Confidences

Le témoin Banjim Bandum, ancien de la DDS  » j’ai pleuré lorsqu’un prisonnier m’a dit qu’il voulait voir sa fille avant de mourir

  • Date: 24 septembre 2015

Aujourd’hui gestionnaire d’immeubles en France, l’ancien agent de la Direction de la Documentation et de la Sécurité (Dds), Banjim Bandum, a livré hier un témoignage poignant devant la Chambre d’Assises des Chambres africaines extraordinaires (Cae) chargée de juger l’ancien président tchadien. Il est revenu sur les conditions de détention « inhumaines » dans les geôles tchadiennes sous le régime de Hissène Habré. Il dit avoir accepté de témoigner parce que ce à quoi il a assisté à la Dds a troublé sa conscience.

Sa voix tremblotante et saccadée lorsqu’il rejoue le film de l’horreur dans lequel il a été acteur pendant le régime de Hissène Habré renseigne sur le lourd fardeau qu’il porte encore sur la conscience. L’ancien chef de service adjoint de la Documentation et des Archives de la Direction de la Documentation et de la Sécurité (Dds) et ancien agent de la Brigade spéciale d’intervention rapide (Bsir), Banjim Bandum, porte toujours les stigmates de cette période trouble de l’histoire du Tchad.

L’homme qui a comparu hier à la barre de la Chambre d’assises des Chambres africaines extraordinaires (Cae) comme témoin dans le procès de Hissène Habré a été au cœur du dispositif tantôt en tant qu’acteur, tantôt en tant qu’observateur.

« En 1982, quand Habré a pris le pouvoir, je me trouvais dans mon village. Il a lancé un appel pour que toutes les unités gagnent N’djamena afin de renforcer la Brigade spéciale d’intervention rapide (Bsir). Dans cette structure, j’étais chargé de rédiger les procès-verbaux d’interrogatoire. C’est moi qui enregistrais aussi les plaintes », livre l’ancien chef de service exploitation de la Dds.

« Par la suite, poursuit le témoin, la Bsir était devenue le bras armé de la Dds. Elle recevait des ordres de la Dds. Il y avait des ordres écrits et des ordres verbaux, mais la plupart était verbal. J’ai fait deux séjours à la Bsir que j’ai quitté définitivement en 1984 ».

Selon lui, les centres où la Bsir gardait les détenus étaient insalubres. « La situation dans les prisons était épouvantable. Il y avait d’abord deux centres de détention : les lieux de la Bsir et un centre appelé les « Locaux ».

Il y avait aussi bien des prisonniers de droit commun que des prisonniers politiques », relève Banjim Bandum. Il souligne qu’une des cellules de la prison qu’on dénommait « Cellule

C » était exclusivement réservée aux prisonniers jugés « dangereux ». « Les conditions de détention dans cette cellule étaient inhumaines. Il n’y avait pas de structures sanitaires, l’alimentation laissait à désirer. Les prisonniers envoyés dans cette cellule n’y ressortaient presque jamais vivants.

Un jour, j’ai même pleuré lors qu’un prisonnier de la « Cellule C » m’a dit qu’il voulait voir sa fille avant de mourir. J’ai satisfait sa demande avec tous les risques encourus », se rappelle l’ancien agent de la Bsir.

Massacre des « Codos » dans le Sud


Pour l’ancien chef de service adjoint de la Documentation et des Archives, ce sont les Forces armées nationales tchadiennes (Fant), dont l’actuel président Idriss Déby était le patron, qui sont à l’origine du massacre des « Codos » dans le sud en 1984. Ce jour, les rebelles « Codos » attendaient à la ferme de Déli, située à deux kilomètres du village. Ils devaient participer à une cérémonie de réconciliation en vue de leur intégration dans l’armée tchadienne et un règlement de leurs salaires suite à un accord avec le gouvernement.

Malheureusement, ils seront surpris et massacrés par les Fant. Ce qui a été l’élément déclencheur du fameux septembre noir au Sud du Tchad. Si l’on en croit le témoin, les « Codos » voulaient coûte que coûte que les clauses des accords signés auparavant soient respectées.

Par ailleurs, Banjim Bandum a été au cœur des négociations entre les rebelles du Sud et le gouvernement. Il faisait partie de la première délégation qui est allée négocier avec les rebelles « Codos ». Il a même été désigné pour être l’intermédiaire entre la délégation gouvernementale et les rebelles. Ce qui a abouti à des accords avec les « Codos », appelés « Codo 1 ». En décembre 1985, une autre délégation a été désignée pour aller négocier avec les rebelles « Codos ». Sur interpellation du Parquet général, il dit ne pas pouvoir nier être au cœur du dispositif qui a été déployé au Sud.

Après une formation aux EtatsUnis, Banjim Bandum a été nommé à la Dds comme chef de service adjoint à la Documentation et des Archives. « C’est moi qui faisais les rapports lorsqu’il y avait un décès. Je formais aussi les agents au désamorçage des bombes que j’avais appris aux Etats-Unis. En 1989, à la suite d’une maladie, j’ai été arrêté à mon retour à N’djamena », explique-t-il.

Par la suite, il devint chef de service Exploitation en charge des fiches d’information dont il faisait la synthèse avant de les transmettre au président de la République (Hissène Habré).

« Pour moi, le Président (Habré) était au courant de tout ce qui se passait à la Dds », estime l’ancien membre de la police politique de Hissène Habré. A l’époque, rappelle-t-il, le Tchad était en guerre contre la Lybie, donc tout ce qui venait de ce pays était suspect.

« Les interrogatoires et les tortures étaient systématiques pour extorquer des aveux. Le directeur de la Dds, Saleh Younouss, donnait des ordres allant dans ce sens. Il y avait aussi des exécutions sommaires », reconnaît Banjim Bandum.

Le Soleil

Numéros Utiles

Indicatif Sénégal (de l’étranger) :

221

Renseignements :

12 12

Horloge parlante :

15

Aéroport :

33 869 50 50 / 33 628 10 10

Sénélec (dépannage) :

33 867 31 00

Sénélec (délestage BCC) :

33 839 94 35

SDE (dépannage) :

800 11 11

Sonatel (dérangement) :

13

Hotline Orange :

41 41

Commissariat Central :

33 823 25 29 / 33 823 71 49

Gendarmerie num vert :

800 20 20

SOS MEDECINS :

33 889 15 15

SUMA ASSITANCE :

33 824 24 18 / 33 824 60 30

POMPIERS :

33 823 03 50

Centre anti poison :

818 00 15 15