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Libre échange avec… Modou Marie Diagne d’Usaid/Yaajeende : «Des enfants de moins de 5 ans sont frappés par une carence en vitamine A à Kédougou»

La région de Kédougou demeure une zone de prédilection de la malnutrition. Dans cet entretien qu’il a accordé au journal Le Quotidien en marge de la journée régionale sur les produits biofortifiés et nutritionnels, le coordonnateur du projet Usaid/Yaajeende, Modou Marie Diagne, fait le point de la situation dans les zones d’intervention du projet à Kédougou, les nouvelles spéculations introduites par le projet pour pallier les carences en vitamine A notées chez les enfants et les carences en fer et zinc chez les femmes enceintes et allaitantes. Il a abordé la situation qui prévaut à Madina Baffé et Madina Sirimana dans le Saraya où les populations rechignent toujours à aller vers un changement de comportements pour sortir de la zone rouge.

Usaid/Yaajeende s’est installée à Kédougou dans un contexte où certaines zones étaient dans la zone rouge, frappées par la malnutrition. Après cinq années d’intervention, est-ce que la situation a connu un changement ?
Tout à fait. Nous sommes un projet de l’Usaid (Agence des Etats-Unis pour le développement international : ndlr) qui est très regardant par rapport à cette question. C’est pourquoi, on ne peut pas faire 5 ans d’intervention sans pour autant avoir des indicateurs par rapport à la situation de la malnutrition dans nos zones d’intervention et au plus large, la région. Cependant, à Médina Sirimana et à Médina baffé dans le département de Saraya, le résultat n’a pas suivi, puisqu’on a eu énormément de difficultés à travailler sur la valorisation des personnes ressources. On a formé des gens et mis à leur disposition tous les intrants nécessaires pour la communication et la sensibilisation auprès des populations pour un changement de comportements, mal­heureusement le travail ne se fait pas. Par conséquent, les mêmes habitudes continuent et les résultats attendus ne peuvent pas suivre. C’est pourquoi, il sera difficile de faire sortir les populations de ces deux localités de la zone rouge.
Par ailleurs, dans les autres zones de Fongolimbi, Dakatéli, Sabodala, Khossanto, Dimboli, entre autres, on a senti une nette amélioration des populations en termes de nutrition et de changement de comportements alimentaires. Nantis des informations que nous recevons régulièrement des infirmiers chefs de poste avec lesquels nous sommes en collaboration, nous avons des données qui nous permettent de savoir la situation au niveau de nos différentes zones d’intervention. Les résultats externes montrent que la situation est assez satisfaisante dans l’ensemble. A ce niveau, nous affichons une satisfaction par rapport au résultat obtenu.

On sait qu’environ 65% des femmes à Kédougou sont frappées par une carence en fer et en zinc. Qu’est-ce que le projet fait pour pallier ces insuffisances ?
Oui ! Mais pour le moment, on n’a pas fait une étude globale par rapport à ce point. Déjà on n’est pas à une grande échelle de production et d’utilisation de spéculations riches en fer et en zinc. Il s’y ajoute que malheureusement, le mil n’est pas prisé comme le maïs à Kédougou. Contrairement aux zones de Bakel, Kolda Matam où on a senti cette appropriation du mil qui contribue fortement à solutionner les carences en fer et en zinc notées chez les femmes. Néanmoins, le travail se poursuit.
Nous sommes conscients que pour régler la question de la carence chez ces populations, il faut auparavant avoir une quantité suffisante de mil biofortifié. Quand bien même, malgré le faible taux déjà expérimenté, les résultats sont quand même satisfaisants, et une fois qu’on passera à l’échelle suivante, une étude beaucoup plus approfondie nous dira sur son impact.

