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LE LEGS ARTISTIQUE DE PAPA IBRA TALL, SAVOIR DESSINER

  • Date : 4 août 2015

La disparition de l’artiste Papa Ibra Tall vaut à notre famille artistique bien des messages de compassion, devant une si grande perte. Mais faudrait – il s’en tenir au constat, sans chercher à décrypter et à entretenir pour les générations présentes et futures, la mémoire de ce qui fut pour l’artiste et l’enseignant en lui, un sacerdoce devenu son legs artistique. Pour avoir eu le privilège, de parcourir, d’analyser, d’interpréter voire de situer dans l’histoire de l’art contemporain, son immense et belle production artistique, je crois pouvoir affirmer que « Le Maître du trait » a déjà livré son cours magistral aux artisans de la forme artistique : savoir dessiner. Le registre de ses recherches plastiques est si étendu, que devraient y trouver quelques repères majeurs, architectes, urbanistes, graveurs, graphistes  et  maquettistes ;  peintres,  photographes,  sculpteurs,  céramistes,  mosaïstes,  designers  et  stylistes ; décorateurs  et  costumiers  de  cinéma,  de  théâtre  et  de  télévision ;  paysagistes  et  aménagistes  d’intérieur  et d’extérieur. Certes, la rencontre avec un tableau de peinture se passe d’abord au niveau de la couleur, surtout quand celle- ci est fraîche voire intense, comme sur les tableaux de Papa Ibra Tall, sur ses tapisseries surtout. Cependant, il faut arriver à esquiver la force lumineuse afin de percevoir la géométrie discrète qui sous – tend l’assise de la couleur en lui attribuant sa véritable identité chromatique.

En outre, perceptible dans chacune des réalisations de l’artiste, du monument aux morts à la page d’illustration de livre, une forme d’attachement à la composition élémentaire de la forme graphique, demeure une constante. Un tel souci du détail juste, serait – il un écho de son héritage culturel par rapport à la place qui y est accordée à l’amour du travail bien fait ? Sa mère était une teinturière réputée de Tivaouane, sa ville natale.

Avec un grand – frère architecte et un passage à l’Ecole spéciale d’Architecture de Paris, le jeune Papa Ibra ne pouvait rester insensible ni à l’épure ni à ce qui en tenait lieu. S’y ajoute comme source d’inspiration, la grande diversité des paysages et des animaux, physiques et imaginaires, qui peuplaient un environnement sahélien mythique, propice à la chasse aux oiseaux comme au galop des chevaux. Les portraits n’étaient guère absents à ce rendez – vous des premières heures d’une carrière fulgurante. Le croquis à la mine de plomb ou à l’encre de Chine dominait ses premières réalisations. Si bien que très tôt, la précision du trait de Papa Ibra Tall, expression d’un sens aigu de l’observation, révéla une main sûre chez un illustrateur précoce doublé d’un dessinateur de bande dessinée.

Dès   1965, des pages de « Voyage au Sénégal » écrites et illustrées par lui – même, étaient régulièrement publiées à la une de Dakar – Matin, ancêtre du Quotidien national Le Soleil. Il s’agissait d’une série de scènes teintées d’humour de la vie quotidienne sénégalaise, des « captures » destinées à inviter les touristes à visiter « le pays de la Téranga ».  Puis, suivirent les pages d’illustration de livres édités par Présence Africaine à Paris : Le fabuleux empire du Mali d’Andrée Clair ; Soundiata de Djibril Tamsir Niane ; Africa seen by American negroes et Âmes noires de William Edward Du Bois ; Maïmouna d’Abdoulaye Sadji ; Les nouveaux contes d’Amadou Coumba de Birago Diop; Nigérianes et Primordiale du sixième jour de Lamine Diakhaté. Chez d’autres éditeurs : Modou Fatim d’Abdoulaye Sadji, Editions « Mer gàddu » à Dakar ; Contes et légendes du Sénégal d’André Terrisse, Editions Fernand Nathan à Paris ; Chants d’ombre et Hosties noires de Léopold Sédar Senghor, Editions Poul Kristensen à Copenhague.

Même, lorsque la couleur reprend ses droits, sur les tableaux de peinture et les maquettes de tapisserie, le pinceau affecté à la pose de la pâte colorée n’est pas pour autant dispensé des rigueurs d’une forme dominée par un graphisme essentiellement elliptique. C’est là sans doute qu’il faudrait chercher l’ancrage d’une cohérence stylistique faite de correspondances formelles rythmées. Elles sont présentes dans la représentation d’une nature exubérante, comme dans la transposition de formes féminines tantôt sobres et retenues sous un voile de Grande royale, tantôt voluptueuses et diurnes sinon couvertes d’un pagne nocturne. S’y ajoute aisément le jaillissement élégant de la force musculaire du lutteur, de la doigtée du trompettiste ou de la dextérité du cavalier de parade.

