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Le Xessal mène au cancer et devient un problème de santé publique

Après les premiers cas de cancer de la peau décelés dans notre pays, l’Association internationale d’information sur la dépigmentation artificielle (Aiida) a organisé le week-end dernier une consultation médicale gratuite à Dakar. Cette journée de consultation à l’intention des personnes qui s’adonnent au Xessal a permis à quelques 500 femmes de bénéficier d’un dépistage gratuit sous fond d’examen général.
C’était le grand rush à l’Institut d’hygiène sociale de Dakar (ex polyclinique) pour les femmes qui s’adonnent à la dépigmentation artificielle. Cette forte mobilisation dont quelques rares hommes a envahi durant tout le week-end la vieille structure sanitaire de la Médina lors de la journée de Consultation gratuite organisée par l’AIIDA.

Introduite au Sénégal il y a plus de quarante ans, la dépigmentation artificielle en touchant de plus en plus toutes les couches de la population féminine, est maintenant un véritable problème de santé publique. Cette pratique selon le Dr Fatoumata Sy a une prévalence de 67% dans certains quartiers populaires de Dakar ( Ben Tali et Niari Tali par exemples). Le pire, c’est que la dépigmentation représente, dans la région de Dakar, 5 milliards de chiffre d’affaires par an rien que pour l’achat des produits. Selon la coordinatrice qui lutte contre ce mal des temps modernes, près de 52% des femmes de 15 à 50 ans qui ont été consultées par un service de dermatologie à Dakar présentent au moins une complication de la peau. Le médecin a révélé que déjà les premiers cas de cancer de la peau ont été découverts au Sénégal. À cela s’ajoutent les affections dermatologiques associées à la dépigmentation artificielle et qui sont fréquentes. Les complications sur le plan esthétique, les risques sur les femmes enceintes, les cas de diabète et d’ hypertension artérielle sont autant de complications dont sont exposées les femmes qui pratiquent ce phénomène. Face au risque qui menace de plus en plus la santé de la gent féminine, l’AIIDA a décidé de contrer ce mal. La journée de consultation aura ainsi permis de sensibiliser et d’informer les femmes sur les méfaits réels de la dépigmentation en vue de faire cesser la pratique.

C’est dans cette lancée, que le Dr Fatou Fall fera remarquer que le message qu’elle délivre aux femmes n’est pas réprobateur. Elle fournit une large information sur les dangers liés aux produits utilisés, leur nature, la falsification et la combinaison des principes chimiques, le coût exorbitant et répétitif de leur dépendance, et surtout les complications générales et locales qu’ils entraînent sur la peau qui devient de plus mince et donc plus fragile. Ainsi, pour cette éducatrice en puissance, les risques d’infection sont nombreux : gales, mycosiques (Eure et coureubeut en Wolof) et vergetures (Rew). A cela, on peut ajouter les infections bactériennes qui peuvent être mortelles si elles ne sont pas prises médicalement en charge.

Au-devant de ces facteurs de risques, le Dr Fall a sonné l’alerte sur le produit dénommé Hydroquinone. Ce produit contient des effets cancérigènes et est interdit de vente dans tous les pays occidentaux, martèle-t-elle. Au Sénégal, les études médicales et scientifiques ont révélé qu’il y a des produits sur le marché que les femmes utilisent et qui sont bien à base d’Hydroquinone. Comme premiers symptômes d’utilisation de ces produits, la spécialiste énumère les complications esthétiques liées à ces produits : tâches de noirceur au visage, aux mains, aux pieds et à la nuque (Tiérré en Ouloff). Le Dr Awa Diagne Cissé, autre dermatologue intervenant durant cette journée, voit les choses sous un autre aspect. Pour elle, depuis le premier cas découvert au Sénégal en 1968, la dépigmentation touche actuellement toutes les couches sociales. Auparavant, elle se limitait aux personnes analphabètes, mais aujourd’hui elle s’étend aux intellectuelles, personnes nanties ou parmi les plus démunies. Cette expansion, selon le responsable de l’association, n’a pas épargné les artistes, homosexuels, autorités administratives dont des ministres, députés et toute autre partie de la société.

Pour cela, le Dr A. Cissé pense que tenter d’arrêter ce phénomène va être difficile face à un marché florissant dont l’accessibilité est facile. La lutte ne peut donc que passer par une volonté politique de l’Etat dans la vente des produits.

Au cours de cette journée, les malades interrogés ont estimé que la consultation mérite d’être décentralisée à travers tout le pays. Selon une étudiante de première année en lettres, cette initiative lui a permis de déceler les deux maladies dont elle souffre. Elle a pu ainsi bénéficier en plus de médicaments gratuits.

Même son de cloche de la part d’un ouvrier mécanicien informé par son ami du déroulement de la consultation et qui s’est empressé de se présenter aux médecins et qui a salué leur disponibilité et leur générosité face aux personnes démunies qui n’ont pas accès à hôpital.


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