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L’Impossible coalition autour de Idrissa Seck (Par Madiambal Diagne)

L’ancien Premier ministre Idrissa Seck, président du parti Rewmi, avait annoncé qu’il prendrait sa retraite politique à l’âge de 60 ans. On peut considérer donc qu’il joue son va-tout dans la prochaine élection présidentielle de 2019. Il ne manque sans doute pas de considérer que la disqualification de Karim Wade et peut-être celle, très probable, de Khalifa Sall pour ce scrutin, lui permettront d’avoir les coudées franches pour être le porte-étendard de l’opposition au régime du Président Macky Sall. Idrissa Seck ne fait pas mystère de son ambition de constituer une coalition de l’opposition autour de sa personne. Mais mal lui en prend systématiquement. Nous ne nous y trompions pas quand, dans une chronique en date du 19 février 2018, nous indiquions que «pour avoir un électorat, Idrissa Seck semble prêt à tous les reniements et à toutes les affabulations…». Idrissa Seck voudrait ainsi que tout le monde s’efface pour lui. Il souhaite être le candidat des libéraux avec le Parti démocratique sénégalais (Pds), le candidat des socialistes avec les fidèles de Khalifa Sall, il veut aussi être le candidat du Grand parti de Malick Gakou et celui de l’Alliance pour la Citoyenneté et le travail (Act) de Abdoul Mbaye et du parti Pastéf-Les Patriotes de Ousmane Sonko. Il aimerait être, entre autres, le candidat de la Ld-Debout des amis de Mamadou Ndoye. Idrissa Seck compte être le candidat de pôles les plus éloignés possibles sans même chercher à s’accorder avec les différentes composantes sur une base minimale d’actions à mettre en œuvre pour la conquête du pouvoir. Le regroupement Manko wattu senegaal (Manko) avait cherché à mettre dans un groupe de travail des experts des différents partis qui le composent pour produire une base consensuelle de programme de gouvernement. Le projet n’a pas pu aboutir du fait simplement que Idrissa Seck a lancé à la face des autres leaders de partis «qu’il ne continuera plus à perdre du temps dans de telles discussions». Il demande à lui faire confiance et à se mettre en rangs derrière lui. Naturellement, une telle attitude suscite un choc des personnalités.

Le jeu de dupes, avec un petit coup de fil venu de Doha

Le 4 avril dernier, Idrissa Seck a révélé aux journalistes avoir reçu un coup de fil de Karim Wade. Ce dernier lui aurait indiqué qu’il va travailler à refaire les relations entre le Président Wade et son ancien Premier ministre. Il faut dire qu’avant cette déclaration à la presse, la rumeur avait couru qui voulait que Idrissa Seck ait rencontré Abdoulaye Wade ou Karim Wade et que des pourparlers seraient en cours. On ne peut pas s’empêcher d’avoir un sourire amusé, qu’un Idrissa Seck en vienne à se féliciter, aussi bruyamment, d’un petit coup de fil que venait de lui passer «personnellement» Karim Wade. Karim Wade qui appelle presque tout Dakar, des hommes politiques aux journalistes, jusqu’aux artistes à la petite semaine ! Mais puisque cela semble enchanter Idrissa Seck… Le coup de fil de Karim Wade apparaît ainsi comme un sésame, même une bouée de sauvetage pour Idrissa Seck. Seulement on a de grandes raisons de craindre que ce ne soit qu’un mirage. On peut affirmer, sans aucun risque de se tromper, que Idrissa Seck lui-même, ne croit pas, en son for intérieur, à la sincérité d’une volonté de rapprochement exprimée par Karim Wade. La haine est si tenace entre les deux hommes que Karim Wade avait rechigné à recevoir, le vendredi 17 avril 2009, jusqu’à des condoléances que Idrissa Seck venait lui présenter, suite au décès de son épouse Karine Wade. C’est Idrissa Seck qui le raconte lui-même dans les colonnes de Week End Magazine en août 2011: «Karim Wade est arrivé à un tel degré de haine qu’il n’a pas voulu recevoir mes condoléances lors des funérailles de Karine. S’il y est parvenu, c’est grâce à Wade qui a organisé une cérémonie additionnelle.  Et même là, il me dit : «Devant la mort tout se pardonne mais je ne vous pardonnerai jamais ce que vous avez fait à Karine.».» Idrissa Seck, de poursuivre à déballer : «C’est parce que Karim Wade a besoin d’une explication pour pouvoir se regarder dans la glace face à tout ce qu’il a fait pour détruire mes relations avec son père.» Un tel échange en dit long sur les rancœurs, de part et d’autre. Aujourd’hui, Idrissa Seck veut croire que Karim Wade va travailler à refaire les relations entre le Président Wade et son «fils d’emprunt», pour reprendre une autre formule caustique sortie de la bouche de Idrissa Seck ! On peut aussi dire que Idrissa Seck a eu l’occasion de rendre à Karim Wade la monnaie de sa pièce. En effet, le leader du parti Rewmi aura été le seul responsable politique sénégalais à s’offusquer de la grâce accordée par le Président Macky Sall à Karim Wade, le 24 juin 2016, pour lui permettre de sortir de prison. Idrissa Seck était furieux de cette libération qu’il avait dénoncée comme le résultat d’un «Protocole de Doha». Qui disait qu’on ne devrait pas souhaiter la prison, même à son pire ennemi ?

