31 octobre, 2014
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Le Discours de Dakar et après?

Le Discours de Dakar et après?

Le discours de Dakar. Et après ?

Notre élite nationale s’est empressée d’étaler sa satisfaction du discours prononcé par François HOLLANDE, Président de la République française devant la représentation nationale.

Cette euphorie traduit encore notre soumission à la métropole et notre reconnaissance vis-à-vis de nos grands pères les gaullois. Mais ce satisfecit semble s’expliquer par les désagréments d’un autre discours de Dakar.

SARKOZY a prononcé son discours malencontreux. En sommes-nous morts ? HOLLANDE a égrainé sa bonne volonté et a montré qu’une rupture était possible dans nos relations. Mais vivrons-nous de cela ?

La visite de HOLLANDE doit être replacée dans son juste contexte qui est celui de permettre à la France en perte de vitesse, de se repositionner dans un monde de plus en plus compétitif où la coopération a pris le dessus sur le paternalisme. En Afrique francophone, la France est en retard même si l’on se targue de sa position de premier partenaire. La coopération prônée par les autres Etats particulièrement les pays d’Asie est plus efficace et moins problématique car basée sur le respect de l’intégrité et de la souveraineté des pays parties prenantes. Les Etats n’ont pas d’amis mais des intérêts. Sous ce rapport, HOLLANDE n’est pas venu à Dakar en ami mais en marketeur qui vend son produit, la France à la recherche de débouchés.

Le discours de Dakar aurait été inscrit en lettres d’or si, après le Général De Gaulle qui prononçat l’indépendance politique, HOLLANDE prononçait la fin du paternalisme monétaire. Car en définitive la fin de la Francafrique ne saurait se traduire que par la mise à mort du FCFA anciennement franc des Colonies Françaises d’Afrique, son arrimage à l’Euro et le logement des réserves dans un compte d’opérations au Trésor français dont la gestion échappe à nos dirigeants.

Non Monsieur le Président, il ne s’agira plus de gérer ensemble nos réserves dans votre Trésor pour notre développement, plus de paternalisme monétaire. Aucun pays n’est véritablement souverain s’il ne contrôle pas l’émission de sa monnaie. Il est fondamentalement admis que d’une part la corrélation est très forte d’autant que l’indépendance politique est subordonnée à l’indépendance économique et d’autre part la politique monétaire apparaît comme un instrument fiable de politique économique. Le Pr. Joseph Tchundjang Pouemi, dans son ouvrage monnaie, servitude et liberté nous enseigne que « L’indépendance des pays africains devait passer par une totale indépendance économique et que celle-ci était impossible sans le contrôle intégral des instruments de la souveraineté étatique dont la monnaie constitue l’élément central qui permet tout épanouissement ».

L’indépendance politique a été prononcée mais jamais promulguée car le constat est que la colonisation politique et administrative s’est soldée par une autre colonisation plus intense, celle économique et monétaire. Dans ce sens l’homme d’affaires Meyer Amschel ROTHSCHILD (1744-1812) n’avait-il pas raison de dire « Permettez-moi d’émettre et de contrôler les ressources monétaires d’un pays et je me moque de celui qui fait les lois ». La monnaie doit être imprimée par chaque pays pour être un fidèle reflet de ses réalités physiques d’autant que la politique économique est à la fois budgétaire et monétaire. L’une ne peut pas aller sans l’autre.

Monsieur le Président, la France est toujours présente dans le conseil d’administration de la BCEAO alors qu’elle-même n’est plus maîtresse de sa politique monétaire car dévolue à la Banque Centrale Européenne (BCE). Dès lors, comment pourrait-elle garantir une autre monnaie si ce n’est pour maintenir son poids et son prestige dans le concert des nations et contenir les pays africains dans une situation de perfusionnée continue.

D’ailleurs, pour ce qui concerne la Zone Franc, il est facile de contester à la fois l’efficacité de ses instruments de stabilisation ainsi que l’adéquation de son cadre général à l’objectif de développement. Les pays de cette zone ou du Système Monétaire Franco-africain ne sont jamais sortis des Pays Pauvres Très Endettés (PPTE) avec à la clé une instabilité socio politique très poussée en plus de celle économique.

Voilà pourquoi Monsieur le Président de la République française, votre discours de Dakar n’a été qu’un discours de plus et ne changera rien sur notre vécu.

Toutefois, à l’heure des changements voulus par les peuples eux-mêmes avec leur désir d’émancipation, il urge pour nos dirigeants d’accélérer le pas pour s’affranchir de cette monnaie impérialiste qu’est le FCFA qui a survécu aux indépendances dira le Pr Makhtar DIOUF qui s’interroge : « … comment une telle disposition conçue pour des colonies, peut-elle continuer à régir des pays devenus indépendants sans que se pose des problèmes de souveraineté et d’indépendance économique et donc finalement de développement économique ? ». Il urge dès lors pour nos dirigeants de se départir de ce complexe de colonisés et de s’engager résolument vers la voie de l’indépendance effective, de la création d’une monnaie africaine qui soit en mesure de jouer de son rôle d’impulsion du développement socio économique du continent.

HOLLANDE est venu, il a parlé, il est rentré. ET APRES ?

Mouhamadou FAYE