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Macky : un homme si seul…

Le président de la République, Macky Sall, est chef de l’État et en même temps chef de parti. Même s’il est la clé de voûte des Institutions, il demeure partisan. La démocratie lui impose une obligation de résultats et de comptes rendus soumis à une évaluation électorale qui le confirme ou le démet. Il en est conscient. Mais ses responsabilités sont si lourdes que le pouvoir devient pour lui un labyrinthe dans lequel il semble se perdre. Et cette perte dans les méandres de l’État, des Institutions et du champ politique s’explique largement par la solitude dans laquelle il s’est retrouvé.

Malgré une vaste médiatisation de ses activités et une présence régulière sur le terrain national, Macky Sall est seul. Seul dans ses réactions jugées colériques sur des questions délicates. Seul dans ses décisions qui semblent mener vers l’abîme. Seul devant les grands dossiers judiciaires. Seul devant des affaires ayant le relent de scandales. Seul dans l’adoubement de transhumants impopulaires. Seul dans les engagements suicidaires qu’il prend. Seul dans son parti non structuré qui a les contours d’un marais de requins. Et seul face l’échéance présidentielle et à la question de la réduction de son mandat.

La nature de son parti, l’image du Parlement, sa communication politique, les Institutions pléthoriques, l’impatience et le désarroi des citoyens et les scandales politico-financiers lui portent préjudice et l’isolent.

L’Apr : un parti sans boussole

Son parti, l’Apr, contrairement aux grands appareils politiques détenant le pouvoir, n’a ni de numéro 2, encore moins de numéro 3. Il n’a pas d’épopée historique comme le Pds, le Ps et les partis de gauche pour être ancré dans la conscience nationale. Il a été crée dans un mouvement grégaire et spontané de contestation et de refus de l’arbitraire. Comme son nom l’indique, ce parti n’est qu’une alliance de forces à la fois contradictoires et d’intérêts politiques divergents. Il n’a pas orientation idéologique claire. Les instructions ne sont point exécutées et les consignes ne sont guère suivies. Macky Sall ne contrôle pratiquement personne dans le parti à l’exception de ministres du hasard dont la survie politique dépend de ses actes de nomination et de limogeage. Pire, éraillés entre les conclusions des Assises nationales, les exigences des partenaires au développement, les orientations imposées au PSE, les antagonismes au sein de la majorité sur fonds d’ambitions antinomiques, l’Ar et Macky Sall se retrouvent finalement seuls dans la majorité, une majorité dans laquelle ils sont minoritaires.

L’image assombrie du Parlement

Ensuite, Macky Sall est majoritaire à l’Assemblée nationale, certes. Mais son parti n’y est pas hégémonique. Le Parlement est entre les mains d’un homme, Moustapha Niasse, dont le parti, une alliance comme l’Apr, est déplumée et dépouillée de ses forces politiques essentielles. Plus grave, l’Assemblée nationale donne aux citoyens l’image d’une Institution budgétivore et anarchique avec des députés absentéistes, cumulards et somnambules. Cette réalité est préjudiciable à Macky Sall lui-même. Et malgré la loyauté et l’engagement de Moustapha Niasse à le soutenir à la Présidentielle et à se ranger derrière lui, l’ambition demeure intacte pour la majorité des membres l’Afp.

De plus, pour la première fois, l’Assemblée nationale est présidée par un chef de parti autre que celui du président de la République, encore que dans cette Institution, des dinosaures de l’Apr comme Moustapha Cissé Lô, par exemple, épient la Présidence, considérant qu’elle devrait leur revenir de droit.

Le problème de Macky Sall est ainsi d’avoir un parti qui tient l’Etat et ses grands services sans avoir une majorité politique absolue.

Une présidence de la République pléthorique

La présidence de la République est peuplée plus de carriéristes que de militants inextricables à leurs attachement à Macky Sall qui en est le chef et à ses intérêts politiques. Certains membres de la coalition présidentielle ont dû subtilement taper sur la table à travers des sorties au vitriol pour se voir coiffer d’une tiare de Ministre conseiller. C’est pourquoi le Palais est imbibé d’un nombre incommensurable de ministres Conseillers, de secrétaires d’Etat et de Ministres délégués pléthoriques dont l’efficacité et l’utilité ne sont prouvées nulle part si ce ne sont des assaillies circonstancielles et tapageuses à travers les média. Parmi eux, beaucoup sont chefs de parti, de très petits partis qui n’ont d’existence que dans la presse, ce qui ne participe pas à l’élargissement du halo politique de Macky Sall.

