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L’ISLAM CONFRERIQUE- Un exemple de tolérance religieuse

  • Date: 19 novembre 2016

Le Magal de Touba sera célébré ce samedi par les musulmans du Sénégal, plus particulièrement les Mourides, du nom de la confrérie que Cheikh Ahmadou Bamba a créée au cœur du Baol.

Il célèbre le départ en exil du Cheikh, victime d’une déportation du pouvoir colonial qui ne lui a pas rendu la tâche facile. Bien sûr, en plus des Mourides, le Sénégal compte d’autres confréries à son actif comme la Tidjania, les Layènes, les Niassènes, etc.

Les créateurs de ces différentes confréries s’inspirent (si l’on peut parler ainsi) de la voie tracée par imam Malik, d’où le rite malikite qui est en vogue dans les pratiques religieuses quotidiennes. Ces confréries suivent toutes la voie du soufisme dont la définition réelle a fait couler beaucoup d’encre. Le soufisme étant une recherche de Dieu par des pratiques présentées comme ésotériques et qui varient en fonction des maîtres.

Qu’à cela ne tienne, les musulmans du Sénégal revendiquent leur appartenance aux confréries avec son corollaire, la vénération de leurs cheikhs, l’obéissance à ses recommandations qui, dans le monde mouride, s’appellent « Ndiguel ».

Or, il se trouve que dans toutes les confréries sans distinction, les valeurs qui sont promues sont la tolérance, l’amour du prochain, l’entraide, l’amour du travail, le respect de l’autre, de l’autorité et bien sûr, le respect strict des recommandations divines inscrites dans le Saint Coran. Un bon rempart contre le terrorisme.

La preuve, malgré les dures conditions de son exil au Gabon et la mesure de résidence surveillée à son retour, il a toujours prêché la non-violence et le pardon.

L’actuel  Khalife général des mourides, Serigne Sidy Moctar Mbacké, dans le sillage de l’enseignement de Bamba, a demandé aux fidèles de cesser de faire la distinction entre Mourides et adeptes des autres confréries qui existent dans le pays.

Une dynamique qui est déjà dans les mœurs au Sénégal. La preuve, il n’y aura pas que des Mourides à ce grand Magal de Touba. Les Tidjanes, Layènes et autres seront aussi de la partie. A Yoff, lors de l’Appel, de nombreux Mourides, des Tidjanes, Niassènes et autres envahissent la Cité religieuse.

Quand un  Chef religieux se déplace en Europe, toute la diaspora, sans distinction de confréries, lui réserve un accueil digne de son rang. C’est cela l’Islam au Sénégal.

C’est aussi le même regard de tolérance qui est porté aux Chrétiens. Autrement, un Chrétien comme Senghor n’aurait pas dirigé le Sénégal pendant vingt ans.

Toutefois, force est de reconnaître que pullulent, actuellement, dans nos quartiers, des moquées dirigées en général par des jeunes qui, certes, sont très instruits religieusement parlant, mais qui ne partagent pas du tout cette vision de l’Islam confrérique et soufiste. Et qui tiennent à le faire savoir.

Il suffit d’assister à leurs prières du vendredi pour entendre des prêches qui prennent le contre-pied de ces pratiques et font des allusions très directes aux fondateurs de ces confréries.

Et ce que l’on ne dit pas assez, c’est qu’il y a souvent des incidents dans ces mosquées. Il n’est pas rare en effet que des fidèles se lèvent pour critiquer le Sermon de l’Imam parce qu’il a senti que c’est son marabout qui est cloué au pilori.

En tout cas, même si le Sénégal est un pays laïc avec une liberté de pratique religieuse reconnue, il n’est pas encourageant de voir des musulmans semer des troubles par le caractère très acerbe de leurs critiques envers des guides religieux. C’est le début d’un radicalisme qui peut prendre d’autres proportions. Or, même s’ils sont minoritaires aujourd’hui, personne ne peut dire combien ils seront dans les prochaines décennies.

Sans prôner la violence, ces musulmans que nous ne voulons pas nommer au risque de les stigmatiser, gagneraient à s’inspirer de la tradition de tolérance et d’ouverture dont le Prophète Mohamed est l’incarnation.

Chacun peut prêcher pour sa chapelle  sans écorner l’autre. Et dans le contexte de lutte contre le terrorisme, toute forme d’extrémisme est à bannir, surtout si elle est dirigée contre des frères musulmans. Ceux qui ne supportent pas les confréries et leur mode de vénérer Dieu, n’ont qu’à s’en détourner et emprunter d’autres chemins. Mais cela doit se faire dans le respect des convictions des autres.

Assane SAMB

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