plus prometteur de notre pays dans sa quête d’une croissance inclusive et équitable. Seulement les difficultés rencontrées pour concilier la vie professionnelle et la vie familiale sont insurmontables et les activités domestiques mobilisent quasi exclusivement les femmes, y compris celles qui travaillent.
La lutte pour l’égalité, la justice, la paix et le développement implique donc de se projeter dans la modernité et le partage des tâches avec les hommes, mais souhaitons que l’évolution des mentalités soit en marche à ce sujet et non en déclin.
En grande majorité musulmane, les femmes sénégalaises disposent pourtant d’une indépendance et d’une autonomie que nombre de femmes de par le monde, leur envieraient. Mais qu’en font-elles ? Elles sont libres mais fatiguées, ce qui fait que le peu de temps qu’il leur reste, elles le consacrent à se reposer du harassement social.
Pourtant, nous le savons bien nous les femmes, nous méritons des attentions plus poétiques et sensuelles. Écoutez Léopold Sédar Senghor : « Femme nue, femme noire… Vêtue de ta couleur qui est vie, et de ta forme qui est beauté… ».
La libération de la femme africaine par delà le bien et le mal, en appelle à une reconquête de son identité. Non la femme africaine n’est pas d’abord une mère. Elle est aussi une mère. Mais elle est avant tout une femme, avec sa sensibilité, ses désirs et il va de soi, sa sexualité qui représente une dimension inséparable de la construction humaine.
Je nous invite donc mes bien chères sœurs, à repenser, voire à rebooster notre condition, à nous réaliser pleinement et à ne point nous accommoder d’une vie qui ne nous convient pas. Celle parfois dictée par les cultures, les us et coutumes et la religion, ces corsets qui arrangent si bien les hommes pour nous tenir sages et dociles.
Nous sommes une chance inexplorée pour notre pays et devons en être bien conscientes désormais. À bon entendeur, merci et en avant toutes !

Oumou Wane
Présidente africa7

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