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LES INTELLECTUELS FACE À L’ATTRAIT DU POUVOIR Désir de servir ou de se servir ?

L’économiste, Moubarak Lô, vient de rejoindre la Primature comme Conseiller spécial du maitre des lieux après une longue période de brouille avec le président de la République, Macky Sall, qui lui a couté son poste de Directeur de Cabinet adjoint de ce dernier.

Un retour qui lui a valu, comme il fallait s’y attendre, des critiques très acerbes de la part d’une bonne partie de la presse qui ne lui a pas pardonnée ce qui est toutes les apparences d’un reniement de convictions qu’il attendait il y a quelques mois, à savoir qu’il allait travailler avec l’opposition pour sortir le Sénégal dans une situation de mal gouvernance dans laquelle il s’était enlisée.
Il faut dire que le sieur Lô a été peu tendre avec le nouveau régime dont il était un des maitre-pensant allant même jusqu’a soupçonner le président Sall d’avoir un penchant ethnocentrique dans ses nominations à des postes de responsabilité.
Une réaction qui était à la mesure de la profondeur du divorce d’avec les nouvelles autorités. Car, faudrait-il peut-être le rappeler, à son départ de la Présidence, un communiqué très acerbe contre certains intellectuels qui seraient trop imbus de leur personne et dont le président Sall n’avait pas besoin. L’allusion était très nette…
L’économiste a continué ses sorties contre le régime, mais aussi, il faut le dire, ses réflexions sur la situation économique, sociale et politique du Sénégal. Et comme on le sait, sa pugnacité intellectuelle est reconnue de tous.
C’est pourquoi, son retour ne lui a pas été pardonné. Le fait qu’il ait atterri à la Primature et non à la Présidence n’y a rien changé. Les Sénégalais pardonnent peu ces genres de revirements perçus comme des formes de « wax-waxeet ». Et pour cause ! Ils sont, en effet, de plus en plus nombreux les cadres, intellectuels de renom, des esprits critiques et très vifs qui flirtent maintenant avec le régime en place. Certes, ceci n’est pas en soi une mauvaise chose, mais, tout le monde a remarqué que depuis lors, certains d’eux versent dans des entreprises de « laudation » qui ne les ressemblent guère. Pire, ils se taisent sur des questions brulantes de l’heure qui nécessitent parfois des prises de position courageuses dont le régime lui-même a besoin pour éclairer sa lanterne s’ils ne sont pas prêts à défendre à tout prix les positions des autorités.
Ces intellectuels ont été pour nombre d’entre eux, les maîtres à penser des Assises nationales et même du M23. Ils ont été très actifs du temps de Wade. Certains se sont faits remarquer par leurs écrits contre les déviations du système libéral, d’autres par leur engagement citoyen.
Abdou Latif Coulibaly qui a rejoint l’Apr après avoir inauguré, au Sénégal, le journalisme d’investigation, Abdou Aziz Diop, Alioune Tine qui a maintenant quitté son poste de responsable de la Commission des droits de l’homme, Penda Mbow qui surfe avec la Première Dame, le Professeur Ismaël Madior Fall qui fait l’objet de beaucoup de critiques à l’instar de Moubarak Lô et bien d’autres comme Alioune Fall Sall sont entrés dans le « Macky », contre vents et marées. Avec une question qui taraude nombre de Sénégalais : S’agit-il de servir ou de se servir ?
Il faut d’emblée souligner que le rêve de tout cadre est de servir son pays. Et que, pour ce faire, l’État au sens large offre une opportunité à ces derniers étant entendu que la voie des élections est trop sinueuse et hypothétique. Du coup, ils sont peu nombreux à résister à l’appel du président de la République ou de toute autre autorité de venir travailler à leurs côtés. Ce raccourci pour arriver au pouvoir permet à nombre de cadres d’accomplir leur rêve de mettre en pratique leurs connaissances, idées et idéaux qu’ils ont toujours rêvé de partager.
Toutefois, il y a le calcul subsidiaire du ventre. Le pouvoir offre, en effet, beaucoup d’avantages liés au bien-être physique et à la notoriété sur le plan social. Les passeports diplomatiques, de service, les logements et voitures de fonction, les dotations en carburant, les salaires ou émoluments consistants, la proximité avec les grands de ce monde, ne laissent personne indifférente. Le pouvoir est fait de telle sorte que ceux qui s’y frottent y… demeurent. Cela veut dire, en termes clairs, qu’une fois habitué à tous ces avantages, il est difficile de revenir en arrière. Pourtant, aussi curieux que cela peut paraitre, Moubarak Lô avait, lui, renoncé aux délices du pouvoir comme les anciens Ministres Mamadou Seck, Malick Gakou, le Ministre-Conseiller Moustapha Diakhaté au temps de Wade.
Dans le même ordre d’idées, Me Doudou Ndoye, Jacques Diouf devenu, aujourd’hui, Conseiller spécial du président Condé de Guinée, entre autres, ont quitté leurs postes à eux alloués par le président Sall.
Si Moubarack s’était contenté de courber l’échine et de profiter des avantages, il n’aurait jamais quitté la Présidence. Quelque part, il faut lui reconnaitre d’avoir certainement essayé de jouer son rôle même si, par ailleurs, les autorités d’en face n’ont pas rendu publique leur version. Ce que nous voulons dire par là, c’est que tout le monde n’est pas logé à la même enseigne. Sinon l’État serait une sorte de « mafia » à laquelle il faut s’éloigner. Ce qui n’est pas le cas.
Ce qu’il faut, c’est que les uns et les autres essaient d’être cohérents avec eux-mêmes dans leurs dires et leurs actes même si tout le monde peut se tromper. Défendre, aujourd’hui, une chose et demain le contraire devient une sorte de gymnastique nationale qui dépasse le simple cadre politique.
Certes, tous les pouvoirs ont leurs flagorneurs, laudateurs et louangeurs, mais il ne faut que ceux d’aujourd’hui aient été les blasphémateurs, contempteurs, détracteurs et dénigreurs d’hier. Pour que les populations ne perdent pas le nord.

Abdoulaye Diop

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