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MANIFESTATIONS DE DETENUS A REBEUSS Le cri de détresse des prisonniers

Une mutinerie est presque toujours un cri de détresse pour des détenus. Ceux de Rebeuss, qui se sont donnés en spectacle hier, ne dérogent pas à la règle. Les prisonniers de ce lieu de détention à l’histoire ancienne, n’apprécient pas leurs conditions de détention. Aucun prisonnier n’apprécie d’ailleurs ses conditions de détention. Mais il y a des conditions minimales acceptables. Ce qui se passe dans des chambres, comme la mythique chambre 9, pose un sérieux problème de droit humain. Certes, l’Etat est en train de travailler au changement de ces conditions avec le projet de la construction de la prison de Sébikotane, mais cela est loin de suffire.

La prison reste un lieu de privation des libertés, avec un objectif affirmé de resocialisation. Il s’agit de tout faire pour amener le détenu qui a commis une faute, à s’amender et à retrouver le droit chemin. Loin des autorités l’intention de punir par des conditions drastiques de détention. Du moins, sur le principe. C’est pourquoi, le caractère exigu des prisons, la promiscuité qui y règne, la surpopulation carcérale, la mauvaise bouffe, la chaleur, les odeurs, l’organisation défectueuse de l’utilisation des toilettes, l’inadaptation des bâtiments, etc. créent un cocktail explosif qui anéantit tous les efforts de resocialisation.

Ce qui s’est passé à Rebeuss hier était d’autant plus déplorable que les autorités étaient prévenues. Depuis quelques jours, la tension était palpable dans cette prison. Il y avait même eu une grève de la faim.

Malheureusement, la situation a dégénéré pour aboutir à la mort d’un jeune détenu, piétiné et de nombreux blessés. Une situation tragique qui demande une prompte réaction des autorités compétentes afin de corriger les manquements signalés et bien connus.

La prison est un lieu où la plupart de ceux qui s’y retrouvent ne pensaient pas un jour devoir subir cette privation de liberté. Alors, s’il faut au stress de la détention ajouter les conditions difficiles presque inhumaines dans les prisons, cela ne fera qu’hypothéquer les chances de resocialisation des uns et des autres.

C’est pourquoi, en attendant de construire de nouvelles prisons, l’Etat peut louer des maisons et les adapter aux conditions de détention. Les prisonniers sont des Sénégalais qui ont des familles. Le respect qu’on leur doit exige que des mesures idoines soient immédiatement prises dans ce sens.

Rebeuss n’est plus capable d’absorber cette masse de détenus qui arrivent.

Et ce qui est dommage, c’est que les gardes pénitentiaires râlent par rapport à des conditions de travail qui sont loin d’être les meilleures.

Si en effet gardiens et prisonniers sont à bout de souffle, cela ne peut qu’aboutir à des tensions extrêmes.

Il s’y ajoute que le Sénégal et tous les pays africains en général, ont reproduit le système occidental de sanction pénale par la privation de liberté.

Or, il nous semble qu’avec une culture, un environnement et un mode de vie différents, il fallait de plus réfléchir à des peines de substitution à la prison.

On emprisonne bien trop vite parfois sous nos cieux. Or, les travaux d’intérêt général, la sanction populaire par l’ostracisme, la publication de la peine devant le domicile, etc. sont autant de formes de répression adaptées à notre contexte de vie où la prison est perçue comme une humiliation extrême.

Il s’y ajoute, malheureusement, les longues détentions préventives, l’insuffisance de tribunaux, de magistrats y compris les juges d’instruction, les méthodes encore brutales d’enquête, l’insuffisance de la formation du personnel pénitentiaire et bien d’autres raisons qui font que la population carcérale ne cesse d’augmenter.

C’est pourquoi, d’ailleurs, le Président de la République est obligé de gracier par centaines à chaque occasion pour désengorger les prisons.

Bien sûr, des pas en avant ont été franchis avec la suppression des jurés et l’organisation permanente de procès en matière criminelle, mais la cadence est encore lente. Des centaines de détenus restent en prison sans être jugés. Ce qui viole fondamentalement leurs droits.

Certes, il faut saluer les actions permanentes de bonne volonté qui viennent en aide aux détenus, mais il est temps que l’Etat prenne le taureau par les cornes en évitant de faire des prisons, des purgatoires.

Assane Samb

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