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Le regard de Serigne Saliou- Relations entre Macky Sall et la presse Le crépuscule des illusions

L’interpellation, suivie de la libération des journalistes de l’Obs et du Quotidien (Alioune Badara Fall, Mamadou Seck et Mohamed Guèye), au-delà de son caractère cocasse et attentatoire à la liberté de la presse, sonne comme un coup de semonce pour un pouvoir frileux et rétif à accepter l’anticonformisme, la dissonance ou la critique. Le concert de réprobation qu’elle a suscitée, jusque dans les rangs de la majorité, démontre, à souhait, que le pouvoir a presque perdu la face dans cette affaire. Car, autant l’arrestation des confrères est arbitraire, autant les arguments avancés pour la justifier et surtout pour tenter de trouver les taupes des journalistes, sont fallacieux et ridicules. Le ministre des Forces a juré de traquer les mouchards où qu’ils se trouvent dans les rangs de l’Armée. Nous lui rappelons qu’au Sénégal, le vocable «traquer» n’a plus bonne presse, depuis qu’il a épousé les contours d’un règlement de comptes contre des adversaires politiques. Qui plus est, Augustin Tine a, malgré lui, jeté le discrédit sur la Grande Muette qui a ouvert la bouche, pour faire fuiter des informations sensibles. Dans le lot des dégâts collatéraux de ce forfait, nous pouvons aussi ajouter l’embarras du ministre des Affaires étrangères qui, devant la représentation nationale, avait affirmé que nos diambars seraient déployés en Arabie Saoudite, pour défendre les lieux saints de l’Islam. Tout le contraire de ce que nos confrères de l’Obs ont dévoilé, avec des confidences sur un théâtre d’opération situé en terre yéménite ! Pour revenir sur la volonté des pouvoirs publics à «contrôler» les médias, nous nous souvenons des mises en garde du Chef suprême des Armées qui avait décidé seul de l’envoi des troupes, avant de poser un point (une ligne rouge) à ne pas franchir. Et c’est le même Macky Sall qui a récemment exigé que les questions relatives à la Casamance soient traitées avec responsabilité. Au lendemain de cette sortie synonyme de rappel à l’ordre, des membres de la corporation avaient senti la menace qui pèse désormais sur la tête des hommes de médias. Et les réactions du Palais en disent long, chaque fois que des journalistes critiquent la présence de la famille présidentielle dans les affaires publiques, les errements du Pse ou encore les concessions coloniales accordées aux sociétés françaises, au détriment des entreprises sénégalaises.

Pour un gouvernement qui avait promis une gestion vertueuse, sobre et de rupture, c’est une curieuse façon de s’y prendre, et il urge pour nos dirigeants de rectifier le tir. Mais n’est-il pas déjà trop tard pour le successeur de Wade qui s’emmêle les pinceaux dès qu’il est interpellé sur des questions relatives aux conditions de vie de plus en plus difficiles des populations ? Nous craignons que oui, car on est au crépuscule des illusions qui, à un moment donné, ont fait croire à au président de la République qu’il peut disposer d’un réseau d’amis dans la presse, pour « masquer ses erreurs et rendre visibles ses actions ». Et même si, extraordinairement cela se produisait, le peuple, qui n’est pas dupe, serait en mesure de procéder à un filtrage, pour parler comme Lazarsfeld, ce grand spécialiste de la communication. C’est-à-dire que les Sénégalais pourraient facilement comprendre que la deuxième alternance, comme la première intervenue en 2000, est entrain d’échouer. Lamentablement.

Serigne Saliou SAMB

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