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Le soufisme est-il vraiment la solution contre le terrorisme (Par Khalifa Touré)

  • Date: 4 janvier 2016

La méfiance des confréries devrait aller plutôt à contresens du discours actuel qui veut que le soufisme soit la panacée face à cette nouvelle forme d’irrédentisme religieux qu’est le terrorisme islamiste

Malgré toutes les querelles de chapelles liées à son sujet, l’écrasante majorité des savants musulmans de quelque obédience qu’ils soient acceptent le soufisme tant qu’il soit la purification du cœur contre les mauvais penchants par une science gnostique dérivée d’Al ihsan, qui peut être définie comme l’embellissement de tous les actes d’adoration.

Le soufisme est donc une valse mystique entre l’esthétique et l’éthique. Mis à part quelques radicaux commentateurs contemporains, tous les musulmans acceptent le soufisme, même si c’est avec des réserves. Mais il est tout aussi rare de trouver des savants musulmans qui adhèrent à toutes les formes de soufisme.

Seydi Hadji Malick Sy, Cheikh Ahmadou Bamba et El Hadji Ibrahima Niasse ont tous les trois écrit des textes spécifiques sur les critères d’un cheikh authentique et les caractéristiques d’un imposteur.

Je vous renvoie à Kifaayatu raghibiin de l’érudit de Tivaouane. Ils étaient tout simplement confrontés à des tendances déviantes. Un éminent Tidianite comme Baye Niasse est allé même jusqu’à affirmer que Cheikh Sidy Mokhtar Al Kounti (1730-1811) qui est l’un des plus étincelants pôles de la Qadiriya, est l’un des rares guides qui peuvent conduire le mouride (l’aspirant) vers Dieu.

Plus récemment, Serigne Mansour Sall, l’actuel khalife de Serigne Abass Sall, a écrit un livre intitulé Le Soufisme, avantages et inconvénients. Un ouvrage courageux où il s’attaque particulièrement au soufisme philosophique dérivé de Ibn Arabi Al Khatimi. Pourtant, Serigne Mansour Sall est adepte du Tidianisme, disciple de Cheikhna Ahmed Tidjani, qui se référait à Ibn Arabi que le marabout, philosophe et théologien, se permet d’égratigner. Cela ne doit pas étonner. Il en a toujours été ainsi. La génuflexion totale devant les maîtres n’a jamais prospéré en islam.

Imam Chaafi’i, disciple de l’éminentissime imam Malick, n’a-t-il pas dit lorsqu’il a rencontré le savant Layth Ibn Saad que ce dernier est plus fort que Malick dans le domaine du Fiq. Imam Ghazali qui est soufi et philosophe ne s’est-il pas fendu d’un ouvrage devenu célèbre, L’erreur des philosophes, alors qu’il est philosophe lui-même. Il s’attaque tout simplement à la spéculation stérile et débordante des philosophes sur des sujets non philosophiques.

Ce n’est pas parce que l’on s’attaque aux déviances du soufisme spéculatif qu’on n’est pas soufi. Le Cheikh Al Islam Ibn Taymiya (hanbalite du 14ème siècle) a une filiation spirituelle avec le grand maître Abd al Qadir al-Jilani ( 12ème siècle), malgré ses critiques contre les soufis déviants de son époque.

Toutes ses pratiques spirituelles particulières lui et son disciple Ibn Qaim Al Djawziya viennent de Abd al Qadir al-Jilani qui pratiquait un soufisme salafien, c’est-à-dire un soufisme des anciens, hérités de l’imam Ali, Hassan Al Basri, Habib Adjami, Daouda Ta’i, Sirri Saqati, Mahrouf Al Karhi et le fameux Djouneydi. Un autre courant représente le soufisme sunnite des Ghazali et autres et puis ensuite le soufisme philosophique de Mansour Khalaj et Sohrawardi.

La plupart des pratiques spirituelles et méthodes éducatives de ce qu’on appelle aujourd’hui «Mouvement islamique», dont les ibadous sont apparentés viennent des enseignements de Abd al Qadir al-Jilani. Lisez les ouvrages de Cheikh Abdessalam Yassine de «Al Adl Wal Insane» du Maroc. Imam Hassan Al Banna, fondateur des Frères musulmans, a passé six années dans une confrérie (Tarîqa).

Pourtant, ces leaders sont considérés comme des «ibadous» qui combattent les soufis. D’où viennent ces confusions et malentendus ? Le disciple Qadir qui pratique les 200 Astaghfiroullah Al’Azim, 200 KhasbounAllahou Wa Nihmal Wakil, 100 La illaha illalah Al Malikoul Khaqqoul Moubine, 100 Salatou hala Nabi à chaque prière canonique n’a pas le temps de poser des bombes.

Le wird tidiane, n’en parlons pas ! Mais tous les adeptes des confréries ne sont pas des soufis et il y a des soufis non confréristes. N’oublions pas qu’aux temps anciens, le soufisme était une réalité sans nom. Il peut devenir un nom sans contenu.

La méfiance des confréries devrait aller plutôt à contresens du discours actuel qui veut que le soufisme soit la panacée face à cette nouvelle forme d’irrédentisme religieux qu’est le terrorisme islamiste. Le soufisme comme solution peut présenter des limites lorsqu’il n’est pas compris, approfondi et appréhendé selon les réalités de notre temps : Pour l’Occident, le soufisme est une solution opportuniste.

On n’a pas besoin de «l’extrême onction» de l’Occident pour croire à la pertinence des Tarîqa. Si le soufisme prend une tournure politique ou se pose en alternative civilisationnelle avec des programmes culturels qui touchent les centres de diffusion du pouvoir dans le monde, il sera farouchement combattu comme l’ont été El Hadji Oumar, Mamadou Lamine Dramé (1840, 1887) et Maba Diakhou Ba, qui sont des soufis-guerriers.

Que Cheikh Ahmadou Bamba et El Hadji Malick Sy soient aujourd’hui la solution, selon les «nassara», est vraiment risible ! Même le très récent Mame Abdou Aziz a été convoqué par les colons, tout simplement parce qu’il s’était rendu à Touba auprès de Serigne Mouhamadou Moustapha.

On oublie que le preux Cheikh Hamala qui a été déporté en France est un Tidiane onze grains. Le soufisme en vérité est un rempart contre l’extrémisme et l’injustice. C’est une flamme secrète qui brûle dans le cœur des pèlerins qui cheminent vers Dieu.

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