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Mama SOW (Ancien DTN de football) : ‘L’équipe nationale du Sénégal est un leurre’

Ce n’est pas dans la grisaille de l’équipe nationale que le football sénégalais va avancer. Cette ‘tanière’ des ‘Lions’ est perçue plutôt par l’ancien Directeur technique national (Dtn) Mama Sow comme un leurre, une vitrine, comme un instrument à la fois politique et sociologique qui endort. Mama Sow sort ainsi de son long mutisme pour donner son point de vue sur la situation de crise qui mine le football sénégalais. Et dans l’entretien qu’il nous a accordé hier, il préconise, comme solution définitive de sortie de crise, la mise en application effective du plan de développement du football à la base élaboré par les techniciens nationaux et approuvé par la Fifa.

Source : Walfadjri

Wal Fadjri : Vous avez, longtemps, été à la tête de la Direction technique nationale du football sénégalais plongé aujourd’hui dans une profonde crise qui oppose notamment la Fédération sénégalaise de football (Fsf) et le Cadre de concertation des présidents de club (Ccpc). Comment appréciez-vous cette situation que vous observez de loin ?

Mama Sow : Cette crise qui secoue le football sénégalais, est très regrettable. Et le premier sentiment qui m’anime, en observant de loin la situation actuelle, c’est que rien n’a changé depuis mon départ de la Direction technique nationale (Dtn) en fin 2005. Ce sont les mêmes phénomènes que j’ai eu à rencontrer qui se reproduisent. Autrement dit, il y a une sorte de crise endémique du football sénégalais. Et c’est cette crise qui a fini d’affecter tous les secteurs. Je pense qu’il y a un problème de volonté politique qui se pose avec acuité. Je suis acteur au niveau technique et décisionnel dans ce football national depuis 1988. Malgré les différentes prestations assez satisfaisantes des ‘Lions’, il n’y a pas encore de résultats positifs sur le plan national et international. Le football sénégalais est encore indigent parce que nous n’avons encore rien gagné sur le plan continental et international. Malheureusement, c’est ça le gros problème qu’on refuse de constater derrière les succès qu’enregistre l’équipe nationale. L’équipe nationale est un leurre, une vitrine. C’est un instrument à la fois politique et sociologique qui endort. Les joueurs de cette équipe nationale sont tous des professionnels qui viennent faire des prestations pour repartir aussitôt. Ce n’est pas sur cette prestation des ‘Lions’ qu’on doit reposer la volonté politique du football qu’il ne suffit pas seulement d’exprimer. Mais plutôt de la traduire en des actes concrets. Et c’est à ce niveau que ça pèche au Sénégal. C’est toujours les mêmes problèmes qu’on pose. De sorte qu’il n’est pas besoin d’être un expert pour toucher du doigt la plaie qui ruine le football sénégalais. Même l’homme de la rue est en mesure d’évoquer les réels problèmes que traversent les acteurs du football. Tout le monde sait que les jeunes de la petite catégorie sont laissés à eux-mêmes. Ceci est devenu un leitmotiv dans toutes les bouches du monde sportif sénégalais. Il n’y a aucune formation soutenue menée au niveau de la base. De sorte qu’il ne sert à rien de s’acharner sur des tiers pour les culpabiliser, à tort, sur les résultats obtenus de part et d’autre. Cette façon d’agir est regrettable. Tous les comportements des uns et des autres ne sont rien d’autre que des aspects internes de cette crise endémique, longtemps endurée, qui se dévoilent au grand jour. Et rien d’autre. Quelles que soient les difficultés qu’on peut vivre, elles vont se cristalliser et se matérialiser au moment du jeu, de la réalisation. Parce que tout aboutit à la technique, c’est-à-dire à la pratique sur le terrain. Voilà la problématique qui préoccupe nombre d’observateurs.

Wal Fadjri : Mais qu’en est-il de la politique sportive qui a été développée quand vous étiez encore aux affaires ?

