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MAGISTRATS ET MILITANTS APR Que faire des cas Lamine Dieng et Cheikh Issa Sall ?

C’est une illusion de croire que Macky Sall va mettre fin aux fonctions des magistrats engagés dans son parti, l’APR. Militants et disposant de bases locales, ils apportent un atout au parti présidentiel par leur permanente mobilisation. Si leur militantisme insolite dérange leurs confrères, particulièrement ceux de la Cour des Comptes, il leur appartient eux-mêmes de prendre leur responsabilité en opérant un choix entre la magistrature et le parti pris.

Le comité de Juridiction de la Cour des Comptes a constaté récemment un viol inédit de la Loi organique par les magistrats Amadou Lamine Dieng et Cheikh Issa Sall. Leur statut leur impose du recul et des réserves par rapport à l’engagement partisan. Mais ils militent dans l’APR et leur militantisme est indubitablement béni par le Président de la République qui les « récompense » en les nommant DG d’Agences.

Le Comité de Juridiction de la Cour des Comptes évoque l’article de la Loi organique Numéro 99-73 du 17 Février 1999 portant Statut des Magistrats qui dispose que « les membres de la Cour des Comptes sont tenus au secret professionnel. Ils doivent en toute circonstance faire preuve de la réserve, de l’honnêteté, de la dignité qui découlent de leur serments et de leur fonctions ».  Il leur est surtout interdit suivant les dispositions de cette loi « toute activité, démonstration ou prise de position politique ou syndicale ».
Or, en s’engageant dans l’APR Amadou Lamine Dieng et Cheikh Issa Sall posent un acte grave en violant cette disposition de la loi, heurtant conséquemment le principe républicain qui serait le pilier même du parti dans lequel ils militent. Il est connu de tous que le Magistrat a un devoir de réserve en raison de son statut et du rôle qu’il joue dans une société organisée selon des normes et des lois qu’il est lui-même appelé à faire respecter.

Un engagement partisan est bien un parti pris. D’abord, et c’est la raison de l’invite de la Cour des Comptes à opérer un choix définitif, c’est le corps des Magistrats qui est atteint. Le Magistrat peut s’engager dans un parti politique à sa retraite. Mais adosser ce titre et militer dans un appareil partisan lui fait perdre sa crédibilité en le soumettant aux réalités politiques faites parfois d’outrages, dérives considérées comme un délit s’il est destiné à un Magistrat en fonction.

Le statut de Magistrat de Amadou Lamine Dieng et de Cheikh Issa Sall est passé inaperçu dans l’APR. Il a fallu la sortie du Comité de Juridiction de la Cour des Comptes pour que les citoyens sénégalais découvrent l’énorme politique qui implique plus ces deux magistrats que le Président de la République, Chef de l’Etat mais aussi Chef de parti dont la légitime ambition est de voir son appareil être le point de convergence de tous ceux qui sont susceptibles de lui apporter une force politique locale.
Or, ce sont ces deux magistrats qui ont eux-mêmes violé leur serment. Engagés dans le parti et à la base, nommés DG d’Agence, l’éthique les impose de faire un choix. Dans l’hypothèse où ils remplissent bien et convenablement leur mission, Macky Sall ne se verrait soumis à aucune contrainte pour leur retirer sa confiance. Mais par respect de leur serment et de leur corps d’origine et surtout pour une question d’éthique, il leur revient de démission de leur fonction de magistrat pour mettre à l’aise la République.

Le Sénégal est le seul pays à voir des magistrats s’engager dans un parti politique et descendre sur le terrain d’une arène dont ils font partie des arbitres.

Pape Ndiaye

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