Confidences

Le temps de la loi du talion (Par Pape SAMB)

  • Date: 9 novembre 2016

L’information est presque passée inaperçue, mais n’en garde pas moins son caractère alarmant. Les faits se sont passés lors du Grand Oral du premier ministre Momo Dionne à l’Assemblée nationale, le jeudi 27 octobre 2016. L’objet de notre propos ici c’est la sortie de Monsieur Matar Diop, coordonnateur national de la Convergence des jeunes mackystes (COJEM), dans le journal L’Observateur, n° 3929 du vendredi 28 octobre 2016, page 6, qui relatait les faits relatifs à la « correction » administrée à Ousmane Sonko, chef du parti politique Pasteef/Les patriotes. Extraits : « (…) Il y a eu une altercation entre lui [Ousmane Sonko] et moi. Et finalement on l’a mis de force hors de l’hémicycle. On s’est débarrassé de lui. Il a fui de l’Assemblée nationale avec ses gardes du corps qui l’accompagnaient. S’il avait résisté davantage, il allait le payer cher. S’il continue à nous provoquer, il nous trouvera sur son chemin. Il sait qu’il a tort, c’est pour cela qu’il a filé comme un lapin de l’Assemblée nationale. Il sait que ce qu’il a fait est un danger pour lui. J’ai réussi, avec l’appui de mes collègues jeunes du parti [l’Apr] à chasser Sonko de l’Apr (…) S’il répète encore ce qu’il a fait à l’Assemblée nationale, il aura en face de lui les jeunes du président Macky Sall. Il le regrettera de façon amère toute sa vie. Car le président de la république, Macky Sall, et le premier ministre ne sont pas ses égaux (…) Nous ne donnerons plus l’occasion à quiconque de faire dans le sabotage de nos autorités du pays (sic.) ».

Diantre ! De quel droit, en vertu de quelle loi d’habilitation et à quel titre ce lugubre Monsieur se prévaut-il pour se substituer aux autorités compétentes en la matière et se faire justice lui-même, si tant est que son intervention s’est révélée juste et que sa victime du jour était dans l’illégalité ?

Lui revient-il d’exercer la police de l’Assemblée nationale ?

Quelle prérogative ou responsabilité officielles « les jeunes du président Macky Sall » ont-ils dans la république au point de s’illustrer par des actions qui relèvent de l’autorité de la gendarmerie nationale, garante de la sécurité présidentielle ?

Les principes fondamentaux de la justice au Sénégal réaffirment le monopole étatique de la justice et disposent que « Nul n’a la droit de se rendre justice à soi-même ».

Mais là, on voit qu’un quidam s’érige en justicier au nez et à la barbe des gendarmes et des policiers qui, à travers leur passivité coupable, complice et complaisante, les ont laissé faire, lui et ses compères. Pire, ils leur ont donné un coup de pouce en chassant Ousmane Sonko de l’hémicycle et en le pourchassant jusqu’à la Corniche-Ouest vers le cimetière des Abattoirs.

De fait, ce sont des gendarmes, qui auraient reçu des ordres (de qui ?) qui sont montés au premier étage de l’Assemblée nationale, au niveau des gradins qui sont réservés au public,  où Ousmane Sonko était en train de prendre tranquillement des notes, pour le sommer de vider les lieux. Que je sache, les militants de l’Apr ne sont pas des auxiliaires de la police ou de la gendarmerie. L’on est étonné que ce Monsieur se vante de son acte guerrier à travers la presse, après avoir accompli son forfait les doigts dans le nez, sans que l’on n’ait pas une seule fois eu vent d’une réaction officielle des autorités de la république pour le rappeler à l’ordre. A moins que, lorsqu’on appartient aux « jeunes de Macky Sall » l’on jouit de passe-droits constants et d’une impunité totale. De fait, il y a eu bel et bien voies de fait ce jeudi 27 octobre 2016 à l’Assemblée nationale. Qu’un ombrageux militant de l’Apr bombe le torse et déclare tout haut s’être attaqué physiquement à un leader d’une formation politique légalement constituée, et qui est à ce titre l’alter-ego de Macky Sall car, lui aussi étant un chef de parti politique comme Ousmane Sonko, et que l’Etat ferme les yeux, c’est la démocratie qui est en péril dans ce pays. Dans un Etat de droit qui ne l’est pas que de nom, ce Matar Diop serait déjà interpellé avant même qu’il n’ait eu le temps de s’approcher de Ousmane Sonko. Mais, que voulez-vous ? Nous sommes gouvernés par un régime qui divise le Sénégal en deux entités antagonistes et appréhendées sur des bases manichéennes : « les bons Sénégalais », c’est-à-dire ceux qui sont du côté du pouvoir et qui sont protégés et favorisés en tout, et « les mauvais Sénégalais », c’est-à-dire les opposants et tous ceux qui ne partagent pas les vues du président Macky Sall et qui doivent, par conséquent, vivre le martyre.

