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Le « non », un pari risqué pour l’opposition

L’opposition a ressenti, cette fois, plus que jamais, la nécessité de s’unir autour de stratégies communes contre le camp d’en face, constitué du parti présidentiel et de ses alliés de Benno Bokk Yaakaar (BBY).

Elle a perdu trop de temps en prêchant chacun sa chapelle mis à part le Front patriotique de défense de la République (Fpdr) que dirige Decroix et qu’il faut renforcer par une coalition beaucoup plus large.

En tout état de cause, elle a raison de bien y réfléchir avant d’adopter une stratégie. Car, si elle se mettait à prôner le « non » au référendum, le risque est grand pour elle de se voir désavouer par le Peuple qui, selon toute vraisemblance, ira vers un boycott.

Nous fondons, en effet, notre conviction sur plusieurs arguments. Le premier tient au fait que les électeurs rechignent souvent à aller voter pour des réformes dont ils ne perçoivent pas forcément le vrai enjeu. C’est un secret de polichinelle, en tranchant le débat sur la durée de son mandat, le président Sall a vidé le référendum de son sens. Personne n’y croit plus contrairement au référendum de 2001, où il s’agissait de réduire le mandat de 7 à 5 ans. Mais même au cours de ces consultations, il y avait un peu plus de 34% d’abstention.

D’ailleurs, nombre de Sénégalais ruminent une désapprobation ou même une colère du fait de ce qu’ils appellent le « wax waxeet ». Ils se demandent alors pourquoi aller à un référendum pour mobiliser tant d’argent pour des élections qui n’en valent pas la peine. Certains même sont en colère et ne souhaitent nullement entendre parler d’élections, estimant qu’ils ont autre chose à faire.

Il s’y ajoute aussi le fait que le vote n’est pas chose aisée pour le Sénégalais. Il faut en général se lever tôt, faire la queue, suspendre ses activités qui sont en général de survie et fournir beaucoup d’efforts physiques et même financiers pour certains qui habituent loin de leurs lieux de vote.

Dans ces conditions et compte tenu de ce climat qui est loin d’être favorable, l’opposition ne serait pas bien inspirée de prôner le « non ». Car, se faisant, avec le fort risque de boycott, elle serait, elle aussi, désavouée, de facto. Elle partagera ainsi la patate chaude avec le pouvoir sur une affaire où elle n’est en rien comptable. Ce dernier pourra se revigorer du fait que l’opposition elle-même a échoué.

 À moins qu’elle ne s’investisse, à fond, dans la campagne pour davantage sensibiliser les Sénégalais sur la nécessité, pour eux, de s’opposer au projet du chef de l’État. Mais là aussi, le pari est risqué. Car, le camp d’en face, ne se laissera pas faire. Il travaille déjà à une grande mobilisation pour le « oui » et il a des ressources financières, matérielles, humaines mais surtout de communication. Il est, pour le moment, mieux organisé que l’opposition qui est encore disparate.

 Qui plus est, en battant campagne pour le « non », l’opposition va elle-même contribuer à donner un enjeu important à cette consultation électorale. Il faut au moins deux pour faire la guerre. Or, le camp du pouvoir a déjà du fil à retordre avec le Peuple. Si l’opposition opte pour le vote du « non », il devra pousser le Peuple à devoir se déterminer en sortant des maisons pour aller voter. Or, cela est loin d’être évident car nombre d’entre eux n’ont pas forcément envie de le faire.
Notre conviction est que le pouvoir s’est déjà assez embourbé dans cette histoire. Elle n’a pas besoin de son opposition pour lui apporter la réplique. Celle-là gagnerait à suivre tranquillement le cours des choses, sans chercher forcément à tirer la couverture de son côté.

Elle doit, cependant, tirer les leçons de cette expérience pour aller vers une unité qu’elle a du mal à assoir depuis le début de la seconde alternance. Car, la vraie bataille est celle de 2017, avec des législatives pas comme les autres.

Assane Samb

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