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Le vote obligatoire : Un diktat contre le peuple

Le Grand Serigne de Dakar est certainement d’une grande culture républicaine. Il connait l’État pour l’avoir servi pendant de nombreuses années. Il continue d’ailleurs à le servir en tant que député et de surcroit vice-président de notre auguste Assemblée.

Toutefois, son projet de proposition de loi instaurant le vote obligatoire au Sénégal surprend tout le monde.

À première vue, cela pourrait signifier, pour quelqu’un qui a appelé à voter pour le ‘’Oui’’ qu’il a été sidéré par le fort taux d’abstention constaté surtout à Dakar où il dirige la communauté léboue, du moins une partie. Mieux, il aurait du mal à digérer cela étant entendu que les mots d’ordre des ”Grands Serigne” doivent être suivis ne serait-ce que par la majorité des membres des communautés qu’il dirige. Or, comme on le sait, le taux d’abstention à Dakar avoisine les 70%. Du coup, le poids politique de ses ‘’grands électeurs’’ comme le grand Serigne se retrouve ainsi amoindri. Même si, par ailleurs, comme il a eu à le dire, ni l’État ni l’opposition ne doivent pavoiser. Le référendum est différent des autres élections et ne saurait être un baromètre d’analyse valable de popularité. Qu’à cela ne tienne, le vote ne saurait être obligatoire au Sénégal pour plusieurs raisons.

La première, c’est que les citoyens sont libres ou non d’aller voter. C’est une marque de liberté individuelle de décider ou non d’entrer dans un bureau électoral même si l’acte ainsi accompli est d’une haute portée civique. La preuve, le président de la République, dans le cas du référendum, a décidé de convoquer le corps électoral contre l’attente de beaucoup de citoyens qui étaient en droit de penser qu’une fois qu’il a décidé de ne pas réduire son mandat, il était inutile d’y aller étant entendu que l’Assemblée nationale suffisait pour procéder aux réformes en question. C’est un point de vue défendu, par ailleurs, par de grands juristes. Car, en 12 ans, le peuple sénégalais a dû aller à deux reprises au référendum pour décider de la même chose, à savoir le mandat de 5 ans.

Donc, si le président Sall pense malgré tout qu’il faut un référendum, les citoyens qui ne sont pas convaincus du contraire peuvent simplement décider de s’abstenir.

Mieux, le droit de boycott est une autre marque d’exercice de liberté individuelle, donc de démocratie. Des citoyens peuvent, en toute souveraineté, décider de boycotter un scrutin dont ils ne sont pas convaincus du bien-fondé. C’est une façon de voter que de ne pas du tout voter. L’abstention et le boycott sont des formes d’expression populaire qu’il ne faut nullement priver au peuple. Imposer le vote obligatoire serait une forme de diktat contre le peuple.
Il s’y ajoute que le vote est parfois très coûteux pour certains électeurs qui doivent par exemple se déplacer dans leurs localités d’origine qui peuvent être loin de leurs lieux de travail.
Pis, en décidant de rendre le vote obligatoire, on risque de rendre le taux d’abstention encore plus élevé. Car, il est facile pour n’importe quel citoyen de mauvaise foi, de dissimuler sa carte d’électeur en la déclarant perdue et de ne pas à devoir voter. Il s’y ajoute que l’on ne saurait distribuer des amendes à des millions de citoyens parce qu’ils ne sont pas partis voter. La mise en pratique de telles amendes se trouve presque impossible si l’abstention est à une échelle très importante. Surtout dans un contexte où les citoyens font de moins en moins confiance aux hommes politiques.
D’ailleurs, toutes les lois qui sociologiquement sont en déphasage avec les réalités du pays deviennent obsolètes parce qu’inappliquées. Une telle loi serait comme celle sur les gaspillages dans les cérémonies familiales.

On ne saurait, en effet, punir des citoyens parce qu’ils ne sont pas partis voter alors que l’État sur lequel pèse l’obligation de délivrer des cartes d’électeurs a privé des milliers de citoyens d’accomplir leur devoir parce qu’une machine serait en panne. Et quelle est alors la pénalité prévue pour le ministère de l’Intérieur ?

Nous pensons, en effet, qu’il est inutile de verser dans ces genres de mimétisme de pays dont les réalités sociopolitiques sont différentes.

En tout état de cause, les ”Grands Serigne”, du fait de leur statut gagneraient à faire moins de politique. Or, ils en ont tous fait durant ce référendum. Abdoulaye Matar Diop a appelé à voter ‘’Oui’’ et Pape Ibrahima Diagne n’en a pas fait moins lui qui a rassemblé les chefs de villages de la Commune de Diender et de Keur Moussa pour les présenter au président Sall.
Car, il risque de peser sur eux, une obligation de résultat qui ferait de ces ”Grands Serigne”, de ‘’Grands Talibés de Dakar’’. À eux de choisir d’être au service de leur communauté ou simplement de la Présidence qui exploite d’ailleurs leur divergence.

Il n’est pas exagéré de dire qu’ils doivent être au-dessus de la mêlée en se mettant à équidistance des partis politiques et de leurs préoccupations.

Il est important de souligner, dans tous les cas, que leurs mots d’ordre n’ont pas été suivis.

Assane Samb

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