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Lutte contre la corruption : «C’est le Président Wade qui a encore peur»

La corruption, ce monstre à la tête d’hydre, a encore de beaux jours devant elle. En effet, malgré, les autosatisfactions et la fierté du pouvoir d’avoir mis en place la Commission de lutte contre la non-transparence, la concussion et la corruption (Cnlcc) en 2003, l’Etat n’a posé aucun acte politique qui puisse faciliter à l’organisme sa mission de combattre efficacement la corruption. Bien au contraire, sa crédibilité est mise à rude épreuve en ce sens que les dix membres nommés ne bénéficient d’aucune rétribution, et d’aucun moyen leur permettant de mener à bien leur mission sacerdotale. Ce cri du cœur devant une délégation gabonaise, a permis de mesurer la vacuité de l’organisme sénégalais, en terme de prérogatives, mais aussi et surtout en terme de moyens matériels.

Source : L’As
En effet, pendant que le budget de la commission sénégalaise chargée de débusquer les délinquants financiers est estimé à 15 millions, le Nigéria est à plus de 15 milliards. Comparaison n’est certes pas raison, mais, même le président de la Commission gabonaise détient beaucoup plus de moyens financiers en ce sens que l’ensemble de ses collègues membres sont pris en charge par l’Etat. Même si M Bâ a souligné « les efforts colossaux » du chef de l’Etat qui a porté le budget à 50 millions, il estime que le déficit de la Commission est réel. Absence de véhicules 4×4 pour rallier le Sénégal des profondeurs, impossibilité de s’auto- saisir chaque fois qu’un cas de corruption est soulevé. La liste est loin d’être exhaustive. Tout au plus, au terme de plusieurs rencontres, le Président Wade a donné un accord encore tacite à la commission de convoquer tout ministre impliqué dans une affaire de corruption. Toutefois, en cas de refus de ce dernier de déférer, elle devra l’en informer. Il leur a donné le droit de s’auto saisir, chaque fois que la presse révèle un cas de corruption impliquant une autorité de l’Etat.

La corruption soutire 148 milliards de dollars à l’Afrique

« Il a encore peur de nous laisser nous auto- saisir. Comme la police, il croit que rien que la convocation d’une personnalité par la commission peut la déstabiliser. Je ne sais pas, mais, il a peur, il redoute encore», a indiqué le président de la Commission. Toutefois, au Gabon, informe Pascal Ndzemba, son homologue gabonais, le champ d’action de la commission se limite au secteur public, c’est-à-dire aux fonctionnaires, qui d’ailleurs sont désormais, soumis à une déclaration de biens.

Mais au Sénégal, le déficit de prérogatives et de moyens financiers met à rude épreuve la crédibilité des membres choisis pourtant es qualité, pour leur bonne réputation, pour un mandat de trois ans non renouvelable. D’ailleurs, un projet de loi modifiant certaines dispositions de la commission dort encore dans les tiroirs du bureau du président de la République. Ce dernier, qui a pratiquement reconduit pour un nouveau mandat tous les membres lorsqu’il recevait le rapport 2006, tarde à homologuer cela par son adoption au conseil des ministres et son passage devant les députés. Ce qui crée une certaine instabilité latente.

Se pose, dès lors, la question de la volonté politique du gouvernement. L’idée d’harmonisation pour toute l’Afrique, des commissions de lutte contre la corruption et l’enrichissement illicite, est agitée. C’est dans ce cadre que la délégation gabonaise qui s’est rendue au Nigéria, en novembre dernier, séjourne au Sénégal. Une situation qui pourrait être salutaire, d’autant plus que, pour le président Abdoul Aziz Bâ, chaque année, la corruption entraîne la soustraction de 148 milliards des Etats de l’Afrique. Puisque corruption rime avec sous-développement, il urge que les organismes de lutte soient dotés de pouvoir de répression exemplaire pour que l’hémorragie s’arrête.


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