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Maibe Komandjie Gabin au procès de Hissène Habré : « J’ai subi le supplice des baguettes et ils m’ont aussi attaché à l’Arbatachar »

 Le procès de Hissein Habré s’est tenu, hier, avec la suite de l’audition des témoins. Souleymane Guengueng, Ginette Garbaye et Maibe Komandjie Gabin ont été à la barre, hier, pour faire leur déposition. Selon le dernier nommé, il a subi plusieurs tortures sous le règne de Habré notamment le supplice des baguettes (voir photo), l’arbatachar, etc. 

Le procès de l’ancien Président du Tchad qui se déroule actuellement à Dakar est toujours à l’étape de l’audition des témoins. Les Chambres africaines extraordinaires (Cae) ont entendu, hier, Maibe Komandjie Gabin, en qualité de témoin mais aussi victime dans ce dossier. À la barre, hier, il est revenu sur les faits dont il serait victime. Selon le témoin, il a quitté le Tchad en 1983 pour aller poursuivre ses études en République centre africaine (Rca). Cependant, en 1987, Maibe Gabin est allé au Burkina pour s’inscrire dans une école localisée à Ouagadougou. Lors de son voyage, il a transité par le Bénin où les autorités ont apposé leur cachet sur son passeport. Mais, dit-il, il ne savait qu’en opposant leur cachet, les Béninois l’avaient fichier. « Arrivé au Tchad, je suis descendu chez mon cousin germain. 24 heures après, le commandant de la police urbaine est venu pour m’arrêter. On m’a mis au violon où j’ai passé 72 heures avant d’être interrogé. Celui qui m’a arrêté disait que je suis un gros poisson venu de l’Afrique de l’Ouest. Ainsi, j’ai été conduit à Ndjamena dans un autre service de détention », a déclaré le témoin. À l’en croire, le commandant urbain disait en Arable qu’on n’a rien trouvé sur lui et donc qu’il était un espion. « Comme je parle l’Arabe, j’ai répliqué pour lui demander les papiers qu’on a saisis lors de mon interpellation. Sentant que quelque chose n’allait pas, on m’a mis dans un centre de détention », a-t-il indiqué.

« La cellule C des locaux était l’enfer. Il n’y avait pas de fenêtre et on y restait avec les cadavres »

Devant les juges des Chambres africaines extraordinaires (Cae), le témoin a soutenu qu’il a été arrêté parce qu’on lui reprochait d’être envoyé par Goukouni Weddeye, par ailleurs, ancien chef d’État tchadien. « On m’a mis en prison où j’ai été torturé. J’ai subi le supplice des baguettes et ils m’ont attaché à l’arbatachar », a déclaré le témoin à la barre avant de montrer des cicatrices qu’il aurait eu des suites de tortures qu’il a subies. Une fois cette séance de torture terminée, poursuit-il, il a été conduit à la Bsir où il a passé un mois. Ensuite, il a séjourné pendant 9 mois au camp des martyrs. « Dans cette prison, il n’y avait pas de WC. On coupait les fûts pour y faire nos besoins. Chaque soir, à partir de 18 heures, on me demandait de vider le fût. C’est sur entrefaites que j’ai attrapé la dysenterie amibienne et j’ai failli mourir », a indiqué Maibe Gabin. Mais, la galère ne faisait que de commencer car, il sera déplacé aux locaux à la cellule C dans laquelle des frères de Weddeye étaient détenus. « La cellule C des locaux était l’enfer. Il n’y avait pas de fenêtre et on y restait avec les cadavres », a dit Gabin qui sera encore transféré dans une autre cellule où il y avait des Zaghawas. « On m’avait nommé chef de cette cellule. Chaque fois qu’ils venaient, je leur disais que tout va bien à part que celui-là est malade. Cependant, un des autres a vendu l’information en disant aux militaires qu’on s’est entendu avec les Zaghawas pour casser le violon par derrière avant de traverser le fleuve. Sur ce, j’ai été encore conduit une autre cellule », souligne encore témoin. Poursuivant, il ajoute : « Dans cette cellule, il y avait le nom de Saleh Ngaba et du Colonel Galliam écrit sur le mur avec leur sang.  C’est à vue d’œil que je peux dire c’est avec du sang que Saleh Ngaba a écrit son nom sur le mur ».

Ginette Garbaye : « J’ai vu de mes propres yeux un homme qu’on tirait par les testicules »

Pour terminer, Gain déclare : « Dieu a amené Habré pour diriger le Tchad et il a installé un système qui a fini par lui nuire et nuire aux Tchadiens ». Mais auparavant, les juges ont auditionné Ginette Ngarbaye, une autre victime dans cette affaire. En effet, son témoignage était très attendu pour être confronté à celui de Bandjim Bandoum. Ancien agent de la Dds, Bandjim Bandoum avait nié avoir torturé Ginette Ngarbaye. À la barre, hier, la dame Ginette Garbaye a confirmé les propos de Bandoum. Selon elle, ce dernier était présent pendant les séances de tortures mais il ne l’a pas torturé. Par ailleurs, le témoin est revenu sur son calvaire en prison. Devant les juges, hier, elle a expliqué : « J’ai été arrêtée et torturée alors que je portais une grossesse d’au moins 4 moins. Lorsque j’ai accouché en prison, mon bébé et moi n’avons pas bénéficié de soins. Pourtant, il y avait une femme qui a été évacuée à l’hôpital pour accoucher parce qu’elle est Gorane (ethnie du Président Habré : ndlr) ». Ginette Garbaye a aussi indiqué que dans la prison où elle était détenue, il y avait des femmes qui étaient violées par les militaires. Parlant toujours des exactions, elle informera avoir vu de ses propres yeux un homme qu’on tirait par les testicules. S’agissant de la nourriture, renseigne-t-elle, ce n’est même pas la peine d’en parler. « On nous servait tout sauf des repas », a-t-elle dit en prenant Hissein Habré comme responsable de tout ce que lui est arrivé parce que, explique-t-elle, c’est sa police, c’est lui qui l’a créée. Et, c’est cette police qui les maltraitait. Concernant sa mise en liberté, Ginette déclare : « J’ai été libérée suite à un accord entre Habré et le Colonel Kamougué. J’ai juré sur la Bible et ensuite on nous a montré les 3 singes pour nous dire que nous ne savions rien, nous n’avions rien vu, ni rien entendu. On a été filmé pour nous dire que nous étions fichées et qu’on peut nous retrouver à tout moment ». L’audience a été suspendue jusqu’à lundi prochain.

Cheikh Moussa SARR

 

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