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« MAJAL » À DAKAR- Une nouvelle forme  de mendicité est née

Le « Majal » est devenu un phénomène très récurrent dans la capitale sénégalaise. Dans toutes les grandes artères de la ville, des hommes qui se réclament Baye Fall (disciples  de Mame Cheikh Ibrahima Fall), sillonnent les rues et demandent de l’argent aux passants. Pour certains d’entre eux rencontrés, cet argent reçu, en fin de journée, ne va pas dans leur compte, mais plutôt dans celui de leur marabout.

Il  est  midi, à l’une des artères les plus animées de Dakar, l’Avenue George Pompidou. À cette heure de la journée, l’ambiance est déjà  à son comble. Malgré la chaleur qui commence à se faire sentir, les  va-et-vient  incessants des passants et des marchants ambulants, augmentent de minute en minute. Les étals des commerçants bordent  tous les deux côtés  l’avenue. Ici, il est presque difficile voire impossible de marcher en dehors de la route. Tous les espaces sont occupés.  Du côté des conducteurs, le déplacement n’est pas du tout facile, l’avenue est toujours dans son embouteillage habituel. Le bruit des marchandages et le roulement des moteurs de voiture se confondent. Des hommes en rasta, vêtus en « ndiaxas » (morceaux de tissu de couleurs différentes et recollés) attirent  les esprits.

Ils font des allées et retours sur le long de la route à la recherche de l’argent en guise de « adiyyah » (sorte d’aumône destiné aux marabouts). Toutes les personnes qui passent dans cette avenue sont presque interpelées. Il n’y a pas de  distinction de race,  ni de religion. Tout ce qui compte pour eux, c’est d’avoir beaucoup d’argent en fin  de journée. En outre, cette tache n’est pas du tout facile pour eux, car beaucoup de personnes  ne sont pas du tout tendre avec  ces «  Baye Fall ». Babacar Diop fait partie de ces derniers. Agé à peine d’une trentaine d’année, cet homme se dit très fier  et ne ressent aucun complexe à  exercer  ce métier,  malgré les nombreuses difficultés qu’il rencontre. « Nous ne volons pas, nous n’agressons  pas, tout ce qui nous intéresse, c’est de rapporter de l’argent à notre marabout », clame-t-il. Selon toujours ce « Baye Fall », si beaucoup d’hommes sont hostiles à leur égard, c’est parce qu’ils ne comprennent pas. « Si on leur demande de l’argent, c’est seulement dans le but de les aider », argumente-t-il. Et d’ajouter : « L’argent qu’on nous donne va seulement servir à aider les personnes démunies qui viennent chez le marabout pour solliciter une aide quelconque. Le marabout  paie  l’éducation de ses talibés qui sont dans le « daara ». Donc, cet argent va directement dans le compte de Dieu ».

De l’autre côté de l’avenue, un autre homme occupe le sens inverse et tente par tous les moyens de soutirer de l’argent aux passants. Pour cela, toutes  les  folies sont permises, certains vont même jusqu’à se placer devant les voitures pour les obliger à freiner. Habillé presque en haillons, le corps couvert de toutes sortes de bracelets parés d’effigies de son marabout, Mohamed se désole du fait que certains soient méfiants envers eux, alors qu’ils ne font du mal à personne. Ils veulent seulement aider les gens. « Nous pouvions être comme tous le monde, portés de beaux habits et aller au travail, mais nous avons choisi d’être au service de Dieu en travaillant pour notre marabout », déclare-t-il.

Khady Thiam Coly (Stagiaire)

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