Manga 2, ancien champion sérère- JE SUIS L’UNIQUE ROI DES ARÈNES

On ne le présente plus ! Hyacinthe Ndiaye, alias Manga 2, est un ancien champion de lutte qui a longtemps trôné au sommet de cette discipline sportive, bien sénégalaise. Bien à l’aise dans le salon douillet de son repaire parcellois, l’ancien lutteur a fait le bilan de sa saison dernière avec sa structure « Manga Production » qu’il juge satisfaisant. Parlant du titre de Roi des arènes qui fait débat depuis quelques années, Manga 2 affirme que jusqu’à présent qu’il reste l’unique roi des arènes.

L’As : Quel bilan tirez-vous de votre saison de lutte avec votre label « manga production » ?

Manga 2 : Je dirai qu’il est positif. Et je rends grâce à Dieu pour cela. La saison dernière j’avais organisé trois manifestations et cette saison, j’ai pu en faire quatre. Donc on progresse petit à petit. La lutte traditionnelle occupe une place de choix dans ma carrière de promoteur. Et je débute toujours ma saison par la lutte traditionnelle. Je veux rester dans cette dynamique pour l’année prochaine. Il y aura de la lutte avec frappe (4 combats) et de la lutte traditionnelle (2 journées). Le combat Sa Cadior-Bismi Ndoye qui était programmé pour cette saison avant d’être renvoyé à cause d’une blessure du premier nommé sera retenu pour la saison prochaine. Nous allons nous rapprocher du Cng afin de réserver une date en début de saison. J’ai aussi monté des combats entre Nandy Fall et Balla Diouf. Bébé Saloum me doit un combat. Il avait subi une opération, maintenant qu’il est guéri, il va lutter sous mon label.

Donc vous allez vers une saison faste…

Absolument ! Je suis en train de promouvoir la lutte comme je le faisais avant, et je ne compte pas déroger à cette règle. La lutte, c’est mon domaine et je ne suis pas pressé. Pour cette saison, il y aura des innovations de taille. Je prévois même d’aller dans les régions, surtout à Joal Fadiouth pour y organiser un grand gala de lutte. Mais tout cela est rendu possible grâce à mes partenaires qui m’ont toujours soutenu.

Quel regard portez-vous sur la lutte ?

La lutte a beaucoup évolué. Et il y a une grande différence entre notre génération et celle d’aujourd’hui. Maintenant, on parle plus d’argent, de business, alors que nous, nous nous battions pour la bravoure, mais aussi l’amour de notre terroir. Ce qui n’est plus le cas. Parfois, je vois même un lutteur perdre et sourire. Cela me fait mal. A notre époque, un athlète qui perd peut rester cloîtré chez lui pendant une semaine, car il a honte de sortir.

Aujourd’hui, la lutte a perdu de sa superbe. L’argent prime sur tout. On perd des valeurs comme le courage, la bravoure, la passion de la lutte et tout. Je me rappelle un Mbappatte (championnat de lutte populaire organisé dans les quartiers) que j’avais gagné. On m’avait remis un drapeau et 1.500 Fcfa, mais je me fichais de l’argent. J’avais plus de fierté pour le morceau de tissu que j’avais entre les mains.

Le dopage est devenu une réalité dans l’arène. est-ce qu’à votre époque, ce fléau existait ?

Je ne peux pas vous dire avec certitude si cette pratique existait ou pas à notre époque, car je ne la connaissais pas et je ne l’ai jamais utilisée, mais on entendait certaines personnes dire qu’il y a des lutteurs qui fumaient des joints. Aujourd’hui, le dopage est devenu un problème pour la lutte. Et cela porte atteinte à l’image de la discipline et à la santé des athlètes. Je pense qu’un lutteur jeune, qui croit au travail, peut réussir sans recourir à ces saletés.

Selon vous, quel est le secret pour devenir un grand champion ?

Il n’y a pas de miracle ! Seul le travail paie. Un lutteur doit se coucher tôt, éviter les filles et les excitants (Alcool, cigarette et consorts). Si quelqu’un parvient à suivre à la lettre ces recommandations, il peut percer dans cette discipline.

Qui sont, à votre avis, les véritables ténors de l’arène ?

Moi, j’ai toujours été contre le mot VIP. Un jeune frère est venu vers moi récemment pour me dire qu’il veut créer une association regroupant les ténors. Je lui ai répondu que ce n’était pas une bonne idée. Ensuite, ils ont laissé tomber. Le terme ViP ne veut rien dire. Il faut ramper et faire ses preuves pour être un champion. Moi, j’ai fait le vide autour de moi pour devenir celui que j’étais.

Justement, le débat sur le titre de roi des arènes fait rage dans le milieu de la lutte. le cng ne reconnaît que vous comme le seul roi. qu’est-ce que vous en pensez ?

Pour moi, la presse est à l’origine de tout cela (Ndlr, il parle en nous pointant du doigt). C’est un éternel débat, mais sachez qu’il y avait des critères pour désigner le roi des arènes. (Il tire un journal et une feuille blanche de son cartable et le lit à haute voix. « Mercredi le 30 mai 1984. Manga-Mor Fadam : la Couronne toujours en jeu »). Lorsque je suis devenu roi, on m’avait accordé une prime de la part du Cnp (la structure qui gérait la lutte avant d’être remplacée par le cng). Je percevais une prime de 50.000 Fcfa pour chaque combat. Il y avait aussi une indemnité mensuelle de 30.000 Fcfa lorsque le lutteur se présente au stade, au moins trois fois au cours du mois avec le drapeau et en tenue traditionnelle. A cela, s’ajoute une prime de 15.000 Fcfa chaque fois que le champion se produit dans une séance de bakk revêtu de ses atours et de son drapeau. Et j’avais tous ces avantages. Mais cela a cessé avec l’arrivée du Cng.

