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Makhtar Diop, vice-président pour l’Afrique de la Banque mondiale- « LA BANQUE MONDIALE VEUT SOUTENIR AU MAXIMUM LE SECTEUR PRIVE »

Invité vedette lors de la présentation de l’étude Havas Horizons-Institut Choiseul sur les perspectives d’investissement en Afrique -où l’Ouest francophone fait désormais figure de région préférée-, Makhtar Diop, vice-président pour l’Afrique de la Banque mondiale, s’est livré à un fort plaidoyer en faveur du secteur privé.

Tandis que 91 % des investisseurs internationaux affirmaient en 2015, leur optimisme pour l’Afrique, ils n’étaient plus que 75 % en 2016. Mais le recul aura été de courte durée: dès le premier semestre 2017, le taux des optimistes est remonté à 90 % !

C’est ce que nous apprend la troisième édition de l’étude annuelle sur les perspectives économiques de l’Afrique, intitulée « Financer la croissance africaine à l’horizon 2022 : perception des investisseurs internationaux ». Coproduite par Havas Horizons et l’Institut Choiseul, l’étude s’est déroulée entre janvier et juin 2017, avec l’interrogation de représentants de 55 institutions d’investisseurs internationaux : analystes seniors, directeurs financiers, directeurs Afrique, présidents de groupe…

L’Ouest et le dynamisme démocratique en tête

Outre le retour rapide d’un optimisme qui est censé aller croissant (de 89,8 % en 2017 à 98 % en 2022), l’étude met en exergue des tendances fortes, à commencer par la suivante, qui pourrait surprendre certains observateurs : c’est l’Afrique de l’Ouest francophone qui figure cette année, en tête des préférences d’investissement, avec 75 % des répondants déclarant souhaiter s’y renforcer -contre 67 % pour l’Afrique de l’Est, 36 % pour l’Afrique du Nord, 22 % pour l’Afrique du Sud.

Concernant cette fois le classement des pays les plus attractifs,  on observe à l’inverse un top 5 plus équilibré entre l’Est et l’Ouest du Continent : le Kenya arrive en tête avec 61% des votes, suivi par la Côte d’Ivoire (57%), l’Éthiopie (44%), le Nigeria (42%), le Sénégal (38%).

Quant aux secteurs considérés les plus prometteurs, ce sont, dans l’ordre : l’énergie (73%), l’agriculture (65%), les services financiers (59%), la grande distribution (53%).

Reste la question de la motivation -pour quelles raisons les investisseurs sont-ils prêts à renforcer leurs investissements en Afrique?- à laquelle l’étude apporte également des réponses: le dynamisme démographique du Continent arrive en tête, avec 68% des répondants, puis l’émergence des classes moyennes (66%), suivies ex-aequo à 44% par le processus de diversification économique et l’amélioration du climat des affaires, tandis que l’urbanisation clôt ce top 5, avec 42% des réponses.

L’optimisme raisonné de Makhtar Diop

Invité vedette de l’Institut Choiseul et de Havas Paris qui présentaient l’étude à Paris ce mardi 11 juillet, dans les locaux prestigieux du Cercle de l’Union interalliée, Makhtar Diop, vice-président pour l’Afrique de la Banque mondiale, a apporté son éclairage sur plusieurs points.

Selon l’ancien ministre de  l’Économie du Sénégal, l’année 2016 a été « un peu compliquée », du fait de l’affaissement des ressources issues du pétrole (aggravé, au Nigeria, par les hésitations de la politique macroéconomique) et autres matières premières. C’est pourquoi, tandis que dans ceréains pays l’investissement public était passé en trois ans de 18% à 40% du PIB, le recul des recettes a fait énormément baisser l’épargne publique, qui tirait la croissance.

En revanche, ces difficultés ont mis en exergue la capacité à une plus forte résilience des pays ne disposant pas de ces matières premières, et dont l’écosystème est plus diversifié. Une de raisons pour lesquelles Makhtar Diop s’affirme optimiste pour l’avenir, considérant qu’après une croissance inférieure à 1% en 2016, celle-ci devrait remonter à  quelque 2,6% en 2017.

De la complémentarité de l’investissement public et privé

Mais sur le fond, le Vice-Président de la BM considère que « le débat sur la croissance en Afrique renvoie finalement à celui du lien entre épargne et investissement, tandis que l’épargne privée est très faible [et que] beaucoup de liquidités disponibles ne sont pas dirigées vers la destination Afrique, en tout cas, pas dans les proportions que l’on souhaiterait ».

C’est pourquoi la Banque mondiale entend jouer un rôle croissant pour amener l’épargne mondiale à s’investir en Afrique. C’est d’ailleurs l’objectif de l’initiative « Compact With Africa », lancée lors du récent G20 de Hambourg.

Se situant dans cette perspective, Makhtar Diop observe cependant, que « sur le marché des capitaux, les choses évoluent. Pour la première fois récemment, les pays de la zone CFA ont pu obtenir des financements en euros. Cela montre une confiance croissante du marché. On arrive donc à lever une des incertitudes, le « currency mismatch » va diminuant. D’une part, la BM a pu avoir des financements à bas coût, d’autre part, on obtient des maturités plus longues et des « currencies » plus adaptées. Ça bouge ! »

Pour la Banque mondiale, travailler sur les maturités, réduire le fossé entre les besoins de financement à long terme – notamment dans les secteurs de l’énergie et de l’agriculture – et des ressources disponibles à court terme, apparaît une priorité. Pour avancer, « la perspective à ouvrir, c’est de travailler avec les « zinzins », les fonds de pension, les assureurs. Une idée serait de leur présenter un panier de projets dans lesquels investir en bloc », affirme le VP de la BM.

Créer les conditions favorables à un investissement privé massif

Par ailleurs, il n’est « pas question de continuer comme avant », en augmentant l’aide au développement. Au contraire, « on veut soutenir au maximum le secteur privé ! Nous avons ainsi beaucoup contribué au plan « Compact with Africa » destiné à créer les conditions pour que le secteur privé puisse investir de façon massive en Afrique.

Notre président veut mettre le secteur privé au cœur de notre approche, notamment pour le financement des infrastructures. Cela suppose une coordination forte avec les autres institutions, comme la BAD ou l’UE, et les gouvernements, afin d’éviter le financement via le secteur public. Nous allons ainsi développer de plus en plus les garanties pour attirer le secteur privé. » Quant au financement public, selon Makhtar Diop, son rôle serait « avant tout de servir à créer les conditions favorisant l’investissement privé. » CQFD.

La boucle de la synergie public/privé étant ainsi bouclée… Mokhtar Diop passe rapidement en revue d’autres points d’importance: l’évaluation du risque – « Il nous faut réduire le risque Afrique, rendre plus attractifs les pays considérés comme tels »  ; la gouvernance: « Il faut aussi améliorer la gouvernance, cela fera baisser le niveau des besoins de garanties » ; la logistique: « la route, le rail, les ports et aéroports… les frais d’approche sur les cinq derniers km sont les plus importants, aussi nous voulons travailler sur le dernier mile ».

Un appel à la France à investir dans l’éducation

Concluant son intervention, Mokhtar Diop « demande à la France quelque chose de spécial » : « Je crois que l’atout n°1 de la France en Afrique, c’est l’éducation. Que les universités françaises ouvrent des campus en Afrique ! Les Anglo-saxons le font depuis longtemps… La France est le pays qui forme les meilleurs ingénieurs au monde, mais à part quelques grandes écoles [HEC, Essec…], il n’y a guère d’initiatives françaises sur le Continent. Or nous avons à relever le grand défi de l’éducation.

Je lance ainsi un appel aux universités françaises! Venez créer des campus en Afrique… et d’autant plus que dans le secteur de l’éducation, vous êtes assurés d’un très bon retour sur investissement. [Mais] le train est en train de rouler à très grande vitesse, et si la France ne saisit pas cette opportunité, je crains qu’il ne soit vite trop tard », a-t-il commenté.

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