Contributions

Macky Sall : l’éthique, le temps et l’action. (Par IDRISSA M. DIABIRA)

  • Date: 29 février 2016

Le Conseil constitutionnel a rendu son avis – ou décision ( ?) – quant à la conformité des réformes constitutionnelles proposées. Le Conseil ne juge pas conforme la réforme sur l’applicabilité de la réduction à 5 ans au mandat en cours. Il ne la juge conforme « ni à l’esprit de la Constitution, ni à la pratique constitutionnelle ». L’applicabilité immédiate doit donc être supprimée. Le président de la République Macky Sall a décidé de s’y conformer.  L’émoi suscité par son choix, en rapport à son engagement, est grand dans l’opinion. Il n’est pas feint. Partisan de cette emblématique mesure, je comprends cet émoi. Mais pas les outrances qui l’accompagnent et visent à troubler notre raison.

Elles sont le fait de politiciens faussement ingénues ou (re)connus pour leur grande tortuosité. Elles sont aussi le fait d’activistes coutumiers des faits. De conserve, ils hurlent à la trahison du peuple et concluent à l’absence d’éthique du Président. Macky Sall serait Machiavel. Aveuglés les uns par leur soif de pouvoir, les autres par l’idéal de leur combat, ils en viennent à perdre la raison. Pourtant l’éthique qu’ils brandissent est bel et bien ce dont il est question. Sur ce seul point ils ont raison. Mais ils ne possèdent de l’éthique ni le monopole ni la science, là est le drame.
Car le débat sur l’éthique est nécessaire. Il est même séculaire. En 1919, le sociologue Max Weber disserte à ce propos dans deux célèbres conférences dont le recueil donnera l’ouvrage Le Savant et le Politique. Il y expose l’éthique propre à chacun de ses deux métiers. Le savant ? Il agit selon l’éthique de responsabilité basé sur le jugement des faits dit autrement : « nous devons répondre des conséquences prévisibles de nos actes ». Le politique ? Il agit selon l’éthique de conviction marqué par le jugement de valeurs : « nous devons poursuivre notre but car il est bon quelque soit les moyens ou les résultats effectifs obtenus ».
Les détracteurs de Macky Sall réagissent suivant une forme extrémiste de l’éthique de conviction. Détenteurs de la vérité ils dénient aux autres  morale, honneur et même éthique. Qu’importent les conséquences des actes posés, pour eux la pureté de l’idée est une fin en soi. Ne pas aller au bout de celle-ci est alors une impardonnable trahison. Rappelons-nous pourtant quelles furent les conséquences dramatiques de ce jusqu’au-boutisme dans les totalitarismes qui ont marqué l’Histoire !
L’éthique de responsabilité marque l’attitude du savant. Elle a pourtant aussi la sympathie de Max Weber pour l’action politique. Car pour être efficace l’action  doit suivre une voie raisonnable et non dogmatique. Il faut donc procéder à un juste compromis entre l’éthique de responsabilité et l’éthique de conviction. Car pour Weber ces deux éthiques : « …ne sont pas contradictoires, mais se complètent l’une l’autre et constituent ensemble l’homme authentique c’est-à-dire un homme qui peut prétendre à « la vocation politique ».
Le Chef d’Etat qui se veut à la hauteur du destin de la nation se doit d’agir, parfois malgré lui et au risque de provoquer l’émoi, selon cette éthique authentique. Il cherche l’action politique efficace. L’histoire politique de Macky Sall est marquée par cette quête. Il abandonnera les vieilles lunes de la gauche maoïste pour cette raison d’efficacité politique. Et en 1983, malgré l’appel au boycott, lui choisissait de voter aux élections et d’être parmi l’opposition utile d’alors. Dès lors rien de surprenant à ce qu’en 2012 il se conforme à l’avis controversé du Conseil constitutionnel validant la candidature du Président Wade. L’explicitation de sa pensée profonde se trouve dans son courrier-réponse du 16 janvier 2012, rendu public, à des élus du peuple américain. Il exhorte « au respect voire à l’amélioration des règles inscrites dans nos Constitutions respectives ». Il confesse surtout son admiration : « La longévité, le respect, la sacralité même, dont jouissent les règles de votre Constitution forcent l’admiration. »
Admiration pour le respect scrupuleux de la règle de la limitation du nombre de mandats présidentiels à deux. La seule exception conduit à l’inscription écrite par le 22ème amendement de cette règle orale dans la Constitution américaine. Admiration aussi liée à la durée de leur mandat, 4 ans seulement. Cette admiration provient de la conviction forgée par son expérience réussie de Premier ministre  où il démontre que les grands changements s’opèrent seulement dans la dynamique de l’action et que seule la contrainte du temps court permet de l’imposer.

L’exercice entier de la charge suprême par le Président-ingénieur vise la mise en œuvre de ces changements majeurs. L’action résolue en un temps record, moins de 4 ans, pour poser les fondations d’un modèle social sénégalais basé sur l’égale dignité de ses concitoyens est à ce titre exemplaire. Macky Sall entend satisfaire les besoins fondamentaux et la quête de bien-être de sa population. Sa vision d’un Sénégal émergent élaborée, la voie (Yoonu Yokkuté puis PSE) pour y parvenir ajustée, les moyens financiers mobilisés et les premiers résultats probants acquis – il faudra certes les conforter et mieux les valoriser – sont autant d’indubitables preuves que le seul viatique de son action politique est l’efficacité dans une temporalité courte.

La décision du Chef de l’Etat clôt le dilemme dans lequel il se trouvait avec d’un côté le respect de l’avis d’une institution indépendante et cardinale pour la démocratie et de l’autre l’applicabilité immédiate d’un engagement populaire. La première option conduit à un émoi légitime. La seconde, en passant outre l’avis du Conseil, ouvrait la voie à des violations futures de la Constitution. En effet, la jurisprudence aurait permis demain à un dirigeant, légalement élu, d’exploiter une popularité acquise sur des décisions populistes. Il passerait alors outre, lui aussi, l’avis d’un Conseil déprécié. Et, par l’onction populaire il se maintiendrait au pouvoir au-delà de la durée initialement prévue.

Un écrivain affirmait : « le politicien pense à la prochaine élection, l’homme d’Etat à la prochaine génération. » Macky Sall le montre en agissant pour un Sénégal au-delà de 2035, bien au-delà de lui-même. L’impératif d’institutions fortes, comme en appelait Barack Obama, prime pour le destin du pays sur l’immédiateté d’une réduction et ses dangereuses conséquences. Sa décision est donc éthique et salutaire. La raison comme boussole, l’émoi doit céder la place à l’adhésion le 20 mars prochain. Car les réformes constitutionnelles renforcent la démocratie. En réduisant le mandat à 5 ans et en limitant, pour Macky Sall inclus, son nombre à 2, elles garantissent surtout que le temps du mandat restera désormais celui de l’action politique efficace pour le développement.

IDRISSA M. DIABIRA
FONDATEUR DU CABINET INTERFACE AFRICA Coordonnateur du «Yoonu Yokkuté», programme présidentiel du candidat Macky Sall

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