Mama Sow : Avant le Fonds de relance dont on parle actuellement, il y a eu un fonds de développement au niveau de la Fsf en 1988. Et ce fonds résidait à la présidence de la République. A l’époque, feu Ibrahima Ndao Kébé était secrétaire général et il fallait faire un appel de fonds à partir de la Fsf vers la présidence pour qu’on débloque ces fonds, pour des besoins de transparence dans la gestion des fonds alloués au football par l’Etat. C’est après qu’il y a eu ce fonds de relance qui a été créé à la suite d’un conseil interministériel qui avait fait, à l’époque, un constat de carence dans le football sénégalais. C’est au sortir de ce conseil interministériel que ce fonds de relance d’un montant de 38 millions a été dégagé pour développer le football local. Si je ne m’abuse, c’est après l’avènement de l’ancien ministre de la Jeunesse et des Sports, Ousmane Paye, que cette somme est passée de 38 à 338 millions. Il est, toutefois, regrettable que la controverse demeure encore autour de la gestion de cet argent. C’est vrai que c’est de l’argent de l’Etat, par conséquent des deniers publics qui doivent être bien gérés. Mais, on peut toujours attribuer cet argent à la Fsf. Pourquoi ne le fait-on pas ? Je ne sais pas. Est-ce un problème de confiance qui se pose ? En tout cas, ça a tout l’air. Tout compte fait, je pense qu’il y a un problème de volonté politique qui est très manifeste dans cette discipline du sport sénégalais. A mon avis, le problème de la gestion de ce fonds ne doit pas se poser. Où se trouve, alors, le blocage ? Est-ce que l’Etat est encore disposé à sortir le football de cette impasse ? Est-ce que les acteurs qui devraient être les partenaires de l’Etat sont prêts, c’est-à-dire, préparés à sortir le football de l’ornière ? A toutes ces questions, je réponds par la négative. Parce que, malgré la création de ce fonds de relance dans lequel toutes les dispositions ont été prises en compte pour améliorer le football local, rien n’a changé.

Wal Fadjri : Pouvez-vous être un peu plus explicite ?

Mama Sow : Avant que je ne parte de la Dtn, il y a eu un plan de développement du football pour lequel, j’avoue que je n’ai jamais éclaté autant de neurones de ma vie. Parce que c’était un pari qu’on s’était fixé avec tous les techniciens du Sénégal. Avec tous les administratifs, tous les techniciens et autres acteurs du football, nous avons ensemble sillonné le pays pour coucher le plan de développement du football sénégalais. A la fin de ces travaux, nous avions été félicités par la Fifa. En effet, du temps du ministre Youssou Ndiaye, la Fifa est venue au Sénégal. A cette occasion, elle a élaboré avec nous et validé un plan de développement à long terme. Dans lequel, on pouvait prendre en compte, non seulement le fonds de la Fifa, mais aussi un complément dégagé par le gouvernement du Sénégal. Malheureusement, ce plan est rangé dans les tiroirs. Pourquoi ? Rien d’autre qu’à cause d’une absence de volonté politique. Je ne peux pas comprendre qu’après tout cet effort fourni, qu’on en soit encore là. C’est regrettable. A la décharge des autorités du football, je dois dire que quand, à un moment donné, le président de la République Me Abdoulaye Wade leur a demandé les problèmes du football sénégalais, il est fort regrettable qu’ils lui rétorquent qu’il n’y avait aucun problème. Alors que cette crise avait presque atteint son paroxysme. C’est à ce niveau que j’en veux à ceux-là qui gèrent aujourd’hui ce football. Parce qu’ils ne devaient pas laisser une telle opportunité leur échapper. Toutes les composantes du football étaient à cette rencontre. Mais personne n’a révélé au président les véritables maux du football. Alors que ce plan de développement, de plus d’un milliard pour quatre années et qui pouvait redresser le football sénégalais, est enfoui dans les différents tiroirs. Que ce soit le président de la Fédération et tous les autres intervenants, personne n’a parlé d’argent ni de financement à cette audience avec le président. C’est ce qui m’a beaucoup fait mal. De sorte que je me demande encore si c’est le développement du football qui préoccupent encore ces acteurs.

Wal Fadjri : A défaut du football qu’est-ce qui peut les motiver à votre avis ?

Mama Sow : Je ne sais pas. Je fais seulement constater que tout est sur place. Puisque les stratégies, les moyens, les politiques et les orientations sont tous définis. Il ne reste que l’application. Pourquoi ne ressent-on, à aucun niveau, la volonté de mettre en application ce plan de développement ? Allez savoir. L’ensemble des composantes (aspects techniques, ressources humaines, les aspects juridiques, financiers et administratifs) est bien ficelé dans ce plan de développement qui a été mis à la disposition des instances supérieures du football national.

Wal Fadjri : N’y a-t-il pas là un problème de gestion du football qui se pose ?

