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« Le cœur n’est pas un genou qu’on plie » de Mariama Barry : L’Adolescence martyrisée

Sept ans après « la petite peule », Mariama Barry sort un nouveau roman : « le coeur n’est pas un genou qu’on plie ». Est-ce un hasard si la durée nécessaire à la gestation d’un nouvel opus coïncide avec celle du passage d’une étape initiatique à une autre chez les Peuls ? En tout cas la romancière continue de se raconter à visage découvert, après la dénonciation de l’excision qui avait fait sensation avec « la petite peule » ; ellerévèle la Guinée meurtrie par la dictature de Sékou Touré. A travers l’itinéraire de souffrance personnelle d’une adolescente en proie à la précarité de l’existence.

Source: Le soleil
Dans un récit dépouillé, elle fait apparaître dans toute son ignominie, le régime despotique de Sékou Touré dont les crimes ont souillé tout le territoire de la Guinée. Mariama Barry nous fait voir les horreurs commises dans les provinces reculées et qui n’étaient pas moins barbares que celles qui ont figé, à jamais, le tristement célèbre « camp Boiro »

de Conakry comme l’un des lieux les plus macabres de l’Histoire où des crimes contre l’Humanité ont été perpétrés.Et les Peuls ont été particulièrement ciblés par le tyran guinéen qui redoutait leurs élites et, sans doute, les jalousait de manière névrotique. Dans cet univers kafkaéen, une jeune fille est ballottée par les infortunes de la vie, à la suite du divorce de ses parents, et les actes sournois des hôtes d’un moment. Un vécu difficile que l’auteur relate sans faux-fuyants, avec un souci de rigueur et de vérité. Comme des moments de traumatisme avec la découverte de trois personnes pendues dans la cour d’un collège à Labé.

Comme des moments de douleur apprivoisés par la mémoire et que le flux du temps ne peut complètement évacuer. L’oubli ne se décrète pas. Pourtant Mariama Barry n’est ni revancharde, ni broyéepar la haine. Elle raconte tout simplement sa vie telle qu’elle s’est passée. Et ce, pas la moindre prouesse de l’auteur d’avoir réussi à se « détacher de son personnage ». Un dédoublement qui témoigne de la technique maintenant bien maîtrisée de la romancière.

« Le cœur n’est pas un genou qu’on plie » nous fait partager aussi les rêves d’une adolescente certes martyrisée par le destin, mais déterminée à poursuivre ses études, à recouvrer la liberté. Cette volonté de s’affranchir des injustices a sans doute poussé l’auteur vers des études de droit et la profession de juriste qu’elle exerce avec celle d’écrivain. Evidemment ce second volet de la saga s’ouvre sur l’horizon d’un nouveau chantier littéraire. Mariama Barry sait prendre son temps ; même s’il faut souhaiter qu’elle s’affranchisse des cycles initiatiques pour satisfaire l’impatience des lecteurs.

La longue présence de l’auteur en France et en Occident explique, sans doute, le caractère extraverti de l’écriture. Elle semble s’adresser davantage aux Occidentaux qu’aux Africains qui doivent assumer leur passé douloureux pour le méditer et en tirer toutes les leçons nécessaires pour le futur.Le débat sur l’utilisation de langues étrangères par les auteurs africains se pose encore.

Que ce récit ’ parfumé » de dictons et de proverbes aurait une saveur particulière en langue peule ; on ne peut en douter. Il faut souhaiter d’ailleurs qu’il soit diffusé en Afrique et particulièrement en Guinée. Et traduit le plus tôt possible en peul. Mais Mariama Barry est une métisse culturelle peule, sénégalaise-wolof et française. Sa production littéraire en est marquée. Même si, au bout du compte, c’est bien l’itinéraire peul qui domine, dans son essence métisse, nomade et libre.


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