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Malick Badiane, administrateur du Comité d’initiative pour l’eau à Touba : « On ne peut pas assurer qu’il y aura zéro pénurie »

À quelques jours de la célébration du grand magal de Touba, Malick Badiane, membre de « Mawou Rahmati », administrateur du Comité d’initiative pour l’eau à Touba, a accordé une interview à Seneweb. Il soutient que sa structure et l’État travaillent pour améliorer l’approvisionnement de l’eau à Touba. Toutefois, fait-il savoir, ils ne peuvent pas assurer qu’il y aura zéro pénurie d’eau.

C’est quoi « Mawou Rahmati »

Mawou Rahmati, c’est la structure qui a été créée par Serigne Saliou en 2006. Il a été créé sur la base d’un certain nombre de constats. Les constats étaient que les forages tombaient en panne sans aucune intervention, on restait parfois 6 mois, 7 mois, sans pour autant, qu’un forage ne puisse être réparé. Les conducteurs de forages, ceux qui travaillent au niveau des forages étaient dans une situation de bénévolat. Nous nous sommes dit qu’il n’y a pas de structure organisée, qui a vocation à s’intéresser à la gestion de l’eau dans la ville sainte de Touba. La seule intervention, c’était celle du ministère de l’hydraulique, avec les lenteurs administratives et les moyens qui faisaient défaut pour la structure. C’est sur la base de ces constats que le khalife a fait appel à un de ses fils, Serigne Cheikh Aliou, qui a des compétences à ce niveau. Étant ex-directeur de cabinet du ministre de l’hydraulique, Samba Y. Diop, Serigne Cheikh Saliou a fait appel à lui et lui a demandé de lui trouver des solutions, pour ce qui est de la gestion de l’eau à Touba, et d’appuyer l’État sur les efforts constants. C’est Serigne Cheikh Aliou qui a été à l’origine de la création de cette structure.

Combien d’ouvrages ont pu être réalisés par la structure??

On a réalisé 4 forages d’au minimum 80 millions chacun et plus de 80 kilomètres d’extension de réseau, dans la zone de Touba. Et il prend en charge ceux qui interviennent dans le réseau. Je veux dire par là, les conducteurs de forages qui sont payés par Mawou Rahmati. Mais également toutes les équipes techniques qui interviennent, qui ne sont pas des équipes de notre structure, mais ce sont les agents de l’hydraulique. Pratiquement, c’est nous qui faisons office de direction de l’exploitation et de la maintenance à Touba. Donc, la Sde (Société sénégalaise des eaux) de Touba.

Où est-ce que vous trouvez les fonds nécessaires pour vos activités??

Serigne Cheikh Aliou a instauré un système de participation volontaire, sans aucune contrainte, chacun donc, au prorata de sa capacité. C’était tout juste pour permettre d’avoir les moyens de prendre en charge ceux qui n’en ont pas. Je l’avais soulevé, c’est sur la base de l’entraide. C’est sous la base de la solidarité, un des fondements du mouridisme. C’est sur cette base donc que Serigne Cheikh Aliou a, donc, instauré un système de participation volontaire qui intègre aussi bien ceux qui bénéficient de l’eau, c’est-à-dire les populations de Touba que ceux qui ne sont pas à Touba, dans tout le Sénégal et de la diaspora. D’ailleurs, les populations de la diaspora font un travail vraiment très important. Ils contribuent à hauteur de 60 à 70 % des fonds de Mawou Rahmati. Mais, il n’en demeure pas moins que les populations de Touba contribuent parfois, suivant leurs capacités. Et ce sont pratiquement les plus démunis qui participent. Il s’agit des marchands ambulants, des charretiers, des chauffeurs. Nous parvenons, sur la base de ces contributions, à faire face, difficilement, à ces différentes charges.

Est-ce à dire que l’État n’apporte pas sa contribution pour vous accompagner dans vos activités??

