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LORSQUE LES HOMMES CHERCHENT CORDONS BLEUS DÉSESPEREMENT Ces femmes qui ne savent rien faire… Mayonnaise, couscous, faire des dardes, écailler…

Trouver un mari, c’est comme chercher une denrée rare. Lorsque l’on trouve chaussure à son pied et que l’on n’a pu apprendre l’alphabet de la cuisine, c’est la catastrophe. Lorsqu’on ne connait pas la batterie de la cuisine, encore moins les rudiments du métier, on ne peut nous décerner le titre de cordon bleu.

Faire une mayonnaise, du couscous, préparer la liste de courses, faire le marché, écailler, faire des dardes de poissons, faire des alliages savants… Voici toutes choses qui sont devenues la croix et la bannière pour beaucoup d’hommes. Ces derniers sont souvent obligés d’aller dans les fast food, restaurants, chez leurs parents, pour ne pas mourir de faim ou se faire perfuser. Ou encore pour ne pas figurer sur une liste de restos du cœur.

Les hommes souffrent en silence. Souvent, ils tombent sur des belles filles qui n’ont pas eu le temps d’apprendre. Certaines s’emmurent dans des explications à faire peur. « Un jour, j’étais dans une Ville de l’intérieur du pays. Des amis nous avaient conviés à une petite fête. Mais pour tester une des filles, nous lui avions demandé de faire la mayonnaise », explique un Monsieur vrai cordon bleu. « Quoi ? Ici, il fait chaud, la mayonnaise ne prend pas », rétorque Mademoiselle. C’était archifaux. « Je lui demande alors un bol, des œufs et les ingrédients. Sur ce, je commence d’abord à me laver les mains et à faire une de ces mayonnaises à couper le souffle. La fille qui faisait des va-et-vient de s’interroger. Quoi, un homme qui sait préparer de la mayonnaise dit-elle, étonnée. Mais la raison est simple. « Manoulwon dara », indique notre interlocuteur.

Et la liste est longue. « Si, aujourd’hui, beaucoup de femmes ne savent pas tenir une maison, la cuisine, c’est parce qu’elles sont paresseuses. Écailler du poisson, faire du ngalax, des petits plats pour les en-cas, c’est une corvée. Lorsqu’on était petite, une de nos voisines a été renvoyée chez elle par son mari qui lui a demandé d’aller apprendre à cuisiner. C’est une honte. Et comme une traînée de poudre, l’affaire s’est ébruitée », raconte une dame. Et de renchérir : « Elles ne savent pas que pour le ngalax, il faut juste bien griller les arachides et doser le pain de singe. Le chocolat à tartiner n’a pas sa place. Idem pour les fruits, raisins, ou essences. Juste de la fleur d’orange et de la vanille. Je connais beaucoup d’hommes qui ne mangent pas les oignons. Cela leur donne des reflux. C’est dû à l’excédent d’huile. Pour bien préparer les oignons, locaux ou importés, il faut des astuces ». Poursuivant, elle ajoute : « On parle de cholestérol dans la chair du poulet, mais c’est la paresse. De tous les temps, on a mangé le poulet sans penser à cela. Les femmes ne peuvent plus flamber, etc.  Elles ne savent non plus faire les courses, tenir une maison, cuisiner pour un surnombre, des invités surprises, faire un savant dosage, cela demande un long et minutieux apprentissage. Ne pas avoir peur de se salir, de se brûler, de se faire piquer par une arête. Le nettoyage du poisson, c’est un art. C’est pourquoi, beaucoup de nos frères n’aiment pas certains mets. C’est la présentation, la préparation qui font défaut ».

Aujourd’hui, les bonnes ont remplacé les maitresses des maisons dans leur domicile car ce sont elles qui font tout. À cela, s’ajoute la prolifération des plats à emporter. Une aubaine pour certaines. Elles se réfugient derrière les vendeuses de céréales pour s’en sortir. D’autres demandent secours auprès de leurs mamans, lors des grandes fêtes religieuses.

« Beaucoup de femmes ne veulent pas faire du couscous. Même si les pauvres maris supplient pour en manger. On dit souvent que c’est cher. Le céré mboum, le dosage du liant, pour les différents couscous, ce n’est pas pour les filles à maman. Les hommes aiment bien les vendredis, déguster ces mets. Surtout avec du bon lait frais. Il est vrai que le temps est quelquefois court, mais il faut s’organiser, ne pas improviser ou être créatif. Cela devient dangereux pour la santé. Les Sénégalaises ont toujours eu une bonne hygiène de vie, ne gâchons pas cela. Avec les additifs et produits venus d’ailleurs. Aujourd’hui, mêmes les enfants sont sevrés. Les chips sont devenues une alternative. Alors qu’on peut bien chez soi, faire des chips à base de légumes. Je connais une femme qui ne savait pas faire du fondey. Elle faisait des mini boulettes avec de l’eau et la farine de mil. Elle a été sauvée par sa cousine de passage. Et rubis su ongles, elle lui a donné une forte somme. Si elle avait fini ses petites boulettes, elle aurait eu de la bouillie. Imaginez un peu la surprise du mari à son retour », sermonne cette dame sous le couvert de l’anonymat.

Pour certains hommes, c’est la galère. Parce que les femmes sont cachottières. Mais il y a des choses qui sont comme la carte d’identité, c’est-à-dire indispensables : comment retenir son homme. En effet, rien de plus terrible que de rentrer le soir et de se retrouver devant un bol qui sent l’oignon à cent mètres. Et de découvrir un repas qui vous donne froid dans le dos.  Une friture de poissons cramés nageant dans de l’huile, du poulet sans farce, ou du riz mal cuit… Imaginez un peu, la désolation. Cela peut pousser le mari à se rebeller. Courir dans le premier resto, dormir le ventre creux ou aller au mur des lamentations… de Dakar.

Ndèye DIAW

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