C’est inacceptable que des Sénégalais, à titre individuel ou collectivement, s’emploient à se substituer à l’Etat pour essayer d’imposer leurs propres lois. C’est le cas, malheureusement, du Collectif des jeunes de Colobane qui sont récemment montés au créneau pour déclarer que désormais ils s’opposeront à toute manifestation politique qui serait organisée à la Place de l’Obélisque dès lors qu’ils ont constaté que ça dégénère tout le temps et que ce sont les habitants de Colobane, qui est le théâtre des opérations lors des échauffourées entre les policiers et les manifestants, qui paient toujours les pots cassés. Sur le principe, on peut comprendre leur désarroi. Tout le monde a encore en mémoire la condamnation à 20 ans prison ferme pour les jeunes de Colobane arrêtés après le meurtre de l’auxiliaire de police Fodé Ndiaye, tué à coups de briques à l’occasion d’une manifestation contre le régime de président Abdoulaye Wade, et qui ont toujours clamé leur innocence. Mais, les jeunes de Colobane n’ont aucun droit d’interdire la tenue d’une manifestation à la Place de l’Obélisque, dans la mesure où, d’abord, ce n’est pas leurs prérogatives que d’autoriser ou d’interdire quoi que ce soit. Ensuite, même si la Place de l’Obélisque se situe dans le quartier de Colobane, elle n’est pas la propriété des habitants de cette localité, mais appartient à tous les Sénégalais. Enfin, si jamais les habitants de Colobane venaient à s’opposer à la tenue d’une manifestation à la Place de l’Obélisque, et de surcroît autorisée par l’Autorité administrative, c’est eux finalement qui seraient alors dans l’illégalité. D’où le risque très élevé d’un affrontement avec les manifestants qui seront en position de force et qui seront dans leur droit car munis d’une autorisation administrative en bonne et due forme. Le cas échéant, si les forces de l’ordre devraient intervenir entre les deux belligérants, ce serait pour disperser les habitants de Colobane qui se retrouveraient alors aspergés de gaz lacrymogène, ce qu’ils voulaient justement éviter au départ. Donc, leur initiative ne peut être que malheureuse et contre-productive.

La solution, qui préserve la quiétude des habitants de Colobane, se trouve, à notre sens, entre les mains de la Police et de sa tutelle qu’est le ministère de l’Intérieur. Car, aussi longtemps que les manifestations pacifiques de l’opposition seront autorisées et bien encadrées par les forces de l’ordre, il y a peu de risques de débordements. Leur présence doit être plus dissuasive et plus rassurante qu’elle ne doive cristalliser la tension. Leur démarche doit être plus pédagogique que répressive. Malheureusement, l’histoire a montré qu’à chaque fois que ça dégénère, c’est parce que la Police a chargé violemment les manifestants, et pour des raisons qui n’en valaient pas la peine.

