Education

LYCÉE DE PEKESSE Un établissement, mille problèmes

  • Date: 10 novembre 2015
 ‘‘Manque’’ est le terme qui revient le plus dans les complaintes du corps professoral, des élèves, et du provisorat du lycée de Pékesse. Que ce soit en infrastructures ou en ressources humaines, cet établissement du département de Tivaouane, qui essaie de tenir haut le flambeau de l’éducation, est dépourvu de tout, sauf du volontarisme de ceux qui sont chargés de son rayonnement. Pékesse veut briller certes, mais Pékesse veut d’abord être bien équipé.

REPORTAGE

Quand on a la naïveté de demander si le lycée de Pékesse dispose d’une de ces commodités propres au 21ème siècle, comme le wifi, ce sont des sourires amusés qui répondent à la question. ‘‘Connexion wifi ? On dirait bien qu’il nous nargue !’’ lance Mme Dial, prof de lettres, sur un ton taquin mais qui en dit long sur l’exaspération du corps professoral. Dans la salle des professeurs aux murs jaunes décrépis, c’est l’espace qui manque le plus. Elle abrite une grande table en bois et une armoire de rangement métallique qui occupent presque tout le fond du local, obligeant certains professeurs à rester debout pour la pause d’un quart-d’heure avant la reprise des cours de ce jeudi, dans l’après-midi.

Dans la sécheresse d’un air distillé par un plafonnier, cette rigolade de Jean Paul Ndiaye, Ahmadou Moustapha Diop, Iba Seck, tous professeurs dans les filières scientifiques, était bien justifiée pour un établissement qui manque de tout ou presque. Pas de bibliothèque, pas de laboratoire, pas de salle informatique, dix tapis d’EPS comme matériel sportif, un petit bloc administratif ‘‘pas digne de ce nom’’ etc. Dans ce lycée qui reçoit 1 132 élèves des différentes localités de la sous-préfecture de Mérina Dakhar essentiellement, tout est prioritaire.

Un peu normal, diriez-vous, puisque l’essentiel, à savoir  les salles de classe, y sont également denrée rare. ‘‘Il y a douze salles de classe pour 20 classes pédagogiques soit un gap de huit classes’’, souffle le proviseur Pape Oumar Diallo, qui y entame sa première année. Dans son bureau tout aussi exigu se trouve le semblant de technologie qui rehausse le plateau de l’établissement. Imprimante laser, photocopieuse, petit frigo et un ordinateur connecté à internet grâce à un support amovible dont il se sert, ainsi que le censeur, dans son travail quotidien.

Le lycée de Pékesse souffre. C’est à se demander si l’ex-collège d’enseignement moyen (CEM) créé en octobre 2008 ne regrette pas ce statut perdu en 2012. En ce temps, c’était beaucoup moins compliqué, puisqu’il n’était pas centre d’examen. Les carences ne concernent pas seulement les infrastructures. La ressource humaine y est tout aussi problématique. ‘‘On a été obligé de prendre des enseignants du moyen, pour les intégrer dans le secondaire. Si le lycée est encore fonctionnel, il le doit en grande partie à leur abnégation’’, se félicite le proviseur.

Toutes les séries sauf la S1, à cause d’un déficit de professeurs de sciences, y sont présentes. Comme palliatif, ce sont les professeurs de Maths PC du moyen qui sont reversés dans le second cycle. Être professeur ambivalent est comme une seconde nature dans cet établissement. ‘‘Le censeur, M. Diop, assure en même temps les cours de PC pour la terminale S2 et est également notre comptable matière’’, fait savoir le proviseur Diallo, louant l’esprit de dépassement de ses professeurs. Dans ce contexte, il est d’autant plus peiné qu’aucun sortant de la Fastef n’ait été envoyé à Thiès cette année. Le seul professeur authentiquement mathématicien a quitté l’année dernière pour Ngaye Mekhé, ayant reçu une proposition plus avantageuse.

A cela s’ajoute un suivi difficile dû aux effectifs pléthoriques dans les classes du cycle moyen. Les trois classes tournantes des 6ème (M1A, M1B, M1C) accueillent 114, 111, et 113 élèves respectivement. Seuls les cours du cycle secondaire présentent des standards acceptables, honorables même : le plus petit effectif étant de 11 élèves en terminale L’ ; 17 élèves en Terminale S2 dont deux filles ; 33 élèves en Seconde S. Les Premières L1 et L2 ont quant à elles été mélangées pour faire une classe de 64 apprenants. L’effectif de plus de mille personnes n’est supervisé que par deux surveillants, soit plus de 500 élèves pour chacun d’entre eux. M. Diop, l’un d’entre eux, se félicite d’une discipline généralisée qui ne se fissure qu’en temps de froid avec des retards à répétition.

Dans les bâtiments rose et jaune à l’extrémité de l’école qui abritent les classes des 6èmes, le cours de Maths bat son plein. La majeure partie des  tables-bancs du devant qui reposent sur le plancher crevassé et poussiéreux reçoivent trois élèves. Les manœuvres ont tellement été contorsionnistes que la marge qui sépare le tableau de la première rangée est étroite pour le professeur. L’établissement est pourtant vaste, mais un manque d’aménagement saute à l’œil dès qu’on franchit le mur de clôture rouge.

