1 octobre, 2014
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Les réformes, ce qu’il faut éviter ou changer (Par Abou Bakry DIAKO)

Il faut reformer l’Etat archaïque avions nous tenu à persuader les pouvoirs publics actuels. Lesquels enclenchaient une série de reformulation de l’Administration puis la mise sur pied d’une CNRI (Commission Nationale de Reformes des Institutions) et l’Acte III de la Décentralisation, la reforme pénale et de l’enseignement. Toutes ces reformes, pourtant, inhérentes, voire complémentaires mais qui semblent être aux antipodes suivant la méthode usitée.

Forcément, ici on tire à hue et dia ça déteint sur la décision et la démarche claudicante avec des errements, des chevauchements ou empêtrements, en fonçant tout droit vers la confusion et le fiasco total. On y est pas encore mais mieux vaut prévenir donc faire de la «Météo» politique pour que ça ait du succès.

C’est pourquoi nous suggérons, à l’instar du gouvernement français de procéder à une simplification) pour une réforme conséquente (et simplifiée) afin que la chose publique marche bien. Autrement, reformer doit induire des formulations simplifiées et rapports civilisés et fluides sans apriori ou préjugés.

On ne fait pas de l’esprit et ne verse nullement dans la prestidigitation en tournant avec le vent du changement. Comme pour dire qu’il ne s’agit pas de réinventer la roue mais on procède par synthèse en écrémant la quintessence de l’expérience ou la longue pratique de la chose publique.

Nous évoquions le modèle du « kurunkafuga » modernisé pour mieux gérer la cité et mettre un terme à la fronde sociale (voire l’atténuer) mais l’on peut chercher juste à côté en revisitant le mode de désignation des souverains comme celui du «Barak» ou du «Walo».

Deux approches érigées en principe exigeaient d’abord l’appartenance à une famille régnante que l’on substitue aujourd’hui à une enquête de moralité puis le consensus des grands dignitaires qui valide la candidature du prétendant au trône.

Dans les territoires cités, c’est le choix du collège électoral élargi aux hommes libres et esclaves (suffrages) qu’entérine le conseil des grands électeurs comme qui atteste du souci premier de désigner démocratiquement leur roi.

Réformer consiste à rééquilibrer les pouvoirs, élargir et partager les prérogatives mais aussi les déléguer à des démembrements, contrairement à l’Article 47 de la Constitution de 1963 léguant au Président des pouvoirs exceptionnels. Une aberration en octroyant à un seul individu cette tâche démiurgique qui rend fou et provoque cette « dinosaurisation».

La dernière modification de 2009 de la Loi Constitutionnelle ne déroge pas à la règle en son ART 42-43-45 (avec des pouvoirs exorbitants) et alléger ne traduit pas dépouiller mais non plus retour à l’imbroglio de 1962 (confusion et instabilité) du parlementarisme ; il s’agit tout juste d’éviter l’accaparement des pouvoirs qui nuit le pouvoir.

Comme le stipule la Loi de 2009, on conserve le présidentialisme modéré ou déconcentré en laissant à un Premier Ministre le soin de piloter l’Exécutif même en redoutant la crise de dualité avec son président et le parricide prématuré ; autrement du bicéphalisme mu en parricide avec des relations plus heurtées comme rapports avec son mentor, pouvant conduire à l’embastillement sous moult prétextes .

En évitant la dictature d’un régime présidentiel concentré et ses troubles politiques, économiques et sociaux, on risque de voir la cohabitation critique des Pm encombrants (Idy –Wade) accusés de trahison entraînant le clash. On doit chercher le juste milieu ou faire la part des choses.

La Constitution de 1967-70 limitait la durée du Président à 4 ans et des pouvoirs législatifs circonscrits et ne dépassant une telle durée dès lors que leurs gestions restent liées et les consultations organisées simultanément pour le renouvellement des hommes pour lutter contre le retour du dauphinat ou la dévolution automatique.