Suite à la mort d’un jeune présumé dealer de drogue tué à coups de briques et de machettes par les jeunes de Keur Mbaye Fall, le parquet vient de déférer les jeunes supposés meurtriers du présumé dealer Pape Malick Dieng et qui s’étaient érigés en comité de vigilance du quartier. Par la suite, des pandores de Niague et de Keur Massar ont été appelés en renfort pour mater tout acte de défiance et de rébellion contre la justice. Ainsi, ceux qui menaçaient de contrecarrer l’action de la justice contre les supposés criminels de l’agresseur, les proches des mis en cause, leurs parents, amis et voisins ainsi que des notables du quartier Darou Salam de Keur Mbaye Fall, ont tous été tenus en respect par les gendarmes. Ce que beaucoup de nos concitoyens n’arrivent pas à comprendre, c’est que quand un malfaiteur qui tue de sang-froid, un voleur qui cambriole et emporte les biens d’autrui ou un agresseur qui attaque à mains armées un honnête citoyen, en criant « la bourse ou la mort », sont pris à partie par une foule désabusée et parfois lynchés à mort, ces mêmes « justiciers » se trouvent par la suite arrêtés, jugés et condamnés par la justice, alors que selon eux, s’il y a un coupable c’est bien le malfaiteur, le voleur ou l’agresseur qui, d’après eux, ne méritent que la mort. Ces populations sont d’autant plus contre cette façon de faire de l’Etat qu’ils estiment qu’il s’agit là de cas de légitime défense car c’était leur mort ou celle du malfrat. Surtout que, jusqu’ici, il y a beaucoup de meurtres non-élucidés et restés impunis car les assassins courent toujours. Ainsi, face à un agresseur voire face à un hors-la-loi, il n’y a parfois pas d’autre moyen que d’user de violence. Et compte tenu de la dangerosité du bandit, tuer est parfois nécessaire. Il n’est pas forcément choquant qu’un assassin soit exécuté, si rien d’autre ne l’empêche immédiatement et durablement à la fois de commettre ses forfaits. Plus tôt un assassin récidiviste forcené est mis hors d’état de nuire, plus de vies innocentes sont sauvées. Plus longtemps on le laisse agir sans résister, plus de vies innocentes sont perdues.

Le dénominateur commun des trois cas évoqués plus haut est l’absence criarde de l’Etat qui manque à ses devoirs, n’use pas de ses pouvoirs régaliens et n’assume pas pleinement ses responsabilités au point que d’autres s’en chargent alors qu’ils n’en ont pas le droit.

C’est de cette façon qu’on bascule inexorablement dans une forme de justice qui glisse entre les doigts de l’Etat pour échoir à des personnes privées : la justice privée. Par opposition à la justice étatique, la justice privée est le « droit de se faire justice à soi-même». Elle se manifeste par une auto-justice individuelle, sujette à tous les arbitraires et abus, et traduisant l’absence ou l’impuissance des pouvoirs publics à assurer l’ordre et la paix sociale. Dans le cas d’espèce, il n’y a plus d’État de droit. L’exercice de la justice est un pouvoir régalien de l’État, c’est pourquoi la justice privée est généralement mal considérée. Du droit de porter les armes à la liberté individuelle d’organiser sa propre défense, la marge de manœuvre du citoyen est très étroite à ce niveau. Parce qu’on leur reproche la détention d’arme à feu sans autorisation officielle, de paisibles citoyens qui trouvaient là un moyen d’assurer leur propre défense, sont ainsi dépossédés de leurs armes. Une fois les hommes soumis et désarmés par l’État, il devient possible à des criminels de prospérer, dans les zones de « non-droit » délaissées par la justice et la police. L’État est donc, à cet égard, un facteur majeur de criminalité, par la désorganisation qu’il induit chez les citoyens.

Il est temps maintenant pour l’Etat de revenir à ses fondamentaux pour ne pas faire en sorte que notre société ne se transforme en jungle ou en terrain de gladiateurs où règne la loi du plus fort et où les contradictions se règlent par les armes. S’installe alors fatalement la loi du talion, une des lois les plus anciennes et qui consiste en la réciprocité du crime et de la peine. Cette loi, souvent symbolisée par l’expression « Œil pour œil, dent pour dent », est caractéristique de la licence qui installe le chaos dans un pays. Dieu nous en garde !

Pape SAMB

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