Pour ce qui est du président Wade, il a assez dit sur ses relations avec Idrissa Seck. Il a dit et répété, à l’envi, qu’il ne pardonnera jamais à son ancien bras droit de lui avoir «volé la somme de 40 milliards de francs Cfa» et qu’il se mettrait sur son chemin pour l’empêcher d’arriver au pouvoir. Aussi, les propos ignominieux que Idrissa Seck a eus à tenir à l’endroit du Président Wade dans la fameuse série de Cd «Lui et moi» résonnent encore dans les oreilles.
C’est dire que si Idrissa Seck se gargarise d’un rapprochement avec Karim Wade, suite à un appel téléphonique à l’initiative de ce dernier, c’est juste pour chercher à embarquer l’opinion politique et les militants du Pds. Tout le monde sait de Idrissa Seck, qu’il n’est pas dépourvu d’un sens de machiavélisme. Il ne peut pas ignorer qu’en décidant de prendre l’initiative de l’appeler au téléphone, Karim Wade s’exerce à un coup politique. Karim Wade savait bien que ce contact serait étalé sur la place publique et c’est sans doute ce qu’il cherchait. Par ce coup de fil téléphonique à Idrissa Seck, Karim Wade lance un appel désespéré au Président Macky Sall. C’est un secret de polichinelle que Karim Wade n’escompte revenir dans le jeu politique au Sénégal qu’à la faveur d’une amnistie. Or, de tous les acteurs politiques, le Président Macky Sall se révèle être le seul à même de pouvoir lui faire bénéficier d’une amnistie dans le plus court délai. Il se trouve cependant, que Macky Sall a décidé d’ignorer toutes les démarches tendant à un rapprochement avec Karim Wade. Ainsi, en prenant langue avec Idrissa Seck, le message de Karim Wade est clair comme de l’eau de roche: «Retenez-moi ou je fais un malheur.»