Une communication politique défectueuse

La solitude de Macky Sall se manifeste jusque dans sa communication, une communication étonnamment défectueuse : ses sorties médiatiques ne semblent ni préparées, ni étudiées, ni même contrôlées. Son image s’effiloche crescendo en raison de ses interventions à controverse. Sur beaucoup de sujets, Macky Sall semble agir de manière isolée et parler seul de façon esseulée. Parfois, il verse dans une polémique qui rapetisse son aura d’homme d’Etat. Son cabinet de communication semble le laisser seul face à l’opinion publique qui le contrarie, l’attaque et lui manifeste un désappointement formulé par la boutade : « deuk bi dafa Macky », une expression satirique qui en dit beaucoup sur les l’impatience et la déception des masses.

À cela, s’ajoute le rôle jugé trop impliqué de son épouse, la Première Dame, une femme de foi et de cœur, altruiste et bienveillante mais à qui on prête malgré tout une forte influence dans la gestion des affaires publiques et politiques.

Les affaires qui indisposent Macky et l’isolent

Le débat public est dominé par l’affaire Lamine Diack, le Référendum, la réduction du mandat présidentiel, les probables candidatures, les questions sociales et les dossiers judiciaires. Mais aucun de ces sujets d’actualité n’épargne Macky Sall. Ces sujets l’indisposent. Ils alimentent le débat public, fait l’affaire de l’opposition et la presse en fait ses choux gras. Chacune de ses affaires a une gravité et une sensible délicatesse. Ceux qui anticipent dans la majorité pour défendre le régime et s’ériger en boucliers de Macky Sall versent dans une maladresse criarde qui en rajoute.

Non seulement Macky Sall est seul contre tous, mais il est seul dans l’épreuve du pouvoir. Quoiqu’entouré de Ministres, Ministres-conseillers, et d’une masse de politiciens, d’universitaires et de journalistes, il est seul, décide seul, parle seul et commet des bourdes. Son régime a une atmosphère délétère en raison des antagonismes fratricides entre responsables politiques et de la démarcation de plus en plus croissante de certains partis alliés. Devant certaines affaires et dossiers politiques, financiers et judiciaires sensibles, il semble naviguer seul dans un navire sans point d’arrivée.

La tragédie de la solitude du pouvoir

En vérité, Macky Sall vit la tragédie de la solitude du pouvoir. Calme mais parfois nerveux, il donne l’image d’un pachyderme solitaire. Heureusement qu’il y a quelque chose de blindé chez lui. Ni les attaques, ni même les violents réquisitoires ne semblent entailler en lui l’acier trempé d’un caractère forgé par une nature glaciale et austère. Mais c’est justement cette nature qui l’isole.

Ceux qui le défendent peinent à convaincre. Il a reconnu lui-même qu’il a un problème de communication. Or, il a en face de lui une opposition et des alliés ambitieux qui disposent de mastodontes de la communication ayant un silo intarissable d’arguments. Malheureusement, son régime a plus de tribuns dont les argumentations ne sont articulées qu’autour de personnes que de débatteurs charismatiques qui convainquent aisément.

Macky Sall est donc seul. Le management de son équipe n’est pas concluant. Certes, il veut travailler et façonner le Sénégal. Mais, il commet des d’erreurs aussi bien dans les actes qu’il pose que dans les propos qu’il tient.
Son Premier ministre, technocrate chevronné, est enlisé dans la mélasse des réformes. Ses ministres pensent plus au remaniement qu’aux résultats de leurs missions. Tout l’Etat et les Institutions sont marron-beige, comme du pain-chocolat destiné à satisfaire la faim que les écornifleurs convoitent.

Sa solitude est la seule explication du débat interminable sur son mandat, un débat qui penche plus pour un quinquennat qu’un septennat. Les résultats des Locales passées en constituent l’indice politique.

Safiétou Diop

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