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Les Zimbabwéens pris dans la spirale de la pauvreté

Cosmas Gwizo, caissier à Harare, n’attend pas sa paye avec impatience. Toucher son salaire représente, désormais au Zimbabwe, plus un casse-tête pour boucler les fins de mois qu’une occasion de se réjouir dans ce pays en proie à une récession économique sans précédent.
L’inflation dépasse les 2.000%, un record mondial, la monnaie qui perd de sa valeur chaque jour ne s’échange quasiment plus que sur un marché noir où les cours flambent et changent sans cesse.

Le salaire mensuel de Cosmas, 43 ans, d’un montant de 500.

000 dollars zimbabwéens (environ 2.000 USD au cours officiel), ne signifie donc plus grand chose.

« Chaque fois que je reçois mon chèque, je me gratte la tête en me demandant comment je vais réussir à m’en sortir jusqu’à la fin du mois, puis je me rends compte que cet argent ne suffira pas à vivre une semaine », a-t-il expliqué à l’AFP.

« Je cours acheter des produits de première nécessité comme le lait, j’évite ceux comme la viande, et je reste chez moi quand je n’ai plus de quoi payer le bus. C’est dur de travailler et de ne pas pouvoir se nourrir, ni se vêtir correctement ».

Le dernier rapport du Service central des statistiques (CSO), qui dépend du gouvernement, a établi que le seuil de pauvreté pour une famille de cinq personnes est passé de 973.800 zim dollars par mois en février à 1,7 million en mars, alors que l’inflation, totalement hors contrôle, atteignait 2.200%.

En mai 2002, le Congrès des syndicats du Zimbabwe (ZCTU) situait le seuil de pauvreté à 19.000 zim dollars par mois, à une époque où l’inflation était déjà de 113%. Depuis, 80% des 13 millions de Zimbabwéens ont sombré dans la pauvreté.

Alors que le pays entre dans sa huitième année de récession économique, sans aucun signe d’amélioration, Cosmas Gwizo ne parvient plus, comme tant d’autres, à nourrir sa femme et leurs trois enfants avec son salaire.

« La plupart des gens se privent de beaucoup de choses. Comment ils survivent avec le peu d’argent qu’ils gagnent est un mystère », ajoute John Robertson, un économiste indépendant.

Le salaire mensuel moyen d’un employé en ville est de 90.000 à 500.000 zim dollars, alors que le prix d’un pain est de 8.000 zim dollars et celui d’un sac de 10 kilos de farine de maïs, aliment de base, de 114.000 zim dollars. Un aller simple en bus, de la banlieue au centre de Harare, coûte environ 7.000 zim dollars.

Nombre de Zimbabwéens en sont réduits à sauter des repas et à pédaler ou à marcher jusqu’à 30 km pour se rendre à leur travail.

Certains tentent de joindre les deux bouts en revendant à leurs collègues, sous le manteau et souvent à crédit, des vêtements, de l’huile ou du sucre.

D’autres vont de l’autre côté des frontières acheter des produits qu’ils écoulent sur de petits étals dans la rue le week-end.

« Je gagne 450.000 zim dollars de plus par mois en vendant des cartes de chargement pour téléphones mobiles à des passants », explique Langton Bhowa, un agent de sécurité.

« C’est plus que le double de mon salaire mensuel de 200.000 zim dollars et c’est grâce à ça que je peux encore venir travailler tous les jours. »

Quatre personnes sur cinq sont sans emploi et faire un seul repas complet relève de l’exception.

« La plupart des salariés sont au chômage et ne peuvent même pas satisfaire leurs besoins quotidiens », précise Best Doroh, analyste financier de ZB Financial Holdings. « Les gages et les salaires ne suivent pas le rythme de l’inflation et cela va continuer ».


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