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Les Socialistes face à l’équation de la reconquête du pouvoir Khalifa va-t-il déboulonner Tanor ?

 

Tout le monde attendait ce 9 janvier date à laquelle le maire socialiste Dakar Khalifa Sall devrait se prononcer sur son éventuelle candidature à la prochaine présidentielle, du moins d’après certaines indiscrétions.

Eh bien, il n’en est rien. L’Université d’été du parti qui s’est ouverte a donné lieu à des échanges qui occultent la question de la candidature dont on dit pourtant qu’elle est inévitable.

La réalité, c’est que les Socialistes doivent, tôt ou tard, faire face à la lancinante question de leur reconquête du pouvoir surtout dans un contexte de compagnonnage avec le régime de Macky Sall.

Une reconquête qui passe par la question préjudicielle de la candidature laquelle fait aussi l’objet de supputations quant à l’opportunité de continuer à présenter celle du Secrétaire général Ousmane Tanor Dieng, député et maire de Djenenne.

Une équation qui s’est posée aux socialistes après le constat de la baisse des résultats, élections après élections, et ceci depuis 2000. En somme, peut-on garder un cheval qui perd même si le Socialiste en chef a eu le mérite historique d’avoir remis son parti en scelle après la débâcle de 2000 et une quasi-panique dans les rangs due au dynamisme du Sopi d’alors ?

Ils sont, en effet, nombreux dans les rangs du parti et au sein de l’opinion à penser qu’il faut du sang neuf au Ps. Toutefois, les changements intervenus dans la composition du Bureau politique n’ont pas donné satisfaction aux partisans des réformes. Khalifa n’a atterri qu’en quatrième position dans le bureau alors que Tanor a laissé l’impression d’avoir encore la mainmise sur son parti en mettant ses lieutenants comme Vilane à des postes stratégiques. Pendant ce temps, le maire de Podor Aissata Tall Sall a été « oubliée » malgré les déclarations d’apaisement entendues dans ce sens. L’avocate, ancien Ministre, est présentée, à tort ou à raison, comme l’incarnation de l’aile dure de la contestation contre OTD. En tout cas, depuis la présentation de sa candidature au poste de Secrétaire général du parti à la suite d’élections internes qui se voulaient démocratiques mais qui sont loin de l’avoir été, elle subit une sorte d’ostracisme et reste calfeutrée dans une hibernation politique qui en dit long sur la profondeur de la mésentente. Une situation exacerbée par les locales de juin 2014 où elle n’a pas été suffisamment soutenue par son parti alors qu’elle était en bataille politique puis judiciaire avec le redoutable candidat du régime Racine Sy qu’elle a fini par vaincre.

Or, Aissata est loin d’être seule. Des mouvements de soutien à la candidature de Khalifa Sall sont nés et déroulent des activités. Ils défendent ouvertement leur position et ne cachent le fait que OTD a fait son temps et doit sinon aller à la retraite du moins se mettre en retrait.

Certes, Khalifa, en vertu du respect de la discipline du parti, a cru devoir faire une sortie publique pour dire qu’il n’est derrière aucun mouvement de soutien, mais cela n’a pas freiné les ardeurs de Bamba Fall et Cie.

La question se pose de savoir si l’on peut oui ou non donner du crédit à leur démarche.

Sur la forme, non ! Parce que le Ps est un parti structuré où les débats de fond et les prises de position sur des questions d’importance doivent être gérés en interne. Ceux qui interviennent publiquement, par voie de presse, sapent l’unité du parti et l’affaiblissent davantage. C’est pour cela que le Maire de Dakar n’a pas approuvé la démarche. Il aurait été complice, ne serait-ce que par omission et se serait mis dans une situation de confrontation frontale avec Tanor. Il fallait éviter le syndrome Afp, où le Secrétaire général Moustapha Niass a dû se débarrasser de son numéro 2 Malick Gakou aboutissant à une scission de fait du parti qui a vu naitre de ses flancs, un « Grand parti ».

Toutefois, dans le fond, il y a matière à débat. Et les Socialistes ne manqueront pas de le faire. Car, hormis la baisse continuelle des résultats dont nous avons parlé supra, Tanor incarne présentement l’amitié, la fidélité et la solidarité avec le président Sall et son régime. Le fait qu’il n’ait pas voulu prendre de poste officiel dans l’État n’y change rien. Il conseille et accompagne le président de la République dans ses choix stratégiques sur les grandes questions de l’heure. Il sait aussi que ce compagnonnage n’est pas du goût de tous les Apéristes qui réclament un scenario similaire à celui des progressistes. Un tel homme se sentirait très mal dans la peau d’un candidat de l’opposition. Les batailles électorales ont leurs réalités où les tons montent souvent, ce qui avait abouti à la situation déconcertante de Landing Savané qui, après avoir travaillé avec Wade, a voulu s’opposer à lui avec un discours très salé, s’attirant les foudres de l’opinion. Ce syndrome Landing Savané guette tous les partisans de Benno Bokk Yakaar (BBY), dont certains rêvent justement de claquer la porte.

Il serait alors souhaitable, dans ses conditions, qu’une personne comme Khalifa Sall soit positionnée. Pour la raison simple qu’il a l’habitude de confrontation avec le camp apériste et se soucie moins de protocole. Il est moralement peu redevable de Macky. Ses empoignades avec Mimi Touré alors Premier ministre pour le contrôle de la Mairie, sa gestion de celle-ci, son aura et son charisme militent en faveur de cela. Certes, Khalifa n’est pas encore une personnalité d’envergure nationale, mais cette posture se construit et le Ps a perdu trop de temps. L’erreur commise par Gackou qui consiste à se conformer à une certaine ligne du parti au point de perdre Guédiawaye et de se rebiffer après est à méditer dans le camp socialiste.

Il s’y ajoute que la classe politique a besoin d’une alternance générationnelle. Les Gackou, Khalifa, Bamba Dièye, Gadio, Baldé, Idy, etc. doivent prendre le relais. Ils ont la compétence, les relations, le charisme et l’expérience de la gestion des affaires de l’État. Ils sont, par ailleurs, de la même génération que Macky et pourraient aider le Sénégal à s’affranchir de pesanteurs d’ordre interne et international qui en obstruent le développement.

Tanor peut encore continuer à tenir les rênes du parti, mais sa candidature aura le désavantage de rendre difficile le discours électoral, version socialiste.

Qui plus est, le Ps a une mission historique de baliser le chemin  à une démocratie interne dans les partis plus que toute autre formation politique au Sénégal compte tenu de son passé. C’est quand même le parti de Senghor. Il doit changer, s’adapter, se réorganiser ou périr. Or, il a encore les ressources nécessaires à sa régénérescence.

C’est dire que c’est le moment ou jamais de saisir cette occasion historique d’un renouveau qui rassemblera tous les militants autour des idéaux du Socialisme bâtis sur les valeurs de solidarité, de partage et d’oubli de soi….pour le bien de tous.

 

Abdoulaye Diop

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