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Les confessions de Sarkozy

Doutes, espoirs et règlements de compte. Depuis quelques semaines, le président candidat multiplie les confidences tant auprès de ses proches qu’auprès des journalistes.

C’est l’heure des confidences. Celle-là n’est pas passée inaperçue. Comment imaginer que le président pourrait évoquer, en marge d’un voyage en Guyane, devant quelques journalistes, sa possible défaite et sa vie d’après, sans que cela fasse illico les gros titres des journaux. Rentré à Paris, Nicolas Sarkozy concède devant ses collaborateurs : « Bon, je l’ai dit, je l’ai dit, mais je n’ai pas dit que ça. » Et d’ajouter : « Donc, l’interprétation est erronée. » Pas faux.

En ce début d’année, à la veille d’une bataille qui se jouera, pense-t-il, sur « l’authenticité », Sarkozy se livre volontiers. Pas seulement devant des journalistes, mais aussi devant les leaders de la majorité ou ses visiteurs du soir. « Le Nouvel Observateur » rapporte aussi cette semaine des confidences faites dans le huis clos de l’Elysée. Elles tracent le portrait d’un pré-candidat qui n’exclut pas de perdre, mais plus que jamais animé par la fureur de vaincre. Ne serait-ce que parce qu’il se croit très, très supérieur à tous ses concurrents, François Hollande au premier chef. Revue de détail de ses confessions 2012.

MON BILAN

« Quand on dit que je divise le pays, ça fait partie de la campagne mais ça ne veut rien dire. En cinq ans, il n’y a pas eu de blocage, pas de violence. Tous les textes sont passés. Moi, je n’ai pas eu le CIP, le CPE, l’école libre, la loi Falloux, Mai-68, les émeutes en banlieue… »

Doutes et certitudes

« Je changerai de vie… Vous n’entendrez plus parler de moi… pour la première fois de ma vie, je suis confronté à la fin de ma carrière, etc. de son séjour en Guyane, on a surtout retenu que Sarkozy évoquait pour la première fois l’hypothèse de sa défaite. De fait, le président sortant est lucide sur sa situation, à en croire les rares confidences qu’il fait aux uns et aux autres. « Ce sera très juste. Ça se jouera à rien », a-t-il confié récemment à son ex-ministre Roger Karoutchi. Devant un autre dirigeant à la droite, il y a quinze jours, il laisse tomber : « Le suffrage universel est parfois injuste. Il arrive que des gens de qualité soient battus et des tocards élus. » Il pensait alors à Michel Rocard, étrillé aux législatives de 1993 par Pierre Cardo, un inconnu UDF. En décembre, à Gerhard Schröder, qu’il recevait à l’Elysée, il disait déjà : « Sur le papier, j’ai perdu cette élection mais nous traversons une crise exceptionnelle. Il peut y avoir un réflexe d’aller celui qui rassure le plus. Avec Hollande qui n’a jamais exercé le pouvoir, cela m e donne une petite chance. » Schröder, c’est sa nouvelle idole. L’ex-chancelier social-démocrate allemand a engagé, lors de son second mandat, des réformes drastiques qui ont permis de remettre son pays sur les rails. C’est un modèle sont le chef de l’Etat veut s’inspirer. En préférant occulter le fait que Schröder a finalement été battu de justesse. Sarkozy préfère retenir qu’il a failli gagner…

Mais ce serait mal connaître le président que de le croire défaitiste. Seuls les combats qui n’ont pas été menés sont des combats perdus. Il compte bien, lui, faire mieux que Schröder. « Vous vous rendez compte, je suis le seul à avoir résisté à la crise. La crise les a tous balayés, tous, Zapatero, Brown… Moi, je suis encore là et j’ai 25% dans les sondages », plastronnait-il devant les responsables de la majorité, mi-janvier. Lui qui rembarre ceux qui évoquent les – mauvais-sondages en use quand ça l’arrange. En Guyane, il observe ainsi que « le taux de sondés déclarant avoir un avis ferme a régressé. C’est du jamais-vu ! ». Bref, pour le vainqueur de 2007, tout reste encore possible. Il note qu’il « intéresse toujours » malgré « dix ans de Sarko matin, midi et soir ». Et à tous ceux qu’il croise, il offre le visage d’un homme « déterminé ». « N’en doutez pas, dit-il, l’envie est toujours là. »

Nicolas Sarkozy est ainsi fait qu’il pense que l’énergie d’un homme peut inverser les situations les plus désespérées. « Je crois toujours que je peux renverser les montagnes », disait-il, en commentant son score calamiteux aux élections européennes de 1999 lorsqu’il avait hérité in extremis de la tête de liste après la démission de Philippe Séguin. A Cayenne, avant ses confidences sur sa possible reconversion, il a prévenu les journalistes : « Vous savez, on a encore cinq ans à passer ensemble ! »

L’obsession Hollande

Fini de rire. Désormais, Sarkozy montre les crocs. Dimanche dernier à la télévision, il s’en est pris à « ceux qui se mettent au niveau du caniveau ». Qu’a donc fait Hollande pour s’attirer cette hargne-là ? C’est simple : le chef de l’Etat n’a toujours pas digéré les propos de table du candidat socialiste devant quelques journalistes, début janvier. Se mettant dans la peau de Sarkozy parlant de lui-même, le candidat socialiste avait parlé de « sale mec ». Le mot est resté sur l’estomac présidentiel. « S’il l’a dit, c’est qu’il le pense », remarque en petit comité le chef de l’Etat, qui se console en assurant que « ce genre d’attaque fait du mal » à celui qui la lance.

Sarkozy est persuadé que le candidat socialiste joue cette élection comme un référendum anti-Sarko, mais de manière subtile, sans le dire ouvertement. Il sait Hollande trop habile pour ignorer qu’un anti-sarkozysme agressif serait contre-productif. Aux yeux du président sortant, tout le démontre. Cette manière qu’a Hollande de ne pas le nommer. Cette façon de l’effacer en se situant délibérément dans l’après-Sarkozy. Cette propension à se présenter en homme « normal », en sous-entendant ainsi que lui, Sarkozy, ne le serait pas. On l’aura compris, pour le président, le « sale mec », c’est Hollande.


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