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Macky, Macron et Rihanna (Par Alymana Bathily)

La visite de Macron aura démontré la prééminence stratégique de la France au Sénégal par la déférence particulière des plus hautes autorités à son égard

Le Partenariat Mondial pour l’Education lancé en 2002 sous l’égide du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), de la Banque Mondiale et de l’UNESCO  est destiné nous dit on à lever par cycles les financements nécessaires pour « assurer une éducation de qualité à tous les enfants, garçons et filles, partout dans le monde ». La réunion de Dakar avait pour but de lever 3 milliards de dollars pour reconstituer  le budget d’appoint nécessaire  aux pays les plus pauvres pendant la période 2018-2020.

L’association entre Macky, Macron, Rihanna et le Fonds Mondial pour l’Education, à travers la stratégie de communication mise en œuvre par les médias locaux et internationaux ainsi que par les médias sociaux avaient deux objectifs. D’abord « vendre » le projet du PME au bon peuple, au Sénégal et en  Afrique. Faire la promotion de chacune des trois personnalités aussi.

Il s’agissait donc d’abord de faire croire au bon peuple qu’avec  l’aide des « Grands Blancs », de la bonne France et grâce à la clairvoyance de nos présidents,  les Sénégalais et tous les Africains associés à l’initiative, seront en mesure dans quelques années, avant 2030, de fournir une éducation de qualité à tous leurs enfants.

Alors même que nous savons, ainsi que l’indique le rapport 2016 de la Conférence des Ministres et Gouvernements de la Francophonie, intitulé « Performances du système éducatif sénégalais » que « 46,5 % des élèves n’atteignent pas le seuil « suffisant » en lecture après au moins six ans de  scolarité primaire ».

Pour ce qui concerne les mathématiques, le même rapport établi que 41.2 % sont au-dessous du seuil « suffisant » en mathématiques en fin de scolarité, dont une part importante (14,7 %) ne manifestant pas « les compétences les plus élémentaires mesurées par le test ».

C’est que les enfants sénégalais, comme ceux de tous les pays francophones d’Afrique et de plusieurs pays anglophones et lusophones sont confrontés à l’école à un handicap quasi insurmontable : celui de recevoir l’enseignement dans une langue qui leur est totalement étrangère. Ceci est connu et a fait l’objet de moult analyses et expériences depuis les fameuses thèses de Cheikh Anta Diop. Ici même au Sénégal, une expérimentation sur plusieurs années a démontré que les élèves apprenant dans leurs langues maternelles dès leur entrée à l’école, assimilent bien mieux les enseignements.

Par ailleurs, comment donc assurer une éducation de qualité à nos enfants quand on sait le climat de tension permanente qui oppose depuis les années 1960, quasiment année après année, tour à tour les enseignants et les élèves et étudiants  aux gouvernements, au Sénégal comme dans la plupart des pays du continent. Ainsi depuis la rentrée des classes en cette année scolaire 2017/2018, au Sénégal, « sit-in », « grèves d’avertissement » et « grèves totales » se succèdent et le spectre d’une « année blanche » hante  l’esprit de tous « les partenaires de l’éducation ».

Comment peut-on dans un tel contexte promettre « une éducation de qualité pour tous » sans avoir au préalable procédé à l’introduction des langues maternelles comme socle de l’enseignement, mis en adéquation les contenus avec les contextes et les cultures, instauré une gouvernance de l’école participative et démocratique ?

La réunion de Dakar du Partenariat Mondiale pour l’Education, une réunion pour rien ? Assurément pas ! Elle aura certainement atteint son deuxième objectif. Elle aura profité au Président Macky Sall à qui elle aura offert une tribune de choix dans la campagne pour le deuxième mandat qu’il a lancé depuis plusieurs mois. Elle lui a offert l’occasion, mettant en service sa radiotélévision nationale et son quotidien Le Soleil, d’apparaître aux Sénégalais comme un président bénéficiant du soutien du monde entier et capable de ce fait de « régler » tous les problèmes de ce pays.

D’où la greffe au programme du PME de la virée à Saint Louis avec le président français sur le thème de thème de la protection de la cité contre l’érosion marine puis la séquence sur le fameux Train Express Régional. M. Macron quant à lui aura été bien servi dans sa « remontada » pour reconquérir le Sénégal et l’Afrique pour le compte des grandes entreprises françaises face aux conquêtes de celles de Chine, de Turquie et d’Arabie notamment.  Pour le Président français en effet « …l’Afrique n’est pas un acquis à conserver, c’est un terrain à conquérir… ». Des conquêtes, il en aura assurément fait à l’occasion de cette réunion de Dakar du Partenariat Mondial pour l’Education.

Pour les entreprises de BTP, Eiffage et consorts qui ont obtenue le marché pour «  la protection de la cité contre l’érosion marine», par gré à gré. Pour Airbus pour qui il a obtenu une commande de deux Airbus par la nouvelle compagnie aérienne sénégalaise. Certainement pour d’autres entreprises françaises dont nous serons informés des contrats une fois qu’ils seront signés et scellés. La visite du président français aura surtout démontré la prééminence stratégique de la France au Sénégal par la déférence particulière des plus hautes autorités à son égard.

Ainsi bien qu’on ait officiellement déjà fait appel au sujet de la protection de Saint Louis contre l’érosion marine à l’expertise des Pays Bas, expertise qui est bien entendu avérée, et après avoir sollicité officiellement le Grand Duc du Luxembourg  il y’a seulement quelques jours seulement, c’est à une entreprise française que le projet est confié, séance tenante lors de la visite d’Emmanuel Macron.

Quid de la belle Rihanna ? Elle aura peaufiné son statut de « star ». Elle aura démontré qu’elle n’est pas seulement une voix et un rythme, qu’elle n’est pas seulement « swag » et belle comme une couverture de Vogue, mais qu’elle a aussi du « cœur ». C’est que c’est la société du spectacle que le capitalisme libéral de ce 21éme siècle met en scène à travers le globe assigne un rôle spécifique, aux « stars », ces interprètes choisis de la culture « pop »,  quelque soit par ailleurs leur « talent » et leur sincérité.

Elles doivent nous séduire, nous « distraire », nous faire les modes, valeurs et attitudes conformes aux exigences du capitalisme  et même nous faire adopter les objectifs de « développement » assignés à nos pays par les « organisations internationales ». En l’occurrence, la présence de Rihanna avait pour but de nous faire « aimer » le PME et de nous faire croire à la pertinence et à la faisabilité de sa mission.

Commentant la réunion de Dakar du Fonds Mondial pour l’Education, le président du Ghana, M.Nana Akufo-Addo a livré ce message : « Nous ne pouvons pas dépendre des autres…. les fonds sont disponibles sur notre continent. Nous en avons en abondance, si nous éliminons la corruption de notre continent (près de 50 milliards de dollars perdus chaque année par l’Afrique), si nous nous organisons pour avoir des arrangements plus prometteurs et plus attractifs pour exploiter nos ressources ».

PS : Ceux qui se sont élevés contre la venue de Rihanna au Sénégal pour participer à la réunion du PME au nom de valeurs soi- disant islamiques sont bien entendu hors sujet.

abathily@seneplus.com

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