Il faut inclure le referendum révocatoire pour éviter le 23 juin parant une éventuelle catastrophe. Faire en sorte qu’il n’y ait plus de velléité de se cramponner au trône du pouvoir. Tout autant, on devrait encore verrouiller afin de nous épargner des pirouettes à la poutine pour revenir illégitimement aux commandes comme Chef d’Etat).

Ceci ne saurait suffire pour instaurer la démocratie totale en ne mesurant pas l’impact sur le développement du pays. Le « choc de simplification » à la hollandaise réduit le temps des acquisitions et augmente la durée des acquis individuels et dépolitise les fonctions régaliens tout en renforçant le pouvoir local. Un gain de temps et de sous à investir dans les priorités.

Tout autant, le « choc de simplification » ne saurait être une affaire de l’Etat mais celle de tous les sénégalais en optant pour la participation citoyenne et inclusive pour contourner les incongruités, les malentendus et les coups de force pouvant paralyser le système comme c’est le cas pour la baisse du nantissement encourageant les investisseurs.

Il faudra cadenasser tout le dispositif afin de rompre d’avec la routine qui grise, désoriente l’élu et dévoie. Des études récentes devraient être disponibles pour montrer que le pouvoir commence à faire des effets négatifs sur cet élu à partir d’un certain moment, donc date limite à laquelle il faut le lui reprendre avant de le voir se «griser» et éventuellement devenir un aliéné prêt à tout (rejetant le verdict des urnes et faisant des cadavres rien que pour se maintenir à la tête du pays).

Au Sénégal où l’on se vante d’être pacifiste et démocrate oublie-t-on que c’est la patronymie qui en est le ciment dès lors l’implication d’un pouvoir authentique détenteur du patrimoine culturel immatériel pouvant invoquer nos mânes serait d’un apport conséquent.

Ce qui suggère de mettre sur pied un Conseil des Sages regroupant le spirituel, le coutumier et la ploutocratie devant entourer les trois autres pouvoirs, notamment l’Exécutif, le Législatif et le Judiciaire, en jouant le rôle « d’Ombudsman » ou médiateur de la République, un modèle inadapté sous les tropiques.

D’ailleurs, le Conseil des sages avec des assistants qualifiés dans tous les domaines devant tenir tous les trois mois une séance de consultation va recueillir les doléances des sénégalais à transmettre pour exécution par contrainte puisque doté de toutes les prérogatives…

« Reformer, l’enjeu est d’élargir et de renforcer le régime des libertés collectives et individuelles, dresser des remparts contre les injustices et rendre aux citoyens la plénitude de leurs droits tout en respectant leurs devoirs, » dixit le Chef d’Etat.

La territorialisation ne devrait elle pas nous inciter à tenter l’expérience de la Loi-cadre de Defferre. La Régionalisation de 1996 aurait parachevé le processus de décentralisation mais dans la pratique on aura ultra politisé par le Ps comme le lui reprochait le Pds des mairies «boopu cogne» en lieu et place des «entités viables économiquement» qu’il ne pourra pas concrétiser.

Comment peut-on parler des Assises dites nationales sans que la gouvernance locale ne soit mise en exergue, en reformulant les attributs des régions des spécialistes proposant un modèle spécial pour régler le problème de la Casamance, en déléguant au Président de la Région les pouvoirs de Chef de l’Etat local. Qu’est-ce qu’en disent les Assises?

Le développement est un tout et le concept des Assises (la panacée sociale), des mois de réflexion et une centaine d’acteurs politiques et de la société civile, l’on ne peut concevoir une telle faillite. Auraient-elles omis de plancher sur les reformes et élaborer une feuille de route globale nous menant vers la rupture ?

Finalité des Assises : ceci devait amener à l’essor qui favorise la démocratie en modernisant les institutions et dont l’objectif final est de créer un niveau standard et impersonnel pour l’épanouissement du NTS (nouveau type de sénégalais), dépendant d’un mode de gouvernance et nouveau type de gouvernement. Les ruptures sont loin ici d’être engagées et complètes même dans la conception.