Quels sont les différents produits qui ont été introduits par votre projet et leur impact sur la survie des populations ?
A ce niveau, il faut dire qu’on introduit plusieurs spéculations riches en micronutriments pour améliorer l’alimentation des populations dans la région. On a introduit la patate douce à chair orange à partir de laquelle les boulangers fabriquent du pain enrichi en vitamine A, de la farine enrichie, de la patate séchée. Et conscients de son importance sur l’alimentation des enfants, toute la production en farine enrichie du Groupement d’intérêt économique(Gie) des volontaires nutrition communautaire de Kédougou est achetée par le district sanitaire de Kédougou. Ce qui montre l’importance de cette spéculation et l’effet qu’elle a sur les populations. Il y a aussi le mil biofortifié, même si on ne produit pas beaucoup de mil à Kédougou, car la culture du maïs est plus prisée. Nous sommes en train de tester également neuf variétés de maïs riche en provitamine A. Auparavant, on avait introduit une variété de maïs dénommée «obatampa» très prisée par les populations et riche également en micronutriments. Ce, même si par rapport à sa couleur, certaines personnes peuvent manifester une certaine réticence.

Vous avez tenu une journée régionale sur les produits biofortifiés la semaine dernière. Qu’est-ce qui a motivé une telle initiative ?
On a jugé opportun au démarrage de cette phase d’extension du projet, notamment au niveau de Kédougou, d’organiser une journée sur les produits biofortifiés et nutritionnels pour partager avec les autorités, les partenaires, services techniques et les populations tous les résultats significatifs que nous avons obtenus à travers l’introduction de ces produits biofortifiés au niveau de nos zones d’intervention dans la région de Kédou­gou. Notre approche est une approche d’agriculture pour la nutrition. La plupart des personnes pensent que nous sommes un projet d’agriculture, mais nous sommes un projet de nutrition avec des objectifs spécifiques liés à l’amélioration des conditions de vie des couches vulnérables surtout les femmes et les enfants de moins de 5 ans.

A cet effet, on s’est rendu compte que pour pallier ces questions, il fallait plutôt mettre l’accent sur l’agriculture pour régler les questions de nutrition en lieu et place d’apporter des produits nutritionnels préfabriqués aux populations. Depuis 2 à 3 ans, c’est l’approche que nous sommes en train de mettre en œuvre. Ainsi, en fonction des cas de carences identifiées sur le terrain, nous procédons à la remèdiation à travers l’introduction de spéculations riches en micronutriments nécessaires pour limiter les carences.

Nous avons identifié dans la plupart de nos zones d’intervention dans la région de Kédougou des carences en vitamine A chez les enfants de moins de 5 ans. Fort de ce constat, on fait la promotion du maraîchage et d’autres spéculations. C’est ce qui nous a poussés avec nos partenaires d’introduire trois variétés de patate douce à chair orange pour compenser les carence en vitamine A chez les enfants de moins de 5 ans. On a également introduit deux variétés de mil biofortifié avec nos partenaires de l’Isra (Institut sénégalais de recherche agricole : ndlr) pour pallier la carence en fer et en zinc chez les femmes enceintes et allaitantes. Du moment que nous faisions tout ce travail dans les nouvelles communes excepté celle de Kédougou, on a décidé de concert avec la direction générale d’intégrer la commune de Kédougou. C’est pourquoi, il était nécessaire de tenir cette journée régionale pour partager avec les populations de la région, mais également de la commune toutes les expériences qu’on a eu à développer dans les autres localités et qu’on va poursuivre dans la commune.

Cependant, il faut rappeler qu’à partir de ces produits on peut avoir toute une gamme de produits variés. A ce titre, nous avons formé des volontaires capacités sur tous les éléments nécessaires pour pouvoir faire la démultiplication à la base par rapport au comportement que les populations, notamment les femmes doivent avoir pour ce qui est de leur alimentation. Ces Volontaires nutrition communautaire (Vnc) comme on les appelle, sont aussi outillés, ca­pacités et peuvent procéder à la fabrication de farine enrichie pour régler certaines contraintes au niveau des femmes. A travers cette journée, on a également voulu montrer aux populations, aux autorités et aux partenaires qu’on n’a pas besoin d’aller au-delà pour régler la question de la malnutrition à Kédougou.

Le quotidien

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