Les rares potaches qui n’ont pas cours cherchent à fuir le soleil impitoyable, qui sous l’ombrage d’un grand arbre au milieu de la cour, qui rasant les murs pour s’abriter dans un petit filet d’ombre. ‘‘Un projet de construction de préau est en gestation’’, fait savoir le proviseur.  Un petit tapis herbacé décore encore le sol, preuve que le désherbage a été récent. ‘‘Les cours ont démarré tardivement, à la mi-octobre, car les enfants sont d’abord les bras des parents dans les champs avant d’être des élèves. Actuellement, il y a une présence effective des élèves’’, rassure Pape Oumar Diallo.

Éloignement et enclavement

Dans cette zone enclavée, où ‘‘des enfants éduqués ne sont pas forcément la priorité des parents’’, selon un professeur, et avec de telles conditions, Pékesse ne rougit pourtant  pas de ses résultats. 51% au baccalauréat, et 72% au BFEM cette année ; ‘‘les meilleurs résultats du brevet depuis deux ans dans le département de Tivaouane’’, exultent les professeurs pour lesquels la priorité des priorités est la construction diligente d’autres bâtiments. Si aller à l’école est une affaire de proximité à Dakar, il en est autrement dans ce patelin à mi-chemin entre Thiès et Touba.

Ceux qui ont la chance d’habiter le plus près de l’école, à Ndiouki, ne font que presque 5 kilomètres quotidiens pour la rallier. Les moins nantis, comme Ibra Ndiongue, élève en classe de seconde L résidant à Ndiogomaye, peuvent faire plus du double du trajet de Ndiouki, à l’image des autres habitants des localités de Ngueye Ngueye, Mbayard, Diaagua, Ndiengue, Tilmakha, Niakhène. ‘‘Nous voulons des moyens de transport pour rallier plus facilement notre établissement’’, déclare-t-il. L’enclavement de la zone a peut-être quelque chose à voir avec le peu de cas que les autorités de l’Education font du lycée de Pékesse.  ‘‘Ici, c’est tellement éloigné que les inspecteurs ne veulent même pas y venir. Nous sommes obligés d’aller jusqu’à Tivaouane pour nous faire évaluer’’,  déplore le professeur Mme Dial.

S’il est difficile d’y accéder, il est tout aussi difficile de s’y extraire. Les enseignants qui rêvent d’une carrière dakaroise sont pénalisés par une  ‘‘discrimination aux points’’ du système de Management intégré des ressources axé sur une dotation rationnelle (Mirador) qui fait que les professeurs voulant rejoindre les lycées de la capitale sont lésés. Cette zone est créditée de 2 points, alors que Matam par exemple en comptabilise 4. Ce qui signifie qu’en cinq ans, on totalise 10 points alors qu’un enseignant à Matam ou Sédhiou est crédité du double. ‘‘Dans une compétition aux points, ils vont gagner facilement et ont plus de chance que nous d’être affectés là où ils veulent’’, s’insurgent les professeurs qui demandent une révision du système de points.

Les élèves quant à eux sont préoccupés par la faible qualité des infrastructures de leur lycée. Ces ‘‘blouses bleues’’, à l’image de Mbar Ndiaye postulant au baccalauréat S2 de cette année, estiment qu’il faut un laboratoire. ‘‘La Physique-chimie est une science expérimentale, il nous faut faire des essais pour concrétiser ce qu’on théorise en classe’’, revendique-t-il. Mais l’un des professeurs prévient que leur vocation est l’enseignement, pas les miracles. ‘‘Si les conditions continuent d’être difficiles à ce point, il va s’en dire que l’efficacité dans les résultats va en pâtir’’, conclut M. Ndiaye

Enquête

Quand le budget s’en mêle

Pour couronner cette série de complaintes, la baisse du budget vient aggraver une situation déjà peu enviable. L’inscription est passée de 10 mille F CFA à 8 mille 500, à la demande des parents qui la trouvaient au-dessus de leurs moyens. ‘‘La dotation de l’Etat est désormais de 1 million 200 mille par semestre, en fournitures de bureau, ce qui contribue à rogner dans les fonds des frais d’inscription’’, déplore le proviseur Diallo, alors que le désherbage, la réfection des tables-bancs et la peinture des tableaux ne sont pas pris en compte dans le budget. La restauration des élèves subit également les contrecoups de ces baisses.

‘‘Pour la cantine scolaire, l’Etat n’octroie que du riz et de l’huile et là aussi, ce sont les frais d’inscription qui servent à acquérir certaines denrées. D’ailleurs c’est fonctionnel en janvier alors que les élèves parcourent des kilomètres pour venir à l’école. Cette année, la gestion sera rigoureuse pour permettre un bon fonctionnement’’, promet-il tout en demandant l’aide des personnalités de Pékesse pour hisser ce lycée parmi les établissements d’excellence.

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