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LE MANDAT (Par Oumou Wane)

Je peux comprendre l’impatience de la population, le PSE peut paraître parfois utopique, mais il a déjà le mérite d’être aux yeux du monde, le plus grand plan de développement jamais entrepris en Afrique

Il y a des contradictions en Afrique. L’aspiration démocratique et le réflexe dynastique. Le désir de paix et l’instinct guerrier. Le bagage de la civilisation et le sac plastique de la pollution. Le fantasme de l’éducation et le règne de l’impolitesse. Le rêve d’émancipation et l’omniscience de Dieu. La culture solidaire et l’avoir sans partage. La dure réalité des uns et l’argent facile des autres. La quête d’indépendance et le fardeau colonial. Le suffrage universel et la triche organisée…

Le Sénégal ne fait pas exception. Notre pays traine ses paradoxes : le caractère légaliste et la pesanteur conformiste, l’amour de la patrie et la critique systématique, le désir d’émerger et l’absence de volonté.

Cinquante-cinq ans après nos indépendances, nous voici donc toujours dans l’incapacité à changer et à s’inventer, car pour nous il ne s’agit même pas de se réinventer, mais bien de se construire, de se choisir un avenir. Encore cette étrangeté bien de chez nous, nous confions un mandat à des gens pour nous gouverner et nous faisons tout notre possible pour les empêcher d’accomplir cette mission.

Oh, quand je dis nous, ce n’est pas nous autres bien sûr, simples citoyens armés de notre seul droit de vote, non ! Nous c’est eux, les éminents, les occultes, les lobbys et certains spécimens parmi ceux que l’on appelle la société civile, qui se repaissent de privilèges et d’avantages en nature la nuit tombée. Point leur chaut !

L’affaire Lamine Diack, nous n’avons pas encore fini d’en entendre parler car plusieurs de ces messieurs-dames, donneurs de leçons avec leurs Assises nationales bruyantes, n’ont pas été exemplaires. Tous ceux-là, groupes de pressions, politicards professionnels et corporations influentes n’ont aucun intérêt à voir le pays émerger et font même tout pour le déstabiliser.

Non, nous, ce n’est pas lui, Lamine Diack, qui non content d’avoir sali le sport international, a terni l’image de nos dirigeants et de notre pays, avec la complicité, il est vrai, du journal Le Monde.

Nous c’est nous, paysans, ouvriers, cadres, chômeurs, chefs d’entreprise ou simples employés, jeunes, moins jeunes, anciens, hommes et femmes au travail ou au foyer, de l’intérieur ou de la diaspora, nous qui avons le seul pouvoir d’opposer à ces empêcheurs d’avancer notre marche historique vers la paix et le progrès. Et pour cela, nous n’avons qu’une seule voix : le mandat.

Le mandat, on désigne ainsi à la fois le pouvoir et le document par lequel ce pouvoir est transmis. Un contrat par lequel une personne donne à une autre la permission de faire quelque chose pour elle et en son nom. Il est vrai qu’en politique, les titulaires des mandats ne sont pas juridiquement liés par les promesses faites avant les élections, ni par les programmes des partis politiques qui les ont présentés. Mais tout de même, lorsque nous disposons pour toute richesse, comme c’est notre cas, du seul droit politique, nous attendons du mandataire qu’il fasse office de son pouvoir au nom de la société. Alors, est-ce le cas aujourd’hui au Sénégal ? Tentons de répondre à cette question.

Si l’on en croit l’opposition, bien sûr la réponse est non. Mais est-elle crédible ? Depuis quand n’ai-je pas entendu une bonne idée, un projet de loi, une simple proposition ou alternative aux projets de réformes engagés ? Je ne m’en souviens pas. Ce que j’entends en revanche tous les jours, c’est «Macky Sall est incompétent», «Macky Sall est incapable». Certes, on n’attend pas de l’opposition qu’elle chante les louanges du Président mais qu’elle cesse au moins de jouer du pipeau car une mauvaise musique ne rendra jamais le film meilleur. Qu’elle participe davantage à l’action politique et moins aux postures médiatiques et à ces invectives stériles.

Soyons sérieux et objectifs, la tâche est ardue et le travail titanesque. Je peux comprendre et m’associer à l’énervement et à l’impatience de la population, ce PSE peut paraître trop ambitieux et même parfois utopique, mais il s’installe progressivement et a déjà le mérite d’être aux yeux du monde, le plus grand plan de développement jamais entrepris dans le continent.

Des dizaines de réformes sont actées ou en préparation, des centaines de chantiers sont engagés, si vous avez écouté les vœux du Nouvel An de notre Président, vous avez observé que le catalogue est impressionnant, voire vertigineux.