La territorialisation ou l’Acte III de la Décentralisation, c’est maintenant que le « Yonnu Yokkuté » passe à l’étude alors qu’il aurait été question depuis de soumettre la vision de l’Apr à l’opinion pour une contre expertise de la société civile et partager afin de peaufiner la chose. Là on semble avoir négligé l’essentiel avant d’arriver au sommet de l’Etat rendant myope.

L’Acte III pourrait être claqué sur cette Loi-cadre 1956 décrétant l’autonomie interne en muant le TOM en région avec une Assemblée régionale, un conseil des secrétaires au nombre de onze en ajoutant les finances et l’économie aux 9 compétences transférées sous la tutelle du Chef de territoire ou Président de Région.

Le système américain privilégie une administration bien rodée à l’instar des « townships » avec les comtés dotés d’une autonomie totale, voire d’un Etat régional : on lève les impôts, obtient et répartit les crédits, fixe les salaires, organise des élections locales, gère les projets et programmes sociaux….

D’ores et déjà, les contestations commencent à compromettre le dispositif qui semblerait se référer à un modèle ethnico social caduc alors que le socio culturel aurait modifié les comportements et environnement introduisant une autre forme de provincialisation plus dynamique, donc économiquement viable..

Ce qui nécessitera le retour du Sénat comme haute chambre du parlement sous forme de Grand conseil regroupant tous les secrétaires et présidents des Région. Du coup, l’Assemblée et le CSE seraient implicitement réduits et leurs pouvoirs limités.

Sans vouloir jouer avec la patronymie en ironisant) le pouvoir actuel doit éviter de verser dans le farfelu un président « bling-bling » qui se complairait à rabibocher, rafistoler par ci par là en privilégiant le paraitre. Ici, on aurait opté pour la sobriété et l’efficacité…en évitant d’être simplet.

L’autre synonyme du ‘’Dafa Macky’’ n’est rien d’autre que le « Yonnu Yokkuté » en expérimentation et laquelle cherche à se frayer un passage, se limitant à l’essentiel sans tenir compte de cette reforme engagée par le Président ; autrement, l’exhaustivité du programme fait défaut et amène à improviser, agir par a coups et au grand dam de la cohérence, dénotant d’une absence de vision et de stratégie

Pour construire la paix et faire prospérer le pays, le chef de l’Etat doit convier tous les détenteurs d’un savoir ou expérience de contribuer d’une manière inclusive à l’élaboration des reformes que les experts commis devront exploiter en mettant en confrontation avec les éléments des Assises sans bourse à délier. A défaut, on doit aller jusqu’au bout dans la rupture qui s’exige une rigueur sans renier le préétabli.

Reformer, c’est un tout et en profondeur et qui dit rupture engage une mutation totale. Deux impacts positifs la démocratie et l’émergence. C’est dire que tout est lié la Réforme du climat des affaires, les leviers du développement, de l’Ecole, de l’Administration et des Institutions dans un contexte de tout numérique avec les avantages des TIC entre autres. (Exemple de l’Intranet des milliards d’économies).

C’est une gageure en ne trouvant les liens organiques et le « link » avec les facteurs externes bloquants en vue de les transcender. Pour ce, il faut une expertise, en l’occurrence des hommes qu’il faut à la place qu’il faut, là où la « Wadisation » (ministre-joueur remplacé à tout moment) a complètement failli par manque de tact et de flair.

C’est ça la vraie rupture que de rompre d’avec la « Sénégalaiserie » (qui consiste à faire profiter, avec inhabileté, parents et amis de sinécure), une mentalité que nos compatriotes ne sont pas encore prêts à s’en départir à cause de leur népotisme atavique et invétéré.

Abou Bakry DIAKO

Journaliste

aboudiako@gmail.com