Le Roi des Arènes était soumis à l’obligation de remettre en jeu son drapeau au maximum face à quatre challengers choisis par le Cnp au cours de la saison. On m’a proposé des lutteurs et je devais en choisir un seul pour compétir. Aussi je peux lutter sans le drapeau. Tout cela régissait le titre de roi des arènes. Et cela venait du ministre des Sports. S’il doit y avoir un autre Roi des Arènes, le Cng doit l’officialiser. « Le texte stipule aussi que le Roi le reste en attendant que le Cng puisse remettre en jeu son drapeau. Ce qui n’est toujours pas le cas. Donc, jusqu’à présent je suis le Roi des Arènes. Mais Bombardier a prouvé qu’il était le roi des arènes. Et les gens l’on désigné comme le numéro un. Voilà.

À votre avis, qui est l’adversaire potentiel de Bombardier ?

Les combinaisons sont nombreuses. Bombardier est le roi des arènes. Il a affronté et perdu devant Gris Bordeaux, il peut prendre sa revanche, et ce serait un combat choc très ouvert. Eumeu Sène aussi peut être un bon choix pour lui. Tay Shinger est très performant. Donc, c’est un combat qui s’impose. Modou Lô est le lutteur le plus chanceux de l’arène. Il peut affronter toutes les catégories de poids. Il a plus d’adversaires que les autres. Il pourrait aussi donner une revanche à Gris Bordeaux. Cela va leur permettre de clarifier certaines choses. Le problème de l’arène, c’est le fait de voir un lutteur dire : « je ne vais pas affronter un tel ou tel parce qu’on est ami ou je l’ai dépassé ». Non ! Cela risque de gâcher la lutte. Un lutteur ne choisissait pas ses adversaires. Il appartenait au manager de le faire et il informe le lutteur après. Maintenant, on a tendance à créer des clans. Celui qui ne veut pas affronter un lutteur qui n’est pas de son écurie est un poltron, c’est tout. Tyson est sérère comme moi et pourtant nous nous sommes affrontés. Les Sérères s’affrontent entre eux dans les tournois. Ce n’est que du sport. Donc, faisons-le dans les règles de l’art et arrêtons de vouloir former des clans dans l’arène. Les managers ne doivent pas non plus parachuter les petits lutteurs et essayer de leur tracer une voie. Les gens doivent s’affronter entre eux pour déterminer le plus fort qui est susceptible d’affronter ceux qui sont en haut. Sa Thiès-Siteu, Gris 2-Ablaye Ndiaye, constituent de vrai duels. Ce sont des affiches alléchantes.

Est-ce que Tyson et Yékini ont toujours leur mot à dire dans l’arène ?

Personne ne peut prédire la retraite d’un lutteur d’autant plus qu’on ne le connaît pas. Je ne maîtrise pas certaines choses pour parler de retraite. Tout ce que je sais, c’est que Tyson et Yekini peuvent toujours lutter. Si la personne est toujours en âge de lutter et qu’elle sent le besoin de le faire, je n’y vois aucun problème. Tyson peut avoir un combat, mais cela va dépendre de lui.

Balla Gaye 2 est en chute libre depuis quelques temps. c’est quoi le problème selon vous ?

C’est la loi du sport. Etre toujours au top, c’est très difficile pour un lutteur. Si aujourd’hui, cela marche moins bien après avoir été au sommet, il faut prendre du recul et trouver les voies et moyens pour reprendre sa place. Aujourd’hui, son staff doit l’aider à rebondir. Il est encore jeune et il est très talentueux. Bombardier était dans la même situation que lui. Il a pris du recul pour rebondir. Aujourd’hui, il est devenu le numéro un de l’arène. C’est un lutteur que j’apprécie beaucoup. Je ne suis pas d’accord avec ceux qui disent qu’il est limité. Moi, je l’ai découvert à Saly dans un tournoi de lutte. J’avais amené Mbar Tine. Mais je suis tombé sous son charme. Et j’avais dit qu’il sera un jour champion. Bombardier a beaucoup de qualités. Malgré ses défaites, il est revenu. C’est la marque des grands champions. Il a connu des déboires, mais il a su revenir au bon moment. Il sera très difficile à battre. Balla Gaye 2 doit s’inspirer de cela pour rebondir. S’il en est conscient, il va rebondir. Il faut croire en Dieu et travailler.

Faites-vous partie de l’association des promoteurs ?

Oui ! Lors de l’assemblée générale, j’étais parti en vacance, mais j’avais envoyé un proche pour me représenter. Je suis en phase avec cette structure. Il n’y a aucun problème.

Êtes-vous d’accord sur la réduction des licences comme le réclament vos collègues promoteurs ?

Les promoteurs ont le droit de faire des réclamations. Mais pour que ça marche, ils ont un endroit pour le faire. Et à mon avis s’ils le font, il n’y aura pas de problème.

Où en êtes-vous avec l’association des anciennes gloires et votre différend avec Toubabou Dior ?

Il n’y a pas de problème pour l’association. C’était un problème entre deux amis qui est finalement rentré dans l’ordre.

L’As

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