À quand le changement ?

Les besoins sont tellement nombreux et vous les connaissez si bien que je renonce à les énumérer. Une chose est sûre, plus les ambitions sont élevées, plus les fondations sont profondes. Et le problème avec les fondations, c’est qu’on ne les voit pas. Alors donnera-t-on à Macky Sall un second mandat ou pas, je ne peux qu’espérer qu’il fasse sortir le premier étage de la fusée de l’émergence avant cette échéance, car je ne m’en cache pas, pour l’instant, moi, j’y crois.  De toute façon, ce qui est sûr c’est qu’il ne nous le volera pas. Alors pourquoi lui casser les pieds en permanence et l’empêcher d’avancer ?

Qu’est-ce qu’on en à faire, pour rester polie, que ce soit en 2017 ou 2019 ? Avec l’assentiment du Conseil Constitutionnel ou par voix de référendum, il n’est pas en train de précipiter le pays dans le mur, laissons-le donc essayer ! Nous lui avons donné notre confiance et si besoin, il sera toujours temps de la reprendre.

En tant que femme, j’observe déjà des changements. Ne prenons que cet exemple, la lutte contre la mortalité infantile porte de beaux fruits. En effet, le Sénégal se place en 3ème position dans ce domaine parmi 24 pays d’Afrique de l’Ouest et Centrale, a annoncé récemment la représentante de l’Unicef au Sénégal, Laylee Moshiri.

Il nous faut lutter contre tout et nous ne savons parler que du deuxième mandat. La lutte contre les risques sanitaires, contre la pauvreté, contre le chômage, contre la désertion touristique, contre la corruption, contre le terrorisme… Gagner la bataille de l’eau potable, relever le défi de l’électrification du pays, en voilà de vrais combats. Il suffit de survoler le continent de nuit en avion, pour s’apercevoir que l’Afrique vit dans le noir. Comment, dans ces conditions et au cœur de ce siècle des lumières, aspirer au miracle sénégalais ?

Je crois que Macky Sall se bat pour nous et pour l’Afrique, mais quelles sont ses marges de manœuvre ? À Malte lors du sommet Afrique-Europe sur la migration, j’ai pu l’observer tirer sur l’Europe : «Si nous sommes pauvres, c’est que vous ne payez pas un juste prix pour nos ressources…» Macky Sall a été tout sauf tendre avec ses homologues européens, il les a même accusé d’être au centre des problèmes actuels des pays africains. Mais a-t-il seulement la main sur ces questions ?

Vous vous souvenez sûrement du roman Le mandat justement, et du très beau film d’Ousmane Sembène qui en fut tiré ? À Dakar, Ibrahima Dieng, un bon musulman sénégalais, vit modestement avec ses deux femmes et leurs sept enfants. Un jour, il reçoit un mandat d’Abdou, un neveu parti en France. Rapidement tout le quartier est au courant. Les femmes achètent des provisions à crédit, des parents demandent leur part et certains essayent de lui extorquer de l’argent. Mais Ibrahima n’a pas le pouvoir de retirer le «mandat», qui au lieu d’apporter richesse et reconnaissance, devient le symbole de la honte et de la division.

Laissons donc à Macky l’autorité d’exercer sa mandature suprême et donnons lui une chance d’y réussir, si l’on ne veut pas ressembler à cette peinture humoristique et sans concession de la nouvelle société sénégalaise indépendante. Pour cela, tâchons de dépasser ce qui nous oppose et de multiplier ce qui nous unit. Troquons les fléaux de la discorde, contre l’or gris de l’intelligence et de la jeunesse.

Le président Sall, sitôt élu, a lancé un programme visant à créer 300 000 emplois d’ici à 2017. Alors où en sommes-nous sur ce chapitre ? Nous sommes en droit d’attendre un rapport mensuel sur l’ensemble des résultats du PSE. Au moins depuis les vœux 2016, nous savons que l’objectif de 7% de croissance en 2017 est réaliste, mais encore une fois, en quoi cela «nous» aidera ?

C’est maintenant au Premier ministre, Mahammed Dionne, que je m’adresse, car j’ai la conviction personnelle que nous sommes entre de bonnes mains : une croissance forte sans emplois ça sert à quoi ? Le Sénégal est jeune. Cette jeunesse représente les ¾ de notre population. N’est-il pas temps de l’intégrer concrètement au cœur de vos stratégies, afin qu’elle croit en ce mandat et pour qu’elle joue tout son rôle dans la croissance sénégalaise ?

Bonne année 2016 à vous tous !

Oumou Wane est aussi Présidente d’Africa 7

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