Toutefois,             notre décryptage serait bien incomplet, si nous n’évoquions pas les relations de causalité unissant d’une part, le style plastique de l’artiste fait d’ellipses et de gerbes graphiques et d’autre part, les exigences d’une option technique référencée à la tapisserie contemporaine française portée par les manufactures privées d’Aubusson et par la Manufacture nationale des Gobelins à Paris.

En effet, la modernisation de la tapisserie française conduite par le peintre Jean Lurçat, a permis une simplification de la technique de tissage destinée à la reproduction de formes picturales contenues dans le projet artistique du peintre – cartonnier. Sur une option du poète – président Léopold Sedar Senghor, Jean Lurçat aida à l’installation  au  Sénégal  d’une  unité  similaire  à  ce  qui  faisait  office  de  fleuron  de  la  tapisserie  française contemporaine. Et Papa Ibra Tall conduisit le projet avec le brio que l’on sait. Si bien que les premières tapisseries sénégalaises ne pouvaient se soustraire du style pictural fait d’aplats et répondant au renouveau d’un art royal. Le reste est connu : l’image d’une nation nouvelle portée aux quatre coins du monde par un art contemporain original.

Ainsi, la réputation internationale des tapisseries des Manufactures Sénégalaises des Arts Décoratifs (MSAD) tiennent à la fois d’un style pictural initial spécifique, d’une technique européenne acclimatée au sahel et d’une politique culturelle de valorisation de la culture négro – africaine. Aussi, réponse ne pouvait être mieux servie à l’appel de Léopold Sédar Senghor, lancé le 06 décembre 1966, en présence du Président Modibo Keïta du Mali, alors en visite officielle : « En inaugurant cette manufacture nationale de tapisserie qui accueillera tous les riverains du fleuve Sénégal et même les artistes d’au – delà, nous ne faisons que revenir à l’Afrique – mère. Car, l’origine de la tapisserie se situe en Afrique, en Egypte, 3000 ans avant Jésus Christ. Nous en avons conservé le pagne polyvalent comme toute chose essentielle en Afrique. Le pagne, vêtement ou tenture, mais toujours parure! »

Papa  Ibra  Tall  ne  s’est  jamais  départi  de  son  manteau  de  poseur  de  balises  sur  les  chemins  de  l’art contemporain. Cela est attesté par sa fréquentation régulière des Biennales du monde, espaces – temps durant lesquels artistes et autres spécialistes des arts visuels se posent des questions et esquissent des réponses. Papa Ibra Tall était de ceux qui y portaient la voix de l’Afrique, depuis celle de Sao Paulo en 1965 au Brésil, jusqu’à celle de Venise en Italie en 2013, après l’hommage que venait de lui rendre la Biennale Dak’Art 2012. Tour à tour graphiste, peintre, sculpteur, décorateur, aménagiste, commissaire d’exposition, manageur des arts, il a été infatigable parfois intraitable, dans l’élaboration patiente et obstinée des outils qu’il se devait de léguer aux générations d’artistes qui se feraient le devoir d’aller à sa rencontre. C’est bien le sens de la création de la Section de recherches plastiques nègres, qu’il a initiée et dirigée à la Maison des Arts du Mali à Dakar, de 1959 à 1965. Depuis les premières restitutions graphiques des paysages de son environnement natal, pétri des valeurs de civilisations négro – africaines, tout en demeurant ouvert aux apports fécondants des cultures du monde, le militant des causes culturelles est resté constant. Son outil pédagogique privilégié restant la maîtrise du dessin pour que le trait, une fois dompté, puisse exprimer la moindre étincelle d’inspiration et en toute liberté…

Liane ou palme,
Sphère ou faisceau, Squelette ou peau, Ombre ou lumière…
Droit, nerveux et court,
Ou bien courbe, calme et ondoyant…
Mince et spontané,
Ou bien gras et languissant…
Souffle,
Tu ne trahis jamais la forme
Que tu exprimes et qui te justifie,
Qu’elle soit naturelle ou cosmique.
Présent par ton absence, Absent par ta couleur,
TRAIT,
Tu nais, traînes… meurs et te fais
SURFACE.

Alioune BADIANE, membre de la Section sénégalaise de l’Association Internationale des Critiques d’Art (AICA)

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