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LES CHEFS DE VILLAGES ET DÉLÉGUÉS DE QUARTIERS Des « agents secrets dormants »

Ils sont 50 mille délégués de quartiers et chefs de villages à officier dans leurs localités avec de lourdes responsabilités souvent sous-estimées parce que méconnues. Alliés incontournables des Sous-préfets, des Commandants de Gendarmerie et commissaires de Police, ils assurent une administration de proximité très efficace dont l’administration centrale et les Mairies ont besoin. Leurs domaines de compétence sont vastes. Ils interviennent dans les actes d’état civil, le foncier, les conflits sociaux, entre autres domaines. Leur complicité avec les Maires, les Sous-préfets et les officiers de Police en service dans leurs zones est avérée.
Toutefois, ces « agents » d’un genre particulier attendent leur implication dans les stratégies anti-terroristes. Cette doléance a été ouvertement exprimée par l’Association des délégués de quartiers de Grand-Yoff dans la banlieue de Dakar. Ils savent ainsi, à l’instar de tous leurs collègues, qu’ils peuvent jouer un rôle très important, surtout dans le renseignement.

En effet, au moment où au niveau de la presse internationale, l’on parle du « Sénégal (qui) est sur le qui-vive » du fait de la menace terroriste, il est urgent, pour l’État, d’associer davantage ces représentants des populations dans les plus petits territoires de base. Il est indéniable que leur connaissance du terrain, des populations, de leurs agissements, peuvent beaucoup contribuer à déceler toute présence suspecte, ou agissements inhabituel d’un résident du quartier ou du village. Les délégués de quartiers et chefs de villages sont, en effet, de véritables agents dormants. Non pas au sens classique de cette expression où il est question d’un agent envoyé en mission et qui est non-opérationnel pour des questions tactiques, mais il s’agit, ici, d’ « agents » qui dorment, parce que leur expertise n’est pas suffisamment mise au service de l’État.

Comités de vigilance

Il nous semble qu’il serait intéressant, pour le ministère de l’Intérieur, de travailler à la mise en place de comités de vigilance composés de délégués de quartiers et de chefs de villages. Ces comités vont ainsi travailler discrètement sous la supervision des Sous-préfets, des Préfets et des Gouverneurs. Des réunions périodiques pourront ainsi être organisées avec transmission permanente d’informations utiles qui pourront être analysées et classées par les services compétents. Certes, nous ne doutons pas du fait que les services de renseignement restructurés, abattent un travail de titan parce que dépositaires d’une expertise reconnue au-delà de nos frontières, mais il serait bon d’élargir le champ d’action afin de mieux cerner les réalités locales.
Il est, en effet, inquiétant qu’il y ait de plus en plus de jeunes sénégalais tentés par l’aventure de Daesh. On parle d’une trentaine sur le théâtre des opérations de guerre à Syrte (en Libye) surtout. C’est dire qu’il y a dans nos quartiers et villages des réseaux terroristes dormants, restructurés ou non dont il ne faut pas sous-estimer la capacité de nuisance. L’idéologie salafiste se propage dans notre pays à une vitesse qui mérite une attention particulière. Dans ce contexte de pauvreté et de sous-emploi, la jeunesse qui n’a pas peur des vagues de la mer pour tenter de rallier l’Europe, peut facilement intégrer des mouvements qui, en dehors des considérations religieuses, peuvent leur permettre d’avoir une certaine place dans la société en poursuivant un but même si celui-ci est hasardeux, sans avenir. En responsabilisant davantage ces élus locaux et en les formant par des séminaires assidus, ils pourront être d’un grand apport dans cette lutte. Car, les chefs de villages et de quartiers sont souvent entourés de conseillers, discutent de tout ce qui concerne leurs localités et anticipent souvent sur les conflits. Vrais médiateurs sociaux, ils sont souvent beaucoup plus informés qu’ils ne paraissent. C’est pourquoi, ces nouvelles formes de comités de quartiers vont les aider à davantage se rendre utiles, à être plus à l’aise, de coopérer, eux qui sont d’habitude très discrets.
Car, face à la menace terroriste dont les modes d’action et de réactions sont asymétriques, il n’est pas toujours indiqué de répondre par des méthodes et des moyens conventionnels de riposte. Il serait heureux d’explorer d’autres pistes avec la complicité de toutes les populations, à tous les niveaux.

Assane Samb

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