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Le Soleil parle du dernier film de Jo Gaï Ramaka, Plan Jaxaay

Comment vivre au milieu des eaux verdâtres et des tas d’ordures ? Que font les autorités pour aider les populations des quartiers inondés à sortir de leur misère ? Ce sont les questions que pose en filigrane le cinéaste Joseph Gaï Ramaka dans son nouveau documentaire “ Plan Jaxaay ! ” présenté semaine dernière en avant-première.

Source : Le Soleil
Le 26 février 2007, au lendemain de l’élection présidentielle, le cinéaste Joseph Gaï Ramaka (auteur entre autres de “ Karmen ”, “ Et si Latif avait raison ? ”…) a pris sa caméra et a sillonné les ruelles de Médina Gounass, dans la banlieue dakaroise. Dans cette zone où la plupart des maisons ont été englouties sous les eaux après les inondations d’il y a deux ans, il a donné la parole à des hommes, des femmes et des jeunes qui crient leur frustration et leur rancœur. Cela donne un documentaire poignant de 26 minutes tout simplement intitulé “ Plan Jaxaay ! ”. Le film a été projeté en première samedi après-midi, au domicile de l’opposant politique Amath Dansokho, sur la route de Ouakam, devant des invités triés sur le volet et quelques habitants de Gounass qui ont tenu à témoigner.

Le documentaire de Ramaka se regarde comme un grand reportage. L’auteur ne veut rien démonter, il cherche juste à montrer le vécu insoutenable de ces quelques milliers de Sénégalais qui pataugent dans la boue, boivent une eau saumâtre et utilisent des immondices pour remblayer leur maison. Certaines scènes sont tellement ubuesques qu’on se surprend à se demander comment les habitants de Gounass parviennent à survivre au milieu de ce paysage apocalyptique. Pourtant, ces femmes, ces hommes et ces enfants essayent de sourire, de jouer tout en affrontant un quotidien fait de privations et de frustrations. La caméra de Ramaka s’attarde intentionnellement sur les cloaques pour mieux insister sur le drame que vivent les populations. “ Le 25 février, nous avons voté pour le candidat Wade car nous espérions qu’il allait nous aider à améliorer notre situation. Mais depuis, nous n’avons rien obtenu de concret ”, avoue une femme comme pour répondre à tous ceux qui reprochent à ces populations d’avoir voté pour le maintien du président Wade malgré la précarité de leurs conditions d’existence. Une autre a même prénommé sa fille Viviane (l’épouse du chef de l’Etat, ndlr) pour pousser cette dernière à se pencher sur leur triste sort.

Il y a un peu plus de deux ans, Médina Gounass avait été sous les feux de l’actualité. De fortes pluies avaient inondé la plupart des maisons de cette localité fondée dans les années 1950 par des populations issues de l’exode rural. La situation était tellement catastrophique que le président Wade décida de reloger les habitants dans une zone située à la sortie de la région de Dakar. Ce fut le début du fameux “ Plan Jaxaay ”, du nom d’un oiseau, pour lequel 47 milliards de francs CFA avaient été dégagés par les autorités. Le président voulait que les nouvelles habitations, telles les ailes d’un volatile, soient au-dessus de toutes menaces liées aux eaux de ruissellement. Ce plan avait même été un prétexte pour reporter les élections législatives qui devaient se tenir en 2006. “ Les autorités nous avaient promis des maisons gratuites, mais actuellement il faut débourser six millions de francs CFA pour espérer disposer d’un domicile de trois pièces ”, se plaint un vieux manœuvre à la retraite. Lui qui est père d’une famille nombreuse trouve exiguës ces maisons où il va certainement s’entasser avec plusieurs femmes et une dizaine d’enfants.

Images poignantes et insouciance des enfants

Le cinéaste Joseph Gaï Ramaka a recueilli tous ces témoignages en vrac, sans chercher à s’immiscer dans l’intimité de ses personnages, ni à influencer leurs propos. La force de son documentaire réside dans les images poignantes qui contrastent avec l’insouciance de ces enfants rigolant et jouant dans les ruelles inondées ; ou la coquetterie de ces femmes qui tiennent à leur beauté malgré l’environnement hostile dans lequel elles vivent depuis des décennies. En effet, la lancinante question des inondations à Médina Gounass ne date pas d’aujourd’hui. Déjà en 1989, la zone avait vécu l’une de ses plus graves inondations. Les populations savent que tôt ou tard elles vont quitter ces lieux marécageux où des quartiers ont poussé spontanément en dehors de toutes les normes d’aménagement urbain, comme l’a expliqué un spécialiste qui a assisté à la projection de samedi dernier. Cependant, elles ne veulent pas être l’otage d’hommes et de femmes politiques (du pouvoir comme de l’opposition) qui ne s’intéressent à leur triste sort que pour des raisons purement électoralistes. D’ailleurs, le débat qui a suivi la projection avait parfois des airs de meeting. On y a plus parlé de politique que d’esthétique ou de démarche cinématographique, au grand dam du réalisateur à qui l’on n’a presque pas posé de questions.

Le documentaire “ Plan Jaxaay ! ” de Ramaka est assez bien fait, mais on a l’impression que l’auteur l’a réalisé dans la précipitation. Il aurait pu en faire un excellent 52 minutes en “ creusant ” davantage le sujet avec des images d’archives, des interviews de spécialistes d’aménagement du territoire, d’autorités administratives et d’acteurs politiques. Qui sait, peut-être que ce qu’il a présenté samedi dernier chez Dansokho n’est qu’une ébauche qu’il va améliorer.


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