SOCIETE

Mallah Ngabouli, témoin dans l’affaire Habré «Les vautours mangeaient les cadavres qui étaient en état de putréfaction»

  • Date: 28 octobre 2015

 

 Les témoins cités dans l’affaire Hissein Habré défilent toujours à la barre des Chambres africaines extraordinaires. En effet, les trois témoins entendus, hier, ont relaté les injustices qui seraient commises par le régime de Hissein Habré. 

Le procès de l’ancien président tchadien, Hissein Habré, est toujours à l’étape de l’audition des témoins. Ancien chef de service à la Société nationale sucrière du Tchad (Sonasut), Mallah Ngabouli a été entendu, hier, à la barre des Chambres africaines extraordinaires. Il a comparu à la barre en qualité de témoin et victime. S’agissant des faits, le 21 octobre 1984, Mallah Ngabouli aurait été arrêté dans des circonstances très malheureuses parce qu’il serait en convalescence. « Ils m’ont arrêté chez moi et j’ai dit à mon épouse de partir chez ses parents si jamais je ne revenais pas.  L’équipe du commissaire composée, entre autres, par Khalil Djibrinne, Idriss, Ganda était venue en civil m’arrêter sous prétexte de me demander des renseignements », a dit le témoin selon  qui, le motif de son arrestation est qu’on le soupçonnait de financer la rébellion.

Comme tous les témoins qui ont eu à déposer dernièrement, Mallah Ngabouli a déclaré qu’il n’a pas échappé aux séances de torture dans les centres de détention de la Dds.

« En prison, on m’a attaché les bras et les jambes.  J’ai été trainé derrière un véhicule de marque 504 une corde au cou. Nous étions une foule attachée et il y avait une rafale de balles. Lors de cette exécution massive, il y’avait 14 morts », a renseigné le témoin.

A la barre des Chambres africaines extraordinaires, hier, le témoin a raconté l’horreur dans les prisons. « J’ai été détenu dans différents centres de détention notamment à Saar, au Camp des martyrs, à la direction de la Dds, etc. On nous amenait à manger une seule fois dans la journée. Lorsqu’un détenu mourrait, on tournait son corps pour en faire un oreiller », a-t-il dit. Concernant les cadavres, indique toujours le témoin, ils n’étaient pas remis à leurs familles. Ils pourrissaient et ce sont les vautours qui étaient servis. Par ailleurs, Mallah Ngabouli a déclaré que pendant cette période sus indiquée, on procédait à l’arrestation des cadres du secteur privé. Selon lui, ces prisonniers étaient détenus à la maison présidentielle Tombalbaye qui a été transformée en cellules et parmi eux se trouvait Baba Traoré, un Sénégalais. Tout de même, le témoin dit avoir été libéré par le président Habré.

« J’ai été libéré suite à un protocole d’accord signé le 4 septembre 1987 demandant la libération de tous les prisonniers pour une réconciliation nationale. Cet accord a été signé par les chefs Codos et le régime représenté par le ministre de l’Intérieur d’alors », a dit M Ngabouli. Avant de poursuivre : « après ma libération, Habré m’a reçu pour me donner des conseils. Il m’a demandé de ne pas garder de rancune envers ceux qui m’ont arrêté. Il m’a aussi demandé de retourner à Saar. Malgré cela, j’ai fait savoir au président que je ne reconnais pas les faits arguant que je finance la rébellion ».

« On a retrouvé le corps de mon oncle qui était en état de putréfaction »

A sa suite, les juges ont auditionné Prospère Khadoumgue Djokota. Egalement victime dans ce dossier, il est revenu sur les attaques qui auraient eu lieu à Koumra et au cours desquelles son oncle a été exécuté. Selon le témoin en septembre 1984, les militaires étaient venus massivement à Koumra. C’est pour demander aux populations de sortir pour écouter un communiqué qui leur est destiné. « Toutes les populations de Koumra sont des Codos (groupe de rebelles : ndlr). Les vieux de Koumra sont les pères des Codos. Les vieilles sont les mères des Codos », disaient les militaires qui auraient demandé à ces gens de quitter le Sud avant leur retour. « C’est lors de ces événements que mon oncle a été arrêté  parce qu’on le suspectait de soigner les Codos. Car, il était directeur d’un hôpital pendant cette période », a déclaré le témoin. Poursuivant, il a soutenu que son oncle a été ligoté, amené en brousse et exécuté le 4 septembre 1984. « On a retrouvé son corps qui était en état de putréfaction. C’est sur ces entrefaites qu’on l’a enterré dans la peur. Parce qu’on ne voulait pas que les membres de la Dds nous voient ».

Même tonalité chez Djadimadji Madjikotra, un autre témoin qui a renseigné que son père n’a pas lui aussi échappé aux filets de la Dds. « Mon père, directeur de l’huilerie, a été appréhendé le 8 octobre 1984 avant d’être conduit à la maison d’arrêt vers les coups de 10 heures. Au soir de ce même jour, les militaires sont revenus avec mon papa. Ils ont fouillé la maison avant de repartir avec lui », a dit le dernier témoin entendu hier. Il explique à la barre : « chaque matin, je lui apportais le petit déjeuner et le repas. Mais lorsque je l’ai vu un jour, il a été torturé et il y avait des blessures partout. A un moment donné, je ne voyais plus mon papa. Cependant, le 17 octobre 1984, les militaires étaient encore revenus avec lui avant de fouiller encore la maison. Ils ont trouvé une mallette et un  chèque. Mon papa a été contraint de signer ce chèque ». Il faut dire que la famille de l’ancien directeur de l’huilerie apprendra que leur parent a été transféré à N’Djamena. « Ma mère a cherché dans tous les centres de détention de N’Djamena mais sans suite. Lorsqu’Idriss Deby est arrivé au pouvoir, tous les prisonniers étaient libérés. On espérait voir mon papa mais il avait disparu à la Dds. S’agissant du chèque, la signature n’était pas bonne c’est la raison pour laquelle ils n’ont pas retiré l’argent », a-t-il conclu.

Cheikh Moussa SARR 

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