De gauche à droite : Robert Mugabe, Béji Caïd Essebsi, Paul Biya, Manuel Pinto da Costa et Abdelaziz Bouteflika forment le club des dirigeants les plus âgés du continent. © GLEZ
De gauche à droite : Robert Mugabe, Béji Caïd Essebsi, Paul Biya, Manuel Pinto da Costa et Abdelaziz Bouteflika forment le club des dirigeants les plus âgés du continent. © GLEZ

Les présidents africains, trop vieux… vraiment ?

Souvent jugés trop âgés pour diriger, les présidents africains ne le sont pourtant pas plus que leurs homologues internationaux. Le vrai problème ne serait-il pas plutôt leur longévité au pouvoir ?

En 1984, Ronald Reagan, candidat à un second mandat à 73 ans, déclarait : « Je ne ferai pas de l’âge un problème : je ne vais pas exploiter, à des fins politiques, la jeunesse et l’inexpérience de mon adversaire. » Le républicain retournait ainsi à son avantage ce qui, a priori, constituait un handicap. Et l’ancien acteur a été réélu. Trente ans plus tard, les 69 ans de Hillary Clinton – qu’elle aura atteints lors de la présidentielle l’an prochain – agitent à nouveau les sphères intellectuelles. Peut-on gouverner, passé un certain âge ? À chaque sondage effectué sur la question, la réponse varie selon les affinités politiques : les démocrates qui estimaient hier Reagan trop âgé bottent en touche quand il s’agit de juger aujourd’hui si le nombre de printemps de l’ex-sénatrice est un problème. Pragmatique, l’électeur.

L’Afrique n’échappe pas à la polémique. L’avalanche de commentaires suscitée par la nomination du nonagénaire Robert Mugabe à la tête de l’Union africaine en février était courue d’avance. « Mugabe est trop vieux pour se concentrer sur quoi que ce soit », réagissait le politologue sud-africain William Gumede. Le continent aurait même la particularité d’être aux mains de vieux despotes accrochés au pouvoir depuis des décennies…

Les chiffres sont pourtant têtus. Certes, sur les cinq présidents les plus âgés de la planète, trois sont africains. Mais la moyenne d’âge des dirigeants du continent, 63 ans, n’est guère plus élevée que celle des chefs d’État à l’échelle mondiale : 61 ans.

La vraie question ne serait-elle pas la longévité au pouvoir ? Sur ce point, l’Afrique est de fait en haut du podium. Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, José Eduardo dos Santos et Paul Biya cumulent à eux trois plus d’un siècle de règne. Omar Bongo Ondimba, lui, a dirigé son pays quarante et un ans – bien plus que les trente et un ans de Fidel Castro et les vingt et un ans du Nord-Coréen Kim Il-sung… Le pouvoir use, et certains s’en rendent compte trop tard : « Je suis conscient qu’après trente ans de vie politique harassante, j’ai fatigué », avouait le Burkinabè Blaise Compaoré au lendemain de sa chute.

Lorsque Ben Ali et Moubarak ont été chassés, leur reprochait-on leur âge ? Non. La sagesse acquise avec le temps devrait pourtant conduire ces accros du fauteuil à passer la main avant de perdre pied. Trop vieux ? Pas forcément. Trop long ? Quand la question se pose, la réponse est « certainement ».


 

Quand la Constitution s’en mêle

La majorité des constitutions africaines prévoient un âge minimum pour se présenter (35 ou 40 ans), mais peu plafonnent l’âge du candidat. Le Congo (70 ans), la Côte d’Ivoire (75 ans) ou encore le Tchad (70 ans) font partie des exceptions. Ainsi, à 71 ans, Denis Sassou Nguesso ne peut théoriquement pas briguer d’autre mandat, tandis qu’Alassane Ouattara, du haut de ses 73 ans, passe aisément sous la barrière constitutionnelle pour l’élection d’octobre. Son compatriote détenu à La Haye, Laurent Gbagbo, né en mai 1945, pourra lui retenter sa chance… en 2020.

Plus nombreux sont les textes à poser comme condition l’état de santé du candidat. Ainsi au Niger : aucun âge maximum, mais « nul n’est éligible à la présidence s’il ne jouit d’un bon état de santé physique et mental », précise la Constitution. Qui va plus loin, en ajoutant la nécessité « d’une bonne moralité attestée par les services compétents ». Cette notion est absente du texte algérien (tout comme l’âge limite), alors que la santé du président Abdelaziz Bouteflika fait les choux gras de la presse internationale, au grand dam des Algériens, déshonorés. La Constitution préfère s’attarder sur le patriotisme du candidat, qui doit « justifier de sa participation à la Révolution du 1er novembre 1954 » s’il est né avant juillet 1942 ou « de la non-implication de ses parents, s’il est né après juillet 1942, dans des actes hostiles à la Révolution du 1er novembre 1954 ».

Jeune Afrique

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