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Le cofondateur de Wikipédia inquiet de « tout ce qui ressemble à un péage sur les autoroutes de l’information »

  • Date: 5 juillet 2016

LE MONDE- Cofondateur de Wikipédia, Jimmy Wales était de passage à Paris pour le salon Viva Technology. L’occasion de l’interroger sur deux lois françaises récentes, la loi numérique et la loi création, qui concernent au premier chef l’encyclopédie en ligne.

La première crée en effet le droit de panorama, c’est-à-dire la possibilité de photographier l’espace public, y compris les monuments qui font l’objet de droit d’auteur. Mais il sera limité aux particuliers qui ne feront aucune utilisation commerciale de ces images. Cette définition exclut donc les images publiées sur Wikipédia : ces dernières permettent en effet une réutilisation commerciale.

La seconde loi prévoit une redevance sur les moteurs de recherche d’images, qui sera versée aux sociétés de gestion collective, y compris les innombrables images libres de droit qui pullulent sur Internet et qui sont légion sur Wikipédia.

Quel sera l’impact de la loi numérique, notamment en matière de droits sur les images, sur votre site ?

Sur Wikipédia, chaque image partagée est placée sous une licence Creative Commons, qui permet de copier, modifier et partager l’image, que ce soit dans un but commercial ou non. Le grand public sait très bien comment cela fonctionne, et à quel point c’est utile.

Les restrictions au droit de partager ont pu avoir un sens dans le passé, mais elles n’en ont plus aucun aujourd’hui, alors que tout le monde a un téléphone qui permet de publier des photos en ligne. Par ailleurs, ce n’est pas comme s’il y avait un enjeu financier majeur concernant les photographies d’immeubles publiées en ligne… Ce type de restrictions arbitraires n’a aucun sens pour nous. Du point de vue du grand public, quand on y réfléchit un peu, c’est une évidence.

Que pensez-vous de la redevance sur les moteurs de recherche d’images ?

Ce projet nous inquiète beaucoup. Philosophiquement, tout ce qui ressemble à un péage sur les autoroutes de l’information suscite notre inquiétude. Par ailleurs, ce texte a été produit sans véritable concertation publique : si vous réfléchissez à ce problème uniquement sous l’angle du commerce, vous oubliez totalement les millions de personnes qui partagent leurs photos librement et gratuitement.

Ce n’est jamais une bonne idée de travailler sur un projet de loi sans en parler avec les principaux concernés… Faire comme si ce débat pouvait se résumer à la lutte entre la Silicon Valley et Hollywood, entre la technologie et les droits d’auteurs, c’est la meilleure manière de passer à côté du fond du problème – et d’ignorer les personnes qui comptent le plus, à savoir l’écrasante majorité du public.

Vous pensez que le grand public se sent directement concerné par ce type de dispositions ?

Je le crois. Nous avons par exemple ce concours, « Wiki Loves Monuments », durant lequel des personnes se retrouvent pour documenter des endroits mal couverts par Wikipédia. On y retrouve à la fois des personnes impliquées dans la communauté, bien sûr, mais aussi des gens qui n’en font pas du tout partie, et qui s’impliquent parce qu’ils sont mus par la générosité et l’envie de partager. Décourager les actes de générosité, je crois que c’est la dernière chose à faire dans lemonde dans lequel nous vivons !

Vous avez été très critique sur le droit à l’oubli, avez-vous constaté un impact important ?

Une partie du problème, c’est que nous n’avons justement aucun moyen de le savoir. De plus, personne n’aime la façon dont cela est mis en œuvre : Google se retrouve dans une position de juge, de jury et de bourreau. Les entreprises privées ne devraient jamais avoir à prendre ce genre de décisions. La liberté d’expression est un droit qui s’est bâti au fil des années, sur des bases complexes – c’est toujours compliqué de toucher à cet équilibre.

J’aimerais qu’on se rapproche plus du modèle d’un tribunal, ou au moins qu’il y ait un contrôle a posteriori des décisions prises. Au sein de la communauté Wikimedia, nous avons travaillé dur pour mettre en place des processus de décision qui soient à la fois justes et responsables.

Que pensez-vous de la volonté de la CNIL d’étendre l’application du droit à l’oubli, outre les extensions européennes, sur toutes les extensions de Google, y compris sur Google.com ?

Ça n’est pas juste une question de noms de domaine, c’est la volonté d’appliquer le droit à l’oubli dans le monde entier. C’est une étape qui n’a aucun sens. La loi doit être clarifiée sur ce point. Les Français ne seraient pas satisfaits si l’Internet français était contrôlé par les lois britanniques.

Lire aussi :   Le droit à l’oubli sur Internet fâche les Etats-Unis

Pourtant, Internet est, de fait, principalement régi par le droit américain…

C’est vrai d’une certaine manière, mais une entreprise française applique avant tout la loi française. Si Google devait appliquer simultanément toutes les législations du monde dans tous les pays, il ne pourrait pas exister. Le risque, c’est que le plus petit dénominateur commun soit appliqué partout, et ça n’est pas une bonne chose.

La semaine dernière, un tribunal français a confirmé que Wikimedia était bien hébergeur, et non éditeur, de Wikipédia, et que les personnes citées dans des pages ne pouvaient demander de droits de réponse. Pensez-vous que ce statut va disparaître un jour ?

Je ne l’espère pas, ce serait un désastre ! Ça n’a aucun sens de rendre les sites communautaires responsables de tout ce que les gens y disent – les tenanciers de cafés ne sont pas responsables de ce que disent tous leurs clients. Pour Wikipédia, cela signifierait avoir des employés qui valideraient tout ce qui est publié sur l’encyclopédie, et Wikipédia ne pourrait pas exister ! On peut toujours discuter les détails de cette dispense de responsabilité, mais si elle était supprimée, elle mettrait en danger Wikipédia, mais aussi Facebook, Twitter, et tous les forums et espaces de discussion.

Une étude publiée cette année montre que, depuis les révélations de Snowden, la fréquentation des pages de Wikipédia sur le terrorisme a chuté – les internautes semblent massivement inquiets que leur navigation soit espionnée. Est-ce que ces résultats vous ont surpris ?

L’existence d’un « chilling effect », le fait que la surveillance pousse les gens à changer leur comportement, ne m’a pas surpris.

Son ampleur, en revanche, m’a étonné : pour la première fois, elle a été documentée. C’est pour éviter cela que nous avons pris la décision d’utiliser par défaut le protocole « HTTPS », qui rend la surveillance de votre navigation beaucoup plus difficile, sur toutes les pages de Wikipédia. La liste de ce que vous lisez, est une information très privée, et sa protection un droit humain fondamental : par exemple, si vous êtes un adolescent iranien qui se pose des questions sur sa sexualité, et qui se renseigne sur Wikipédia, c’est une question extrêmement importante…

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/pixels/article/2016/07/03/tout-ce-qui-ressemble-a-un-peage-sur-les-autoroutes-de-l-information-suscite-notre-inquietude_4962744_4408996.html#SLmyXMU3ko05ChOr.99

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