Gakou, Sonko, Dias et Abdoul Mbaye, incompatibles avec Idy

Idrissa Seck veut ratisser large. Il a exhorté, plus d’une fois, ses alliés de Manko, en l’occurrence les Malick Gakou, Abdoul Mbaye, Ousmane Sonko et les lieutenants de Khalifa Sall, à se mettre en rangs serrés derrière lui pour bouter Macky Sall hors du Palais présidentiel. Mais cet appel est sans compter avec les ambitions personnelles des uns et des autres. Le leader du Grand Parti (Gp), Malick Gakou, lui oppose toujours des sondages qui circulent sous le manteau et qui le placeraient devant Idrissa Seck. Aussi, le Grand parti disposerait d’une meilleure implantation nationale que le parti Rewmi. Il s’y ajoute que la confiance et l’estime de Malick Gakou à l’égard de Idrissa Seck se sont beaucoup estompées, suite à l’attitude de Idrissa Seck quand certains médias avaient donné, il y a quelques semaines, la fausse information d’une arrestation de Malick Gakou par la police. Cet épisode a fini par installer un véritable malaise dans leurs relations et de nombreux proches de Malick Gakou semblent avoir perdu toute confiance en Idrissa Seck. Le même sentiment habite aussi des partisans de Khalifa Sall à l’égard de Idrissa Seck. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle Bamba Fall avait été acculé pour ravaler ses propos qui étaient perçus comme une volonté de mettre en selle Idrissa Seck. D’un autre côté, Jean-Paul Dias et son fils Barthélemy ont de bonnes raisons pour ne pas mettre leur destin entre les mains d’un Idrissa Seck.

Pour ce qui les concerne, Ousmane Sonko et Abdoul Mbaye n’arrivent pas à tenir une conversation cordiale avec Idrissa Seck. Leurs rencontres au sein de la coalition Manko finissent toujours par des esclandres, en dépit des postures conciliatrices de Malick Gakou. D’ailleurs, Idrissa Seck leur a déclaré dernièrement ne plus vouloir prendre part aux rencontres de Manko. La rivalité va aller bon train au sein de l’opposition et Idrissa Seck, qui voudrait faire taire des critiques selon lesquelles il fustige des politiques du gouvernement sans rien proposer comme alternatives (En 2007 et 2012, il s’était présenté devant les électeurs sans programme de gouvernement), devrait rendre publiques des «esquisses de propositions de programme de gouvernement». Il sait que le parti de Malick Gakou avait déjà prévu de se livrer à cet exercice et Idrissa Seck chercherait à lui brûler la politesse.

Abdoulaye Bathily prend date pour lui-même

Idrissa Seck aura encore à faire face à une nouvelle adversité au sein de l’opposition. Qui peut imaginer le Pr Abdoulaye Bathily se ranger derrière Idrissa Seck ? Aussi, on peut considérer que le Pr Bathily a pris date avec les électeurs. Sa sortie du dimanche 1er avril 2018 sur les antennes de la Radio Futurs médias (Rfm), devra être analysée dans ce sens. Les partisans du Président Macky Sall ont vite fait de réduire les déclarations de Abdoulaye Bathily, au micro de Mamoudou Ibra Kane, comme étant l’expression d’une aigreur ou d’une frustration. C’est bien plus que cela ! Abdoulaye Bathily se pose en recours pour l’opposition politique, qui serait en mal de trouver une personnalité qui pourrait la ressembler contre Macky Sall. Il a eu à endosser dans l’émission Grand Jury, toutes les questions sur lesquelles l’opposition voudrait croiser le fer avec le régime de Macky Sall. Abdoulaye Bathily se pose en bouclier de Khalifa Sall mais aussi dénonce la proposition d’instaurer le parrainage des candidatures à l’élection du président de la République. Toutes les revendications de l’opposition trouvent grâce à ses yeux. Abdoulaye Bathily qui a été un artisan de la coalition qui avait conduit Abdoulaye Wade au pouvoir en 2000, et de celle qui avait conduit Macky Sall au pouvoir en 2012, aimerait bien jouer le même scénario à sa faveur. Il peut estimer que son heure a enfin sonné, d’autant que la plupart de ses anciens compagnons de gauche, leaders politiques africains, ont fini par conquérir le pouvoir. Il reste à savoir si les autres leaders de l’opposition sénégalaise se laisseront prendre au jeu. Il est sans doute tentant de se poser comme un président de transition, comme d’ailleurs un certain Lamine Diack en avait caressé le rêve en 2012.

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