Mama Sow : La gestion est une affaire de professionnels. On ne peut plus gérer le football sénégalais et les différents clubs comme on gère sa propre maison. Il faut qu’il y ait des managers à la tête des clubs de football pour bien maîtriser les enjeux. D’ailleurs, la Fifa a pris des mesures allant dans ce sens. En partenariat avec le Cis, l’instance dirigeante du football mondial a logé à l’Inseps un diplôme de management du football qui est ouvert à tout le monde. Cette démarche de la Fifa ne relève pas du hasard. C’est du management administratif qui est dispensé comme contenu dans ces cours. Alors, il faut que les dirigeants du football arrêtent de s’immiscer en gérant directement le football. Il doivent, à présent, s’adresser à des professionnels de l’administration du football. Parce que, sur le plan technique, c’est déjà fait, bien que les entraîneurs souffrent toujours d’immixtion d’ingérence de la part des dirigeants. Il y a quelques jours, je lisais dans un journal, les complaintes d’un agent de joueurs accrédité par la Fifa qui se plaignait de cette ingérence des dirigeants de club qui se transforment en agents de joueurs. Alors que la Fifa a mis en place l’examen de passage pour devenir un agent de joueurs. Autant les dirigeants doivent faire appel à un entraîneur, autant, ils doivent aussi faire appel à un directeur administratif, à un secrétaire général spécialisé dans la gestion administrative du football. En ce moment, les dirigeants auront seulement à jouer le rôle de coordinateur. Et le football au niveau national devrait épouser cette logique pour sortir de cette léthargie. Il faudrait qu’on arrête tout ce management approximatif que l’on fait. On crie beaucoup de part et d’autre. De sorte qu’on ne sait plus qui est décideur. On ne sait pas à qui incombe la gestion du football sénégalais. De même que le budget mis à sa disposition relève d’un autre secret de polichinelle. A combien s’élève-t-il ? Qui le gère ? Tout ceci reste une préoccupation. Si c’est l’Assemblée générale qui vote le budget du football, il faut qu’on sache, toutefois, là où il va. Je ne vois pas, présentement, un budget qui puisse sortir le football sénégalais de l’ornière. Il n’existe pas d’ailleurs puisque le plan de développement n’est pas financé. Et ce qu’on appelle plan de relance n’est même pas utilisé à ces fins. C’est pourquoi, je dis que rien n’a changé depuis que je suis parti de la Dtn.

Wal Fadjri : Est-ce ce qui justifie le bras de fer entre la Fsf et le Ccpc notamment pour le démarrage des compétitions des petites catégories ?

Mama Sow : Le boycott du Ccpc est tout simplement une expression du conflit endémique du football sénégalais. Il y a un an, c’était entre le ministère et le staff technique de l’équipe nationale. Après, on a assisté au conflit entre ministère et la Fsf. Aujourd’hui, on en est au bras de fer qui oppose la Fsf et le Ccpc. A qui le tour après ? Jusqu’où irons-nous ? Voilà tous les questionnements qui se posent aux observateurs avertis. Il y a un problème de leadership qui se pose. On est toujours dans cette nébuleuse de la problématique du financement du football. L’Etat est partie prenante de cette situation conflictuelle puisque c’est lui qui délègue et définit les objectifs généraux du sport national. La politique sportive existante de l’Etat est floue. D’une manière globale, on aurait pu avoir des orientations assez générales clairement définies pour l’ensemble de la politique sportive de l’Etat. L’état de santé de la politique sportive d’une nation se définit par le nombre de médailles glanées au niveau international. Et quand on se réfère au nombre de médailles gagnées par le Sénégal par rapport au processus de développement du sport au plan international, on se rend compte qu’il y a un décalage, une fracture énorme à combler. Les internationaux que nous avons dans cette équipe A, sont tous des expatriés qui monnaient leur talent dans des championnats professionnels. Mais il ne faut pas occulter que leur niveau de performance actuelle n’est pas directement lié à l’action de formation qu’ils ont reçue au Sénégal. C’est du talent qu’on a au Sénégal. Il nous suffit juste d’avoir un certain niveau de performance dans nos formations à la base pour que nous ayons un nombre de joueurs de qualité beaucoup plus élevé au plan international. Et au plan national, nos équipes nationales, de toutes catégories confondues, devraient avoir des résultats assez satisfaisants. Malheureusement, à l’exception de l’équipe A, aucune de nos équipes nationales n’existe sur la scène internationale. L’Etat est redevable à cette crise. Le mouvement associatif, les associations de club sont tous aussi redevables puisque la Fédération émane de ces mouvements associatifs. Mais cette Fédération devrait se doter des moyens de trouver d’autres ressources additionnelles afin d’aider ce football.

Wal Fadjri : Que suggérez-vous alors, comme solution de sortie de crise du football au Sénégal ?

Mama Sow : Il faut que, de manière globale, nos dirigeants acceptent d’être humbles. Que ceux qui sont à la tête des instances, sachent qu’ils sont seulement élus par la base. Par conséquent, ils ne sont pas les meilleurs. Il faut qu’ils acceptent d’être ouverts en privilégiant la concertation, le dialogue à tous les niveaux. Nous sommes en train d’être rattrapés par tous les pays que nous avions, longtemps, laissés en rade. De la 28e place, après la Coupe du monde de 2002, nous nous retrouvons aujourd’hui à la 40e place. Ceci est un recul très grave pour notre football. Il est temps que l’Etat nous aide à financer le football. Il est temps qu’on mette en place les structures qu’il faut pour développer ce football. On doit s’atteler à la formation des ressources humaines nécessaires pour mettre en place le travail qui sied.


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