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Lettre ouverte au garde des sceaux, ministre de la justice et aux patrons de presse (Par Moustapha Dieng)

Messieurs,

En prélude aux Assises ou États généraux de la presse que vous comptez organiser dans les jours ou semaines à venir, je vous adresse ces quelques lignes pour partager avec vous mes réflexions sur le sujet.

En effet notre pays le Sénégal souffre d’un mal tout à fait nécessaire parce que vital pour sa démocratie : la Presse.

Le développement des organes de presse sous toutes ses formes a connu ces dix dernières années une progression fulgurante là où l’actualité qu’ils sont censés relayer marchait et continue de marcher à pas de tortue ; en conséquence il faut absolument créer l’actualité (ou la matière première) pour justifier son existence ; de ce point de vue tout devient actualité ou information à diffuser : même la voiture du ministre qui a une panne sèche de carburant est une information qu’un journaliste doit prendre le temps de traiter et porter à la connaissance de ses lecteurs.

La plupart des quotidiens de la place ne traitent sur plusieurs pages que d’informations sensationnelles, à part quelques trois ou quatre d’entre eux qui se détachent nettement du lot : Le Soleil, Le Quotidien, Sud Quotidien,Walfadjri et j’en passe.

Il y en a parmi les journalistes sénégalais actuels, ou ceux qui se considèrent comme tel, certains qui ne se posent plus de question sur la pertinence ou sur l’utilité d’une information pour leurs lecteurs avant de la relayer ; c’est la course au buzz. Dans un tel contexte, la tenue des assises ou Etats généraux de la presse arrive à son heure.

Beaucoup de faits de société que le Sénégal vit actuellement découlent du comportement des médias ou du moins sont encouragés et entretenus par la presse.

La célébration dans la division des fêtes religieuses (Korité et Tabaski).

J’estime que cette situation pourrait être résolue au Sénégal à deux conditions ou du moins pourrait être fortement atténuée si les préalables ci-après sont réglés.

Que l’Etat en concertation avec les différents chefs religieux instaure une commission par décret et que les membres qui la composent soient aussi nommés par décret après proposition des chefs religieux, ceci va la rendre crédible aux yeux des Sénégalais et lui permettra de mieux répondre légitimement de son nom de Commission nationale.

Que les patrons de presse s’engagent, pour l’unité nationale, au début ou à la fin des événements religieux à ne relayer que les informations données par ladite commission ainsi instaurée et que toute autre minorité qui se singulariserait pour célébrer une fête religieuse (Tabaski ou Korité) en dehors du jour fixé par la commission que celle-ci ne soit ni couverte ni relayée par aucun média de quelque nature que se soit.

En effet, le Sénégal est une jeune Nation en devenir et je reste convaincu que la presse a un rôle extrêmement important à jouer dans la consolidation des acquis unitaires déjà obtenus à travers les cousinages à plaisanterie, la fraternité au sein des différentes tarikhas etc.

La presse a un pouvoir extraordinaire d’unification (hélas !) mais aussi de destruction d’une Nation. On se rappelle tous le génocide rwandais des années 90 avec le rôle d’instigateur joué par la «Radio Mille collines» ou le conflit sénégalos-mauritanien à la fin des années 80 ; en conséquence un médium d’une si grande importance ne devrait pas être laissé à des jeunes immatures qui peuvent tendre leur micro à n’importe qui, écrire n’importe quoi ou montrer des images dont ils seraient loin de se douter de leur portée ou de leurs conséquences désastreuses sur la population.

Les mouvements de grève

A ce niveau, l’Etat devrait aussi reprendre les élections de représentativité très contestées et avoir le courage de n’admettre à l’issue du scrutin que les deux syndicats qui arriveraient en tête dans une même corporation et par secteur donné (éducation, santé, justice, etc). La prolifération des syndicats participe pour beaucoup à la déstabilisation du système éducatif, sanitaire ou judiciaire sénégalais et impacte négativement sur le résultat attendu des politiques sectorielles mises en œuvre par les autorités.

Aussi, lorsque les résultats des élections de représentativité sont connus, les patrons de presse devraient s’engager pour l’unité nationale, à ne tendre leur micro ou prêter leur plume qu’aux responsables syndicaux habilités à parler au nom de leur organisation syndicale.

Tout le commerce qui est opéré par ces multiples responsables syndicaux sous la bannière de leur syndicat, c’est parce qu’ils sont couverts et largement relayés par la presse.Or, dans nos petits Etats africains, l’unité nationale ne saurait être incarnée par un quelconque leader quel que puisse être son charisme, mais plutôt par une presse consciente avec des patrons de presse responsables travaillant résolument pour le devenir de leur Nation et pour le commun vouloir de vie commune de leurs concitoyens.

Messieurs les patrons de presse, la Nation compte beaucoup sur vous pour sa stabilité et son unité. Vous êtes puissants et incontournables. Vous êtes capables de faire ou de défaire tous les coups possibles et imaginables. Prenez davantage conscience de votre rôle historique et éminemment important dans le jeu démocratique et le devenir de notre jeune Nation que nous aimons tous.

Les informations relatives à l’Armée

A ce sujet, j’estime que les patrons de presse devraient s’engager au nom de l’unité nationale à ne plus communiquer désormais sur les questions purement militaires et de ne s’en tenir qu’au communiqué de la cellule d’information de l’Armée : la Dirpa.

Communiquer sur des stratégies militaires qu’on ne maîtrise pas ou sur des accrochages de l’Armée avec le Mfdc n’est pas une information utile pour le Sénégalais lambda et peut rendre vulnérable notre Armée nationale au sein de laquelle nous comptons tous des parents.

Toute communication sur l’Armée devrait porter, entre autres, sur des faits de corruption, de violation de procédures, disons d’actes avérés de mal gouvernance tout court.

Je vous exhorte messieurs les «assisards» au respect des engagements que vous allez prendre au sortir de vos travaux et lesquels devraient être rédigés sous forme de profession de foi et affichés au sein de toutes les rédactions. Vous remerciant pour l’attention que vous prêterez à ces quelques lignes de réflexion,

Croyez, Messieurs, à tous mes sentiments de profonde gratitude.

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