Si?! parce que c’est l’État qui a fait les ouvrages. Actuellement, il y a 23 forages à Touba. Les 19 ont été réalisés par l’État du Sénégal. Mais pour ce qui est de la maintenance, l’État intervient, mais ne peut pas tout faire. Donc, il y a des aspects qu’il laisse à l’appréciation de Mawou Rahmati. C’est pourquoi on travaille en étroite collaboration, on se supplée, sur la basse d’un protocole où les compétences ont été carrément déterminées. Parce que l’intention de Serigne Saliou était d’appuyer l’État sur les efforts qu’il fait. Parce qu’on sait que l’Etat fait beaucoup d’efforts pour satisfaire la population de Touba en termes d’accès à l’eau potable.

Nous sommes à quelques jours de la célébration du magal de Touba, où en sont les préparatifs??

Pour ce qui en est des préparatifs, nous allons commencer d’abord par le plan d’action qui a été élaboré suite à la visite du secrétaire d’État à l’hydraulique, M. Diène Faye. Nous avions assigné à tous les acteurs qui interviennent dans le secteur, notamment les ministères de l’hydraulique, « ’Mawou Rahmati » et la mairie, certaines actions à entreprendre pour la phase préparatoire. Pour ces axes, nous devions procéder à l’entretien des ouvrages hydrauliques c’est-à-dire le réseau, les forages, ainsi que les stations de pompage et les stations de stockages. Il appartenait à l’hydraulique, en collaboration avec « ’Mawou Rahmati »’, de procéder à ces entretiens au niveau des ouvrages hydrauliques, de procéder au relevage des pompes, de changer les pièces défectueuses et de maitriser les pertes techniques au niveau du réseau, notamment les fuites d’eau. Parce que, nous avons enregistré plus de 30 % de perte. « ’Mawou Rahmati »’ et l’hydraulique se sont engagés avec la mairie à régler ce problème.

À combien s’élèvent ces pertes enregistrées??

Pour ce qui est des pertes techniques, nous avons pu réparer durant la phase préparatoire du 5 octobre à nos jours, 297 fuites. Ces 297 fuites sont les résultats d’un cumul des fuites réparés par l’équipe hydraulique, et l’équipe de « ’Mawou Rahmati »’. Pour les entretiens, c’est un relevage des pompes, pour pouvoir changer les pièces défectueuses. Là également, l’État ne peut pas être toujours dans les dispositions de mettre en place tout le matériel. C’est « ’Mawou Rahmati »’ qui est là, comme sa vocation première est de suppléer parfois les carences ou les difficultés de l’État. « ’Mawou Rahmati »’ collabore également avec l’administration pour mettre les pièces défectueuses, les pièces électromécaniques, les pièces de forages, les pièces qui entrent également en ligne de compte dans la réparation des fuites. Par ailleurs, « ’Mawou Rahmati »’ a pour mission d’augmenter la distribution, cela constitue un des points assez importants pour la préparation du Magal, l’augmentation de la production. Comme vous savez le Magal draine un nombre assez impressionnant, de pèlerins et chaque année le nombre augmente. « ’Mawou Rahmati »’, durant ces deux années a réalisé 3 forages. L’année dernière ce sont les ouvrages de « ’Mawou Rahmati »’ qui ont permis d’augmenter sensiblement la production. Nous étions l’année dernière à 90 000 m3 par jour. Là aussi, nous comptons vraiment sur « ’Mawou Rahmati »’ grâce à l’ouvrage qu’il a réalisé au niveau de l’université Cheikh Abdoul Lahat qui est pratiquement en phase terminale.

Quel est le plan d’action que vous comptez mettre en place??

Pour ce qui est de ce plan d’action, nous avions prévu de réhabiliter les bassins de stockage. Cela a été également la tâche que les autorités avaient assignée à Mawou Rahmati. Donc, nous avons procédé à la réhabilitation de ces bassins de stockage. Il s’agit du bassin de Darou Tanzil dont la capacité de stockage est de 2000 m3, de celui de Darou Marnan 8 000 m3 et de celui de Daou Khadim également 2 000 m3.

Peut-on espérer un magal avec zéro pénurie d’eau??

À dire vrai, on ne peut pas être catégorique concernant la distribution d’eau. Parfois, on peine à satisfaire la population locale de façon régulière. S’il y a un événement aussi particulier que le Magal de Touba qui vient se greffer à ces difficultés-là, vous imaginez que ce n’est pas du tout évident de dire qu’il n’y aura pas de problème, pour ce qui est de la distribution. Donc, en essayant de satisfaire les populations en terme de distribution, en augmentant la production, mais également en procédant à des stockages, pour permettre au moins aux camions-citernes de ne pas handicaper la production, de laisser la production telle qu’elle est, mais de prévoir des systèmes de stockage pour permettre à ces camions de puiser de l’eau au niveau de ces bassins de stockage pour la distribution.

Avez-vous avez prévu des camions-citernes??

Absolument. Chaque année, c’est le même dispositif qui est reconduit. On a prévu cette année 120 camions-citernes et 100 réservoirs. Des bâches souples pour permettre une distribution correcte au niveau de la ville de Touba.

Lors d’un récent tête-à-tête entre les autorités religieuses et le ministre de l’Intérieur, il a été relevé une panne du forage de Janatou. Est-ce que vous avez pris des mesures préventives pour pallier à ce problème??

Bien sûr, comme je vous l’avais dit tantôt, il appartient pour cela au ministère de l’Hydraulique de veiller au fonctionnement continu de ces ouvrages. Et nous venons les appuyer dans ces tâches-là. Donc, nous sommes en étroite collaboration et nous sommes au même niveau d’information avec le ministère de l’Hydraulique, pour cela, pour le moment l’arrêt de ce forage n’a pas impacté de façon négative dans la distribution, parce qu’on a un système de maillage pour que les forages puissent se suppléer, en cas de défaillance d’un forage hydraulique. Comme le Magal draine un nombre assez important de pèlerins, nous allons essayer de prendre toutes les mesures pour essayer de faire fonctionner le forage. Le forage n’a duré que deux ans, le problème réside sur la manière avec laquelle le projet a été réalisé. Mais Serigne Cheikh Aliou a proposé une solution comme plan B, c’est-à-dire de prendre une canalisation, au niveau du nouveau forage parce que la distance qui sépare les deux forages ne fait pas de 500 m. Si on prend donc une conduite et qu’on le connecte, au refoulement, de ce forage qui est en panne, nous pensons que cela pourrait soulager les populations.

Aujourd’hui, on parle de la cherté de l’eau, est-il prévu dans vos perspectives futures de privatiser la fourniture de l’eau dans la ville sainte?? 

C’est un problème qu’on soulève souvent. Mais, comme nous avons également la possibilité de répondre sur ces questions, de voir si le système que Serigne Cheikh Aliou a instauré fonctionne correctement, nous n’avons pas besoin de faire payer les gens. C’est une habitude. Cela remonte à 1949  et c’est une habitude assez difficile à supprimer, mais Serigne Cheikh Aliou a essayé de contourner ces contraintes et ces difficultés, en essayant toujours d’inculquer par le biais de la sensibilisation, et également par des actes pour que les populations puissent avoir des habitudes un peu plus responsables. Le fait d’utiliser l’eau de façon rationnelle constitue un des éléments, un des facteurs qui pourraient faciliter l’accès correct aux populations de Touba. Mais, pour le moment, cela n’est pas à l’ordre du jour de faire payer aux populations de Touba. Mais, il est évident que si payer veut dire essayer d’avoir des ressources pour faire face aux différentes charges, le système que Serigne Cheikh Aliou Mbacké a instauré est viable. Si les populations de Touba et celles de la diaspora continuent à l’appuyer, il n’y aura pas de problème pour ce qui est du financement.

Seneweb

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