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LOUGA Un dépotoir de malades mentaux

 Impossible de faire dix pas dans la capitale du Ndiambour sans rencontrer un malade mental. Des hommes et des femmes ayant perdu la raison et abandonnés  par les leurs familles envahissent la ville. Si d’aucuns pensent que c’est à cause des pratiques culturelles telles que les ‘’tours’’ et les ‘’ndeup’’ qui ne sont plus respectées, d’autres soutiennent que ces malades sont la plupart déposés expressément à Louga par leurs parents.

Poupée à la main, elle ne semble pas se soucier du regard pesant des passants, des mômes en particulier, qui passent en groupe à cette heure de descente. Habillée d’une tunique bleue orange qui semble n’avoir jamais été plongée dans une bassine d’eau, la jeune femme regarde évasivement le monde qui l’entoure. Mine serrée, elle se déplace d’un pas rapide vers la route qui fait face à son lieu de méditation et revient. « Je la vois régulièrement ici. Elle ne parle jamais, elle ne fait que des gestes. Elle est inoffensive certes, mais elle crée la peur chez certains enfants », explique le retraité M. C. Diop, trouvé près des lieux. Lançant un appel, il poursuit : « Les fous sont très nombreux à Louga et je pense que les autorités lougatoises doivent vraiment nous aider, d’abord en interdisant la vente de l’alcool à Louga qui est abusive ».
Assis devant la devanture d’un immeuble, le vieil homme tend la main à tous les passants. Habillé d’un jean bleu délavé, assorti d’un tee-shirt blanc qui a perdu toute sa blancheur, virant même au marron, barbe poivre sel, l’homme, la soixantaine dépassée, sourit. Un sourire qui cache mal la mésaventure qu’il a vécue, il y a de cela trois ans. Il nous revient de sources concordantes que l’homme était un enseignant dans une école de la place. Un jour, il a eu un différend avec un parent d’élève, celui-ci a menacé de mettre fin à ses jours à défaut, il lui rendra la vie impossible jusqu’à ce mort s’ensuive. Des propos qui n’ont point été pris au sérieux par l’enseignant et qui sombrera pourtant dans la dépression totale, quelques mois après.

« Chaque fois (…), j’ai peur … »

Des hommes qui menaient une vie paisible et sont devenus, du jour au lendemain, des déficients mentaux, sont nombreux dans cette ville. Les pratiques culturelles qui seraient la cause, sont presque dans toutes les langues. M. Sall, cette comptable rencontrée au marché Central de Louga, partage le même avis : « Je n’habite pas à Louga mais j’y viens régulièrement pour voir certains parents. J’ai toujours peur quand une personne mal habillée s’approche de moi. Je croise plus de dix fous quand je viens ici. Souvent, ils s’approchent de toi et veulent prendre de force ce que tu as. Ils sont pour la plupart des jeunes, mais il en existe des femmes qui ont à peine vingt ans ». Dépassée par la situation, la femme, la cinquantaine bien sonnée, continue : « Les Lougatois croient à des pratiques culturelles qui doivent être respectées, et aujourd’hui, beaucoup de jeunes n’y croient plus. Et je pense que c’est la cause principale ».
La vendeuse, assise devant son étal de légumes, est du même avis que sa cliente. « Louga était une ville où ne vivaient que des sages. Les rares qui ne l’étaient pas se comptaient. De ce fait, les Lougatois étaient libres de pratiquer librement leurs croyances. Mais, actuellement ce n’est plus possible, Louga n’est plus comme avant. Les étrangers sont beaucoup plus nombreux que les natifs. Du coup, certaines pratiques ne sont plus faisables », lance la vieille F. N. Seck.
« La plupart des fous viennent du Mali »

Trouvé devant un dépotoir, s’affairant à trouver de quoi se mettre sous la dent, teint ambré, cheveux frisés dus à son apparence mauresque, comme on nous l’apprend, l’homme, la trentaine à peine aurait quitté la Mauritanie pour s’installer à Louga. Installé dans un quartier pauvre de la ville, le jeune mécanicien se serait converti en apprenti chauffeur, deux années après sa venue. Abdou, comme on le surnomme, sombre totalement dans la folie et est mis à la porte par ses camarades avec qui il partageait la même chambre. Et depuis lors, Abdou vient gonfler le nombre de déficients mentaux dans la ville. Bassirou Sow, élève dans un lycée de la place, rencontré sur notre chemin, est catégorique : « La majeure partie de ces malades ne sont pas de Louga. Beaucoup de malades mentaux que vous avez rencontrés ne sont pas de Louga. La plupart sont des Maliens ».

Sidy Thiam (Correspondant à Louga)

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