Contributions

Le chômage n’existe pas ! ( Par Mamadou Moustapha Wone, sociologue)

  • Date : 21 juillet 2015

Il est des mots qui, à force de les employer, finissent par ne plus vouloir rien dire. Le mot « chômage » fait bien partie de ceux-là. Il fait même écran à la pensée. Le « chômage », un terme abstrait aux grandes conséquences. Le chômage ! Un fléau ou une illusion ?
Quelle que soit la prise de position qu’on peut avoir, on reconnaîtra que le chômage est un véritable tyran. Qu’il tyrannise les sociétés et les individus, et très souvent à tort.

J’aime à penser de plus en plus depuis quelques petites années que pour lutter contre le chômage, il suffit, mais il faut dire qu’il n’existe pas. Qu’il est une idée reçue fausse, une invention de toutes pièces, peut-être des industries pharmaceutiques ? Je me sens réconforté dans ma position pour deux raisons, fondamentalement.

La première est que si comme je le présume, on arrive à penser que le chômage est une illusion, un mensonge, que le chômage n’existe pas, on se retrouvera alors dans un environnement où l’individu sera moins stressé et moins angoissé, parce qu’il va se dire qu’effectivement le chômage n’existe pas. Que ce qui existe, c’est sans doute le sous emploi ou la débrouillardise pour pratiquement tout le monde. Ainsi, il ne se verra pas diminué, paria ou un vaurien, et consacra de ce fait toute son énergie à se débrouiller au lieu de broyer du noir. Ce qui est déjà très énergivore.

La deuxième raison fondamentale, beaucoup plus objective que subjective veut elle aussi que le chômage n’existe pas. Il n’existe pas car, dans le sillage de Jérémy Rifkin, on peut penser que les individus contemporains évoluent dans des sociétés où il y a « la fin du travail ».

La fin du travail ? Oui, effectivement, car contrairement aux années post-guerres – ce que l’on a appelé « les 30 glorieuses » – le travail dans les temps contemporains est un travail qui retrouve les facettes de ce qu’il était avant, pendant des millénaires. C’est-à-dire une occupation ou une qualification dans laquelle l’individu trouvait quelques profits lui permettant de subvenir à ses autres besoins. Il n’y avait pas en ces temps passés de périodes plus ou moins longues d’attente pour trouver un métier, une profession qui répond au profil dans lequel on a été formé. On n’attendait pas et le chômage d’aujourd’hui s’identifie plus à cette attente qu’à un manque d’occupation.

Ainsi, dans les temps actuels, pour ne plus emprisonner les individus dans cette attente ou dans cette recherche d’un emploi qui répond à son profil, il faudrait plutôt dire et marteler que la spécialisation est une prison. Surtout quand cette spécialisation ne débouche sur aucun emploi rémunéré, et par conséquent sclérose l’individu dans de fausses illusions.

Cette spécialisation, dans les temps actuels, peut mener vers nulle part ou à des travaux sans cesse renouvelés. Cependant, il faut souligner que telle est la marque de l’emploi ou du travail dans les sociétés contemporaines. Avoir du travail où l’on fera carrière sera de plus en plus rare. Mais également avoir du travail qui répondra aux profils enseignés dans les structures scolaires sera aussi de plus en plus difficile.

Ainsi, s’il y a une fin de certains travaux et le morcellement ou la parcellisation d’autres, il faudrait arriver à conscientiser les individus que le monde a toujours évolué ainsi et n’a connu que quelques parenthèses où l’individu pouvait faire carrière sans interruption dans un emploi quelconque. De ce fait, à l’heure actuelle, il faut préparer les individus à se rendre compte que la sécurité qu’ils cherchent dans un emploi exercé à vie est de plus en plus révolue.

Alors, de deux choses l’une. Ou on a un emploi à vie, mais avec des contrats renouvelables, ou alors on change souvent de profil aux grés des occasions. Et le maître mot actuellement, c’est la flexibilité.

Dans un contexte où tout devient précaire, surtout dans le domaine du travail, l’individu se doit d’être flexible pour ne pas sombrer dans un attentisme figeant ou dans une angoisse permanente.

La marque du travail dans les sociétés d’avant 20ème siècle et d’après 20ème siècle, c’est d’être très mouvant, très changeant et de ne point dépendre totalement d’un hypothétique diplôme qui ouvrirait les portes à une sécurité professionnelle à durée indéterminée. Actuellement, non seulement, tout est fini et précaire, mais également être au chômage ou sans emploi est une déformation ou une articulation à une illusion sclérosante. Ce qui existe, en réalité, c’est l’inactivité ou l’attente d’un boulot qui a perdu ses caractéristiques qu’on lui connaissait ; dans le secteur public, durant les « 30 glorieuses » en Occident, ou durant les indépendances, pour ce qui est de l’Afrique, d’une manière particulière.

Le chômage, pour lutter contre, il suffit mais il faut faire comprendre aux générations actives qu’il n’existe qu’illusoirement. Que ce qui existe, c’est une fausse conviction que le diplôme est un parchemin pour remplir un emploi durable et plus ou moins bien rémunéré.

L’histoire de l’humanité n’a pas connu toujours une pareille représentation qui est une parenthèse historique qu’il faudrait très vite refermer. Ce que le monde a toujours connu, c’est des emplois à temps partiel ou non, mais qui ne découlaient pas de diplômes. Ainsi, il faudrait dire aux chômeurs diplômés qu’ils n’ont pas à se considérer comme des chômeurs, mais comme des gens momentanément égarés dans la recherche de l’emploi. Qu’ils n’ont pas à attendre cet emploi et qu’ils doivent prendre ce qui leur tombe entre les mains. C’est avec cela qu’ils se construiront et qu’ils se donneront une image dans une société où tout est précaire. L’essence de la vie, c’est le changement.  Et il faut changer avec la vie, au lieu de vouloir reproduire des façons de faire qui ne sont plus opérantes. Dans la vie, il ne sert à rien d’être optimiste ou pessimiste, il faut être tout simplement…lucide.

Mamadou Moustapha WONE, Sociologue

Les Plus Populaires
Les plus commenté
Numéros Utiles

Indicatif Sénégal (de l’étranger) :

221

Renseignements :

12 12

Horloge parlante :

15

Aéroport :

33 869 50 50 / 33 628 10 10

Sénélec (dépannage) :

33 867 31 00

Sénélec (délestage BCC) :

33 839 94 35

SDE (dépannage) :

800 11 11

Sonatel (dérangement) :

13

Hotline Orange :

41 41

Commissariat Central :

33 823 25 29 / 33 823 71 49

Gendarmerie num vert :

800 20 20

SOS MEDECINS :

33 889 15 15

SUMA ASSITANCE :

33 824 24 18 / 33 824 60 30

POMPIERS :

33 823 03 50

Centre anti